CHAPITRE TROISIÈME
bien garder les lieux qu'ils occupaient ailleurs, en Piémont et en Savoie1.
Gonzalès ne se piquait pas toujours d'être aussi équitable. Quelquefois il demandait à Mazarin pourquoi le duc de Mantoue ne se prêterait pas à l'échange d'une partie du Montferrat et à la démolition de la forteresse de Casai % c'est-à-dire à n'être plus qu'un fantôme de souverain, livrant lui-même ses États à la merci de ses ennemis. Le second fils de Charles de Gonzague, le frère cadet du duc de Réthel, le jeune duc de Mayenne, ayant tenté de se rendre à Casai avec quelques cavaliers pour y soutenir et animer de sa présence ses défenseurs, avait été arrêté, retenu prisonnier par les ordres mêmes de Gonzalès malgré les représentations de Mazarin, et il n'avait dû sa liberté qu'à une fuite aventureuse 5. Le fougueux comte de Mérode avait osé, à Coire, mettre la main sur l'ambassadeur de France en Suisse, M. de Mesmin, et il le gardait en dépit du droit des gens*. Un Italien nommé Villani, passé au service de l'Autriche, et devenu le plus im-
1 Bibliothèque Barberine, etc. Dépêche du 25 juillet. Cette pensée a bien de l'analogie avec celle qui, en 1630, inspira le congrès de Ratisbonne.
f Ibid. Dépêche du 9 juillet.
5 Ibid. Dépêches du 6 et du 14 juillet. Voyez aussi le Mercure français, 1629, p. 851.
* Ibid. Dépêche du 13 juillet ; Mercure français, 1629, p. 792.
placable ennemi de sa patrie, allait sans cesse de Vienne à Madrid et de Madrid à Vienne, fomentant artificieusement les passions des deux cours, et les animant à ne traiter, à aucune condition, avec la France1. Le comte deCollalto, laissant Mérode dans les Grisons, accourait pour entrer dans le Mantouan. Le comte de Sabran, envoyé à Vienne pour prolester contre Tarrestation de Mesmin et demander l'investiture du duc de Manloue, avait inutilement tenté, dans un discours grave et mesuré, d'éclairer Ferdinand IIf ; la seule réponse qu'il en avait obtenue était l'invitation de s'en remettre à la justice et à la magnanimité de l'Empereur, juge suprême d'une telle affaire. Il devenait de jour en jour plus évident que l'Empereur, dont on avait séduit et enflammé l'orgueil, se laissait conduire par l'Espagne, et que les deux branches de la maison
1 Bibliothèque Barberine, etc. Dépêches du 14 et du 27 juillet, et du 2 août. On sent à quelques mots de Mazarin quel mépris cet homme lui inspire: a Con tutto che V. S. Illust. sarà facilmente informata délia na tura di quest' huomo, non voglio lasciar di dirle che non ha altro che chimère, sofisticherie in testa... Si vanta d'haver svegliati quei ministri d'Alemagna et fatto abbracciar air istessd Imperatore le cose d'Italia, adducendoli moite cagioni per le quali doveva muoversi. Dice che Guastalla sarà senz' altro duca di Mantova. » Mazarin fait connaître les intrigues de Villani auprès de Spinola, dépêche du 31 août.
* Ibid. Dépêches du 11 et du 15 août. Voyez aussi, Mercure françois, 1629, p. 834-885J le discours de M. de Sabran à l'Empereur, la réponse impériale et la réplique de l'ambassadeur français.
ifct.