‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 73 sur 282 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

lui faire tout récemment au sujet de l'évéché de Padoue. 11 fit appeler le prince son fils, et ensemble ils cherchèrent les motifs que pouvait avoir Venise de désirer la rupture. Selon eux et selon toute vraisemblance, Venise ne croit pas que l'Autriche veuille sincèrement la paix, et alors, jugçant la guerre inévitable, elle souhaite que la guerre commence au plutôt pour forcer les Français de passer les Alpes et de s'engager à fond dans la cause de l'Italie. Les Vénitiens ont fait offrir au duc de Savoie une grosse somme d'argent s'il voulait entrer ou plutôt rester dans la ligue conclue à Suse ; et en même temps ils pressent les Français de faire avancer l'armée qui s'assemble sur les frontières de la Savoie et grossit tous les jours, afin que le duc, se voyant en péril, soit réduit à se mettre avec eux. Mais ce n'est pas par de tels moyens qu'ils atteindront leur but, s'est écrié le duc : ils jouent plutôt le jeu des Espagnols l. »

Mazarin rend compte ensuite d'un entretien qu'il eut avec Marini, l'ambassadeur de Louis XIII

le pape sur le sujet de Tévêché de Padoue, auquel Sa Sainteté promut le cardinal Cornare, fils du doge, ce que la République ne voulut pas souffrir, disant que cela étoit contre la loi par laquelle il est défendu aux fils du doge de recevoir aucune gratification des princes étrangers. •

4 Dépêche du 8 octobre : « Ànzi faranno il gioco per li Spagnuoli. »

146 LA JEUNESSE DE ItAZARIK.

à Turin, entretien qui le confirma pleinement dans ce qu'il savait de la politique de la France; « J'avais déjà, dit Mazarin, fait une visite à M. Mari ni, et il m'avait montré de la bienveillance. Ayant su qu'il venait de recevoir une dé-> pêche de Paris, j'y retournai pour apprendre des nouvelles. Beaucoup de paroles, toujours avec cette conclusion : quand le duc de Savoie verra ses États envahis par une armée française, sans obtenir de l'Autriche de grands secours ni en hommes ni en argent, il finira par céder et par s'unir à la France. L'ambassadeur me dit aussi que vraisemblablement, grâce au moyen terme proposé, la suspension d'armes aurait lieu, mais qu'un accommodement général un peu solide lui semblait presque impossible. Je le mis doucement sur la dépêche qui venait de lui arriver. C'était une réponse à une de ses lettres où il demandait au roi, à la prière du duc de Savoie, d'envoyer à quelqu'un de ses ministres un pouvoir égal à celui du général espagnol, afin qu'on pût traiter sérieusement de la paix. Pour me donner une preuve assurée de l'entière confiance qu'il voulait être entre nous, sachant, d'ailleurs, que je n'en ferais usage que dans l'intérêt public, l'ambassadeur me lut, non pas une fois, mais trois fois une fort longue lettre de Sa Majesté très-chrétienne. Je feignis d'avoir besoin de bien

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