‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 57 sur 282 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

flotte espagnole, partie de Naples, avait pénétré jusqu'en face de son beau golfe, en soulevant contre elle les petites marines de la Dalmatie et de rillyrie, et les Uscoques mêmes, ces pirates de l'Adriatique. Venise connaissait donc la haine de l'Autriche, et elle la lui rendait avec usure. Trop éclairée pour ne pas voir que la France seule était capable de tenir tête aux successeurs de Charles-Quint et de Philippe II, tout en cultivant l'alliance de l'Angleterre, elle recherchait surtout l'alliance française : elle avait fait hautement cause commune avec Henri IV ; elle avait donné la main à Lu y nés, et avait foi en Richelieu, dans lequel elle pressentait un digne héritier de la politique du grand roi. Persuadée que l'Autriche, une-fois libre et n'ayant plus à compter avec la France, s'en prendrait à elle et lui ferait courir au moins de très-grands dangers ; désespérant aussi d'une paix générale, sincère et durable, qui pût la mettre à l'abri, elle animait la France contre l'Autriche, la poussait à une rupture ouverte et s'y engageait elle-même sans grande crainte, ayant avec elle la redoutable épée qui venaitd'abattre au dedans l'insurrection protestante, et, au delà des Alpes, d'imposer le traité de Suse à la Savoie et à l'Espagne. Venise avait signé avec empressement ce traité, et elle en réclamait l'exécution. Telle était sa défiance

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opiniâtre envers tout ce qui venait de l'Autriche, que le résident vénitien à Mantoue disait à Ma* zarin qu'à ses yeux la véritable pensée des Espagnols, en l'envoyant solliciter le duc de Mantoue de prendre un semblable parti sans attendre l'avis de la France, c'était de brouiller le duc avec la France, de rompre ou d'affaiblir la ligue conclue à Suse, et de refroidir Louis XIH en lui montrant ses alliés d'Italie, et particulièrement celui qui lui devait son salut et son trône, prêts à l'abandonner, par peur de l'Autriche, à la première lueur d'espérance que celle-ci leur donnait1. Et sa conclusion était qu'il fallait rester unis, courir la même fortune et se préparer à la guerre.

C'était là aussi le secret instinct, l'inclination du duc de Mantoue, et il était bien plus tenté

1 Première dépêche du 23 septembre ; « Sapendo i Venitiani quanto sii la casa d'Austria irritata contro di loro, e conoscendo che abbandonati dal Rè di Francia potrebbero correre gran rischio... e questi signori non vedendo incaminata una pace universale, non vogliono permettere che il Duca in nessun modo habbia attacco di accomodarsi, acciô corra la medesima loro f'ortuna e tanto più resti impegnata S. M. Christianissima a porgergli presto qualificati soccorsi. Di più, e questo me lo ha detto alla libéra il résidente veneto, la republica si fida tanto poco de' Spagnuoli che tutte queste negoziationi le stima artifizii per mostrare al mondo desiderio di pace, et acquistare senza fatica il più che possono per procacciarsi il resto con la forza, e che essendo stati ponderati i mali effetti che possono seguire dair ammettere partiti senza participazione del Christianissimo, hanno trovato che ciô possi

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