‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 67 sur 282 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

sons pour s'y refuser1, et les Français sont si dépourvus qu'ils seront bien contraints de demander eux-mêmes une paix si nécessaire au 1 soulagement de leur misère. »

« Je vous répète, dit Mazarin, que la maison de Savoie est pour la paix ; mais je dois avouer à Votre Seigneurie Illustrissime que, d'une part, les Français l'accusent d être tout à fait dans les intérêts de l'Autriche; et que, d'autre part, les Espagnols prétendent que si elle tâche d'arrêter l'armée impériale et l'armée catholique, c'est pour donner le temps aux Français de s'avancer; en sorte qu'elle n'a la confiance entière de personne. La vérité est que pour le moment la Savoie voudrait garder la neutralité. Le prince de Piémont s'est plaint à moi des soupçons de l'Espagne, et pour me prouver à quel point ils sont peu fondés et combien sa maison est attachée à l'Autriche, il m'a rappelé qu'il y a quelques mois il leur eût été facile, en se joignant aux Français victorieux, de tomber sur Gonzalès de Cordova, d'entrer dans le Milanais, qui était tout ouvert, et de porter un grand coup à la puissance autrichienne. »

Après cet entretien avec le prince de Piémont, Mazarin fit visite au maréchal de Créqui. « J'allai

1 Aveu précieux à r. cueillir.

dit-il, présenter mes hommages au maréchal de Créqui, auquel je remis le bref de Sa Sainteté, composé par moi de la façon que j'ai dit tout à l'heure, avec cette suscription : A Monsieur Charles de Créqui, pair et maréchal de France. Il me parut que cela suffisait ; mais je crois nécessaire que Votre Seigneurie Illustrissime lui écrive, en faisant passer la lettre par mes mains, pour le remercier des bonnes dispositions qu'il montre en faveur de la paix et de toutes les offres qu'il m'a faites à cet égard ; et il serait bon qu'aux titres que je lui ai donnés fussent ajoutés ceux de gouverneur du Dauphiné et commandant en chef de l'armée française en Italie. La lettre devra contenir un éloge assez vif de ses belles actions, car il est sensible à la louange et montre au Saint-Siège un dévouement qui, dans le haut rang qu'il occupe, peut être fort utile. J'accompagnai le bref apostolique des paroles que je jugeai les plus propres à me gagner sa bienveillance. Je ne puis peindre la joie qu'il fit paraître de l'honneur que lui faisait Sa Sainteté, et cette ouverture de cœur et d'esprit, qualité particulière à la nation française, avec laquelle il me fit voir des lettres originales du roi très-chrétien qui témoignent d'un grand désir de la paix, mais aussi le pressent de faire sortir le duc de

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