CHAPITRE TROISIÈME
et inutile; conseillez-lui d'ouvrir ses États aux troupes de son légitime seigneur, en ne se réservant pour lui-même et ses propres soldats que Mantoue et Casai. Par là sera prévenue l'effusion du sang italien ; on n'aura pas besoin de faire passer le reste de lTarmée9 on ne sera pas tenté de traiter en ennemis des gens qui se soumettent de bonne grâce ; on écoutera ce qu'ils ont à dire, et on finira par leur laisser un pays qu'ils ne songent point a disputer à leur maître. » Puis, se complaisant en celte idée, Spinola entreprit de prouver à Mazarin que Charles de Gonzague n'avait rien de mieux à faire, et il lui en donna des raisons selon lui péremploires, qu'il le chargea de faire valoir auprès du duc de Mantoue. En suivant le conseil qu'on lui donne, après tout, que fera le duc ! Ce qu'il ne pourrait empêcher, n'étant certes pas capable de s'opposer à l'armée impériale telle qu'elle est aujourd'hui, et telle qu'elle peut être demain si l'armée espagnole s'y joint. Casai et Mantoue peuvent seules être défendues, et elles sont réservées. Il retient donc tout ce qu'il peut défendre, et il ne livre que ce qu'il ne peut pas garder. Qu'il ne se plaigne pas du mal que va faire dans le Mantouan et le Montferrât cette soldatesque, car elle en fera bien plus si elle y entre en ennemie, pillant tout et ravageant tout autour d'elle. Il n'y a pas de ré-
plique à cet argument décisif: en prenant le parti qu'on lui propose, Charles de Gonzague se ménage au moins une chance de salut ; car, évidemment, des négociations deviennent inévitables, et toute négociation lui est favorable; tandis qu'autrement il est perdu sans ressource, déclaré rebelle à son souverain légitime, et mis au ban de l'Empire. Compterait-il par hasard sur la force de ses deux places, Casai et Mantoue, surlout en hiver? Mais il y a des moyens de prendre les places les plus fortes, en hiver même, et « je l'ai fait voir à Juliers, à Ostende et à Breda. Enfin, je donne là une preuve extrême du désir que j'ai d'épargner à l'Italie les horreurs de la guerre. Je ne puis aller au delà ; j'ignore même si ma conduite sera approuvée à Madrid. Je n'agis pas ici en soldat, mais en ami de la paix, du Pape et de l'Italie1. »
Mazarin n'avait pas le temps d'en référer à Rome et de recevoir une réponse de Sacchetti ou
1 Nous ne faisons que résumer une longue dépêche de Mazarin
du 15 septembre : « Sarà bastante testimonio alla Santilà di
nostro Signore et a tutta Fltaiia per comprobare la sua buona dispositione alla pace Y havèrmi significato partito pregiudiciale al suo Rè.... Egli in questo negotio non ha operato corne soldato, ma corne desideroso del bene pubblico, e, sebene ha facoltà di far quello a lui pare, non sa corne sarà ricevuta in Spagna questa suaxisolutione. »