CHAPITRE QUATRIÈME
maison d'Autriche, dont les scrupules d'honneur et de dignité pouvaient seuls amener la guerre. Et là-dessus Son Altesse me raconta l'anecdote suivante : « Un de ses chambellans, qu'on avait envoyé en Angleterre faire des compliments de condoléance à la reine Marie-Henriette sur son fâcheux accouchement, de la part de Madame, sa sœur, s'en revenant par Paris, avait été présenter ses hommages au cardinal de Richelieu. Le cardi-, nal avait chargé ce chambellan de dire au duc de Savoie1 que bientôt il irait lui faire visite à Suse ; que très-sincèrement il ne voulait que son bien et la grandeur de sa maison ; mais que si le duc ne répondait pas à ces sentiments, la France, qui avait mille moyens de l'agrandir, en trouverait mille autres pour le perdre; qu'elle l'attaquerait par la Savoie, par le Piémont, par Nice, et qu'une fois ses États entre les mains de la France, il ne serait pas aisé à l'Espagne de les lui faire rendre ou de l'en dédommager. » Le prince me fit ensuite un long discours sur ce qu'on pouvait conjecturer de
1 Dépêche, etc. : « Che dicesse al duca che presto sarebbe venuto a vederlo a Susa, che, quando S. Alt. non havesse ripugnato, non havrebbe voluto che il suo bene e la grandezza délia casa sua, ma che se non havesse riconosciuto questa buona voluntà, il suo Ré, che haveva mille modi dà ingrandirla, non trovando buona corrispondenza, si sarebbe servito di mille altri per rovinarla, facendoli attaccare suoi stati per Savoia, Piemonte et Nizza, li quali persi una volta, con difficoltà li Spagnuoli l' havrebberaricuperati o datoli bastante ricom pensa. »
l'inclination de Richelieu à la guerre ou à la paix. Après avoir allégué bien des raisons dans un sens et' dans un autre, il se décidait à croire que si quelques grands troubles intérieurs en France n'empêchaient pas le cardinal de porter la guerre chez les autres, comme il lui importe au plus haut point de ne pas laisser Louis XIII oisif, c'est-à-dire exposé à toutes les intrigues, il ne fera pas la paix, à moins qu'il n'y trouve de très-grands avantages. Et à ce propos, le prince me lit encore cet autre récit : « Étant à Suse avec Richelieu, il l'avait prié, puisqu'ils ne pouvaient être toujours ensemble, de lui indiquer une personne sûre avec laquelle il pût conférer comme il le faisait avec lui : le cardinal lui avait répondu que ne pouvant se fier à personne il n'avait guère d'autre confident que lui-même. Il m'ajouta, dit le prince, que si jamais on pouvait lui enlever la faveur du roi, c'était en inquiétant son amour-propre, qui est extrême; en lui insinuant que son ministre l'éclipsé, et fait croire au monde que les heureux succès des entreprises de Sa Majesté sont dus principalement à sa capacité et à sa prudence ; que déjà un de ses ennemis avait osé porter ces bruits à l'oreille du roi, qui en a montré un très-grand dépit1. »
1 c In questo proposito mi conferi che havendo in Susa pre~ gato S. S. Illustrissima à dirli che persona confidente haveva cou