‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 63 sur 282 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

et toujours distingué dans sa parfaite simplicité.

Dès son arrivée, Mazarin eut avec le duc de Savoie une entrevue qu'il raconte en ces termes au cardinal secrétaire d'État.

a1 Ayant fait savoir à Son Altesse que j'étais venu ici par ordre de Sa Sainteté pour lui remettre un bref du Pape et des lettres de Votre Seigneurie Illustrissime9, dès qu'il en fut informé, le duc envoya un de ses chambellans, le comte de Cumiane, maître des cérémonies, me prendre à mon hôtel dans une voilure de la cour pour me conduire à l'audience. Je présentai le bref et les lettres, et Son Altesse ayant fait retirer tout le monde, je pus m'acquitter de mon office. J'exposai le plus brièvement que je pus que Sa Sainteté, tout en déplorant l'état des affaires, ne voulait pourtant pas désespérer de la paix, qu'elle était décidée à y travailler de toutes ses forces, et que, sachant quel appui elle trouverait dans un prince dont l'autorité égalait les bonnes intentions, elle m envoyait le solliciter, comme prince italien, de concourir au rétablissement de la tranquillité de l'Italie, ayant lui-même ressenti dans ses propres

1 Dépêche du 8 octobre.

* Disons une fois pour toutes que tel est le titre qui se donnait encore à tous les cardinaux italiens ou étrangers, la bulle d'Urbain VIII, qui prescrit à tout le monde, excepté aux têtes couronnées, de leur donner le titre $Êmincncet n'étant intervenue qu'un an après, le 10 juin 1650.

États les malheurs de la guerre, d'où Son Altesse avait su tirer une gloire immortelle. J'ajoutai qu'aussitôt que Sa Sainteté apprendrait l'arrivée des ministres des diverses puissances intéressées avec de pleins pouvoirs pour traiter, elle s'empresserait d'envoyer à ce congrès un cardinal pour y représenter sa médiation paternelle. Le duc m'exprima sa joie d'une telle résolution, et me dit que l'envoi d'un cardinal assurerait au Saint-Siège tout l'honneur de la paix si elle avait lieu, et y contribuerait puissamment. L'Espagne a «on plénipotentiaire dans le marquis Spinola; mais on ne peut pas commencer avant que l'Empire et la France n'aient désigné les leurs. Il en a vivement pressé le Roi Très-Chrétien ; il n'a pas «ncore reçu sa réponse ; mais ayant envoyé à Vienne à cet effet son secrétaire Binelli, il lui a été répondu que le comte de Collalto avait des pouvoirs suffisants; et si4e" comte le nie, c'est qu'avant d'entrer en négociation il veut ^Bûre quelque chose qui donnerdu relief aux armes impériales et à lui-même; assertion, dit Mazarin, qui peut être vraie, mais ne s'accorde pas avec ce que le marquis Spinola m'a toujours affirmé. Bien des lieux peuvent convenir à ce congrès; mais il n'est pas nécessaire d'en avoir un seul, et toujours le même. Les plénipotentiaires de l'Empire et de l'Espagne n'éprouveraient aucune

répugnance à se rendre en quelque ville sur les confins du Milanais et du Piémont, telle que Novare ; le duc de Gonzague pourrait venir à Casai et le plénipotentiaire français à Vercelli ou à Asti; on s'assemblerait tour à tour dans quelqu'un de ces lieux, sans avoir une résidence fixe1. Le choix du cardinal chargé de la médiation du Saint-Père est la grande affaire ; il faudrait qu'il pût avoir la confiance de toutes les parties, et, aux yeux du duc, personne ne conviendrait mieux que le cardinal Antoine, neveu de Sa Sainteté. Je crus devoir dire à Son Altesse que je pouvais lui annoncer la résolution du Pape d'envoyer un cardinal, mais que j'ignorais de qui le Saint-Père ferait choix, et que le cardinal Antoine serait bien reconnaissant de l'honneur que lui faisait Son Altesse. Le duc, reprenant la parole, me dit que le point essentiel en ce moment était d'empêcher la rupture et le commencement des hostilités, et qu'un tel malheur était à craindre à chaque instant, l'armée impériale et l'armée catholique étant toutes prêtes à entrer dans le Mantouan et le Mont fer rat. H a supplié le marquis Spinola de retarder l'entrée des troupes jusqu'à ce qu'on ait la réponse du roi de France; mais s'il était impossible d'obtenir

4 Dépêche du 8 octobre : « Si sarebbe poluto negoziare in circolo senza sedere. »

ce retard, il serait bien nécessaire que l'ambassadeur de France à Turin, M. Marini, ou le maréchal de Créqui, commandant en chef des trou* pes françaises en Italie, prissent sur eux de conseiller au duc de Gonzague de ne pas résister à l'Empereur, dans son intérêt même, et que c'était là ce que je devais m'efforcer de persuader à M. Marini et au maréchal. Le duc eut la bonté d'ajouter que je ferais bien de m'entretenir avec son fils, le prince de Piémont, de la manière dont je devais m'y prendre pour négocier utilement avec ces deux personnages, parce qu'il les connaissait bien, étant tous les jours avec eux ; mais lui-même il pouvait déjà m'avertir que le meilleur moyen de gagner le cœur du maréchal de Créqui était de s'adresser à son amour propre, de lui bien montrer que la gloire qu'il s'était faite sur les champs de bataille n'était point supérieure à celle qu'il pouvait acquérir en donnant la paix à l'Italie, et que cette gloire devait d'autant plus le toucher qu'elle était d'accord avec le service de son roi et avec ses intentions connues ; car tout le monde veut la paix, et il n'y a de difficulté que sur la forme et sur la façon. Le maréchal, au fond, est pour la paix, car il ressent déjà la fatigue et il est très-riche, et jouirait bien mieux de sa grande fortune dans les paisibles douceurs de son gouvernement du Dauphiné que sous la tente

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