CHAPITRE TROISIÈME
tic lui des difficultés de toute sorte, et que déjà son nouveau gouvernement lui pesait.
Il n'avait pas fallu toute la sagacité deMazarin pour reconnaître que la dernière espérance de la paix reposait sur la tête du nouveau capitaine général, qui arrivait avec des pouvoirs illimités, et, en sa qualité d'Italien, ne pouvait être insensible aux malheurs dont la guerre menaçait l'Italie. Il avait donc tout fait pour s'insinuer dans ses bonnes grâces. Déjà lié avec son fils, don Philippe, sous cette recommandation et celle de Gonzalès il était allé au-devant de l'illustre gouverneur, et il avait eu avec lui, à Pavie, une première entrevue, bientôt suivie de nombreuses et intimes conférences à Milan. Il trouva d'abord le secret d'agréer au vieux soldat en se montrant parfaitement instruit de ses campagnes de Flandre, et il fit habilement le siège de son cœur. 11 n'eut pas de peine à le toucher en lui peignant les effroyables calamités d'une invasion de l'Italie par des troupes allemandes1. Il s'efforça ensuite de bien établir que sa gloire n'était point intéressée à la triste rupture qui se préparait. Lui, tant de fois vainqueur, un des premiers capitaines de l'Europe, et ayant dans sa main toutes
1 Bibliothèque Barberine, etc. Dépèche du 51 août. Spinola lui avait répondu • che lo sentiva'neiP anima. »
les forces de l'Empire et de l'Espagne l, on ne pouvait le soupçonner de redouter la guerre, et il lui seiait bien d'écouter les explications qu'on pouvait avoir à lui donner. La passion seule était pour la guerre ; mais la paix était très-possible, si au lieu de commencer par tirer l'épée on voulait bien se voir et s'entendre. Quelques pourparlers ne compromettaient rien, et on serait toujours à temps de se battre. Une suspension d'armes en vue d'utiles négociations, tel fut l'unique but que se proposa Mazarin, et, à force de bonnes raisons, grâce à de douces mais continuelles sollicitations, il finit par y séduire jusqu'à un certain point le général en chef de l'armée espagnole.
Un jour que Mazarin épuisait son habileté et son éloquence à tâcher de persuader Spinola, celui-ci lui répondit en souriant qu'il y avait un moyen infaillible, auquel il ne pensait pas, d arriver à la suspension d'armes et aux négociations qu'il désirait tant. « Il est impossible, lui dit-il, que j'empêche plus longtemps Collalto et une partie de son armée d'entrer dans le Mantouan et le Montferrat. Allez à Mantoue, dites au duc de ne pas tenter une résistance imprudente
1 Bibliothèque Barberine, etc. Dépêche du 5 septembre : « Uno de' maggiori soldati d'Europa, con danari, gente e con gli aiuti d' Alemagna sicuri, etc. '»