CHAPITRE QUATRIÈME
et parmi le tumulte des armes. Il sait d'ailleurs que si la guerre a lieu, le cardinal de Richelieu n'est pas homme à rester à Paris ; il reviendra se mettre à la tête de l'armée ; il s'arrogera toute l'autorité, et ne laissera au maréchal qu'une situation subalterne et effacée. Son Altesse voulut bien ensuite prendre la peine de m'expliquer à quel point toutes les puissances avaient intérêt à la paix. Il ne pouvait trop s'étonner que la république de Venise n'eût pas conseillé au duc de Gonzague d'embrasser le parti que j'étais allé lui proposer, afin d'arriver par là à une suspension d'armes, quand après tout le duc de Gonzague n'aurait fait qu'accorder ce qu'il ne pouvait pas empêcher. Le duc de Savoie était confondu que les divers ministres- de la République en Italie, sans s'être entendus ni concertés, eussent tous sur-le-champ, d'un premier et unanime mouvement, condamné et rejeté le moyen terme proposé. Le résident de Venise à Turin, voyant le maréchal de Créqui et l'ambassadeur de France incliner à ce parti et l'approuver, sans oser toutefois le conseiller, faute d'instructions suffisantes, n'avait pas cessé un seul moment de le combattre, disant que c'était une invention artificieuse des Espagnols pour porter les Français à se défier de leurs alliés et pour rompre l'union. Les Vénitiens ont pourtant un immense intérêt à la paix, et on ne
comprend pas par quelle extravagance ils travaillent à se mettre eux-mêmes en péril, en poussant et en compromettant les autres ; ce serait au Pape à leur adresser une sévère remontrance, lui qui n'agit que par zèle pour la chrétienté et pour l'Italie, et qui ne peut pas même être soupçonné d'aucun intérêt particulier. Son Altesse me dit encore que la France avait trop peu ménagé l'Empire et l'Espagne en ces derniers temps ; il ne pouvait pas se reprocher de n'avoir pas averti le cardinal de Richelieu ; mais celui-ci n'a pas voulu l'écouter, et au milieu même de son expédition du Languedoc, apprenant que les Autrichiens avaient envahi les Grisons, il Ta sommé d'obtenir de l'Empereur la retraite de ses troupes des défilés qu'elles occupaient, ainsi que l'investiture pour le duc Charles de Gonzague, qu'autrement les Français se verraient forcés de tirer de nouveau l'épée, et que très-certainement ils ne quitteraient l'Italie et Suse qu'après avoir reçu les satisfactions demandées et convenues. Le comte de Sabra n, à son retour de Vienne, avait fort exaspéré les esprits en rapportant le refus formel de l'Empereur, et le mauvais succès de cette démarche, qu'on pouvait aisément prévoir, n'a fait qu'amener une irritation dont pouvait sortir à tout moment la guerre. »
A ces dernières paroles, Mazarin ne répondit