CHAPITRE QUATRIÈME
prendre qu'il était de son intérêt de s'exécuter de bonne grâce, de recevoir en ses États l'armée impériale, à laquelle il ne pouvait pas résister, parla d'apaiser les ressentiments de l'Empereur et d'amener des négociations qui, selon toute vraisemblance, maintiendraient la couronne sur sa tète. Charles de Gonzague se montra résigné à embrasser le parti qu'on lui proposait, mais il allégua qu'il n'était pas maître de sa conduite1, et ne pouvait prendre une résolution si grave sans avoir au moins demandé l'avis de ses deux alliés, la république de Venise et le roi de France, Et pour témoigner de sa sincérité, il envoya surle-champ un courrier à Venise et un autre à Turin au maréchal de Créqui.
Le lendemain, on apprit que le courrier parti pour Venise avait été assassiné sur les confins du Mantouan et du territoire vénitien avec des circonstances atroces, et il ne manqua pas de gens pour imputer ce crime au duc de Guastalla, compétiteur de Charles de Gonzague et intéressé à empêcher tout arrangement favorable à son rival*. 11 fallut envoyer un autre courrier. Les Vénitiens, surpris et embarrassés, répondirent
1 Première dépèche du 23 septembre au cardinal Barberini : « Non essendo assoluto padrone délia sua voluntà, mentre che deve conformarla con quella de' collegati. »
* Dépêche du 20 septembre à Spinola, et première et deuxième dépêches du 25 septembre au cardinal Barberini.
qu'une telle affaire voulait être délibérée en Sénat, admettant toutefois que le duc de Mantoue pouvait déférer au conseil qu'on lui donnait, mais en une certaine mesure et avec de grandes précautions; et, quelques jours après, toutes réflexions faites, ils déclarèrent retirer leur première opinion et s'en remettre à la décision du roi de France1.
Mazarin ne pouvait guère s'étonner de ces dispositions de la République, en se rappelant les récents entretiens où Gonzalès de Cordova s'était si fort emporté contre Venise, l'accusant d'avoir toujours été l'ennemie de l'Autriche et la menaçant d'une invasion du ducdeFriedland, qui pourrait bien lui enlever Vérone et la ligne del'Adige, et la refouler dans ses lagunes. Venise, en effet, depuis près d'un demi-siècle, luttait courageusement pour l'indépendance de l'Italie à laquelle elle sentait bien que la sienne était attachée. Elle ne s'était pas fait illusion sur les desseins de l'Autriche, Elle l'avait vue prendre tous les masques, et le plus en faveur alors, celui du zèle religieux, pour arracher la Valteline aux Grisons et s'emparer d'un passage qui assurait sa domination en Allemagne à la fois et en Italie. Il y avait à peine douze ans qu'une
1 Dépêches des 23 et 27 septembre au cardinal Barberini.