‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 65 sur 282 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

rien: il était là pour écouter, non pour contester ; plus libre et mieux informé, il aurait pu représenter au duc de Savoie que l'ambassade du comte de Sabran à Vienne témoignait de la déférence que la France professait pour l'Empire, et que si elle eût négligé cette démarche respectueuse et si mal accueillie, on n'eût pas manqué de l'accuser de vouloir se passer de l'autorité de l'Empereur dans les affaires du duché de Mantoue. Si la France l'avait sommé de réclamer l'investiture impériale pour Charles de Gonzague, c'est que, dansle traité signé par lui à Suse l, il s'était engagé à le faire, comme aussi il avait été expressément stipulé que la France ne quitterait Suse qu'aprèsla pleine et entière exécution du traité : stipulation bien nécessaire, sans laquelle la France s'exposait à perdre le fruit d'une expédition difficile et coûteuse et d'une victoire achetée par le sang de ses soldats.

Deux heures après cette audience, Mazarin avait été reçu par le prince de Piémont, Victor-Amédée. « Je fus, dit-il, introduit chez le prince qui me reçut très-gracieusement, et, venant au fait sur-le-champ, me dit qu'il fallait trouver le plus tôt possible un moyen d'empêcher la rupture et d'obtenir une suspension d'armes ; qu'il espérait bien que Spinola et Collalto tarderaient quelques

1 Voyez plus haut, chapitre deuxième, d. 62-64.

jours à entrer dans le Mantouan et le Montferrat, mais que le plus sûr était de persuader au maréchal de Créqui d'écrire au duc de Mantoue ce qu il lui avait si souvent entendu dire à lui-même, que Charles de Gonzague aurait très-bien fait de recevoir en ses États les troupes impériales, qu'en cela il se serait servi lui-même et aurait rendu un grand service au roi de France qu'il aurait tiré d'embarras. Et le prince me demanda si j'avais un bref du Pape pour le maréchal de Créqui. Je lui répondis que oui, comptant faire usage d'un des deux brefs que Votre Seigneurie Illustrissime m'a envoyés en blanc. Le prince me dit qu'avec ce bref et en n'épargnant pas les compliments, je pourrais gagner le maréchal, personnage, me dit-il, qui écoute volontiers celui qui lui vante son importance1. Je devais bien me garder d'attribuer à Spinola l'idée de recevoir les Impériaux dans le Mantouan pour arriver à une négociation ; loin de là, je devais dire qu'il avait fallu bien des instances pour y faire condescendre le général espagnol ; il convenait de ne point représenter Spinola comme très-désireux de la paix, mais plutôt comme impatient de se signaler par quelques grands faits d'armes et ambitieux de faire des conquêtes, de peur que sa modération

1 Dépêche du 8 octobre : « Essendo un signore che volontieri ascolta chi ostenta la sua grandezza. t

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