CHAPITRE TROISIÈME
Alpes avec la plus grande partie de son armée. Il était trop tard : les ordres avaient été donnés, ils s'exécutaient: une armée allemande était en marche, et le commandant de l'avantgarde, le comte Jean de Mérode, chambellan de l'Empereur, était déjà dans les Grisons. Gonzalès prétendait qu'il n'irait pas plus loin, qu'il était facile de désarmer l'Empereur, et même d'en obtenir l'investiture des États du duc de Mantoue, pourvu que celui-ci voulût bien tenir sa couronne de la main du vrai souverain et non de celle d'un étranger tel que le roi de France l. Gonzalès ne savait-il donc pas que Charles de Gonzague, à peine arrivé dans ses États, avait envoyé à Vienne solliciter l'investiture impériale en prodiguant les soumissions les plus humbles, et qu'en ce moment même, la France, loin de contester le droit de l'Empereur, lui adressait des ambassadeurs chargés de joindre ses démarches à celtes du duc de Mantoue?
Tout modéré qu'il était ou affectait de le paraître, Gonzalès s'indignait à la seule pensée qu'on pût douter de la puissance de la maison d'Autriche. Dans une conversation abandonnée avec Mazarin, ayant appris que Venise avait dit qu'elle défendrait Mantoue contre tout agrès-
1 Bibliothèque Barberine, manuscrits de Mazarin, dépêche au cardinal secrétaire d'État François Barberini, du 20 juin 1639.
80 LA JEUNESSK DE MAZAHIiN.
seur, comme si c'était Venise elle-même, il s'emporta jusqu'à s?écrier : « L'Autriche est plus forte qu'on ne le croit; elle est en état de tenir tête à plusieurs ennemis à la fois. L'Empereur pourrait fort aisément envahir la Vénétie avec cinquante mille hommes, tandis que l'Espagne ferait face à la France en Piémont et l'attaquerait par les Pays-Bas, et qu'après tout la France n'a que huit ou dix mille vieux soldats, ceux qui ont fait le siège de la Rochelle. » Puis, s'apercevant qu'il avait été trop loin et laissé paraître ce qu'il fallait cacher encore, il se ravisa et dit à Mazarin qu'il .n'était pas de ces fanfarons qui traitent légèrement les Français, et qu'il connaissait fort bien la grandeur du roi Très-Chrétien l.
1 Bibliothèque Barberine, etc. Dépêche du 4 juillet : t Dopo, dicendomi d1 avère inteso che i signori Venetiani s" erano dichiaratidi voler difendere il Mantovano corne se fosse loro proprio stato contra qualsivoglia che Tin vadesse, proruppein una grande alterationecon parole assai sentite, mostrando... che non stimarebbebuona risolutione questa délia Republica, perche l'Jmperatore con 50 m. soldati assalirebfce li stati di quelta, con sicurezza di farli gran danno et esser forse la sua ultima ruina ; perche nel medesimo tempo la soldalesca reggia farebbe faccia air armi francesi da questa parte, le quali quando anche fossero assai potenli si sa pero non avère il Christian issimo che otto o dieci mila fanti veterani per esser stati sotto alla Roccella, che del resto è quasi lutta gente ordinaria che si disfa in dieci gtorni ; oltre che in Fiandra non solamente vi è soldatesca da soccorrere Bolduch (Bois-Ie-Duc), ma sene avanzerà da attacar la Francia per moltissime parti et altrove ancora, non essendo le forze délia casa in quello stato di de-