‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 69 sur 282 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

rat hautement que la suspension d'armes une fois accordée, si la paix ne sortait pas des délibérations du congrès, elle se tournerait contre ceux qui l'auraient empêchée par leurs prétentions déraisonnables. C'est la conduite et le langage équivoque du duc de Savoie qui enhardissent les Espagnols. Le maréchal me dit qu'il n'était peutêtre pas capable de conduire une affaire aussi difficile, mais que s il en était chargé, les désirs de Sa Sainteté lui seraient des ordres. Pour décider Spinola à consentir au délai demandé, on n'a qu'à lui dire la vérité : on ne cherche point à gagner du temps pour être prêt, car on l'est ; il y a tant en Savoie qu'en Piémont trente-deux mille hommes de pied et deux mille chevaux ; à Briançon et à Grenoble, on a d'immenses amas de grains et de munitions, et on vient de lui remettre un million. Pour lui, il est bien résolu à ne pas remuer et à ne pas prendre l'initiative de la guerre; mais si les Espagnols la prennent et entrent dans le Mont ferrât, il sait les ordres qu'il a, et saura bien les exécuter. »

« Alors, dit Mazarin, je tâchai de l'amener à

empêcher que le duc de Mantoue, les Vénitiens et Sa Sainteté n'eussent à temps des nouvelles du Roi en cette conjoncture... Il manda aussi au prince Thomas qu'il arrêtât à Chambéry les courriers du maréchal de Créqui, afin qu'il ne donnât et ne reçût à propos les nouvelles qu'il lui étoit nécessaire dejdonner et recevoir. »

s'expliquer sur le moyen terme proposé, et à me confirmer ce qu'il avait dit au prince de Piémont, qu'il l'approuvait, et que le roi de France aurait vu avec plaisir que le duc de Mantoue eût fait ce qui lui était conseillé. Si le duc savait que c'est là l'opinion d'un homme tel que le maréchal de Créqui, il ne pourrait manquer d'en tenir grand compte, et il serait aisé d'éviter la rupture imminente. Le maréchal me promit d'envoyer en diligence quelqu'un à Mantoue porter à Charles de Gonzague une lettre où, sans se permettre de lui donner un conseil, il n'en avait pas le droit, il lui dirait que, connaissant les intentions du roi, à la place de Son Altesse il se serait prêté en une certaine mesure au parti qu'on lui avait proposé. Et il me répéta plusieurs fois qu'il tenait pour bon ce parti. Je ne le quittai qu'après qu'il m'eut bien assuré qu'il écrirait dans ce sens au duc de Mantoue. Mais en avant conféré avec l'ambassadeur de France, Marini, celui-ci l'en détourna. En effet, le soir, chez le prince de Piémont, le maréchal, qui était dans le salon de Madame, m'apercevant, fit dire à Son Altesse qu il désirait lui parler devant moi; et sapprochant de nous, il commença par nous apprendre les nouvelles qu'un exprès venait de lui apporter. On faisait en France de grands préparatifs militaires et financiers ; Bois-le-Duc était enfin tombé aux

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