‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 59 sur 282 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

de Gonzague était convaincu que cette alliance était dirigée contre lui; car évidemment les prétentions du duc de Savoie et de l'Espagne sur le Montferrat avaient été la vraie et unique cause de la guerre terminée à Suse, et ce devait être le même motif qui portait ces mêmes puissances à renouveler la guerre en la colorant de prétextes mensongers. Sa loyautés'indignaitdesintrigueset des artifices du duc de Savoie, et, avec sa bonne conscience, se sentant approuvé par le Pape et soutenu par Venise et par la France, il ne doutait pas du succès de ses armes. Il énumérait avec complaisance à Mazarin les ressources dont il disposait1. Selon lui, il y avait dans le Mantouan des forteresses capables d'arrêter six mois l'armée espagnole, tandis que Mazarin s'était assuré qu'à part Mantoueil n'y en avait pas une seule qui pût tenir quinze jours. Le duc lui disait qu'il aurait bientôt seize mille soldats, et il n'en avait pas trois mille effectifs. Pas un sou dans les caisses de l'État ; aucun crédit; on en était réduit à battre incessamment monnaie pour suffire aux dépenses courantes. On comptait beaucoup sur Ve-

mattina havuto avviso di Genova, dà persona che é venuta a posta, che si sii fatta una strettissima lega trà quella republica e il duca di Savoia e Spagnuoli, promossa e conclusa dal marchese Spinola con molti nodi, se bene non sapeva a pieno la forma di essa. §• 1 Deuxième dépêche du 23 septembre.

nise qui sans doute avait des troupes assez nombreuses! mais un vaste territoire à garder, et ne pourrait guère envoyer de ce côté plus de six mille hommes. À entendre le duc, la France avait une armée de cinquante-cinq mille hommes de pied et de onze mille chevaux, et le maréchal de Créqui, à Turin, écrivait qu'il était à la tête de trente-cinq mille hommes d'infanterie et de trois mille cavaliers prêts à entrer en Italie. L'imagination de Charles de Gonzague lui représentait1 la Flandre perdue pour l'Espagne, l'Allemagne soulevée, le Turc menaçant la Hongrie, le Danemark s'unissant à l'Angleterre et à la Suède pour attaquer l'Empire, la Saxe couvrant Magdebourg, qui arrêtait Wallstein depuis six mois, et la Suisse en armes se levant pour fermer le passage aux Impériaux. Il voyait déjà l'armée impériale coupée et détruite, et l'armée espagnole était trop peu nombreuse pour l'inquiéter. À ces tableaux, fondés sur des nouvelles plus ou moins exactes, Mazarin opposait quelques traits de vérité avec des ménagements infinis, et il ne put s'empêcher, tout en faisant au duc de Mantouedes compliments sur sa valeur, de le supplier de ne se pas trop exagérer ses propres forces et la faiblesse de ses ennemis, de pareilles illusions n'é-

1 Deuxième dépèche du 23 septembre.

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