CHAPITRE QUATRIÈME
fixer dans ma mémoire certains détails qui pourraient me servir auprès du marquis Spinola pour lui faire retarder l'entrée des troupes espagnoles dans le Montferrat et celle des troupes impériales dans le Mantouan, et sous ce prétexte je pus prendre note de presque tous les points essentiels contenus dans la dépêche royale.
« Le roi y dit : Je désire autant que jamais la paix de l'Italie ; mais je ne puis la faire qu'autant que mon honneur s'y trouvera, et mon honneur consiste dans la sûreté de mes alliés. Toutes les fois qu'on me présentera une proposition d'accommodement, je la prendrai en trèsgrande considération, pourvu que les bonnes in* l entions de ceux qui traitent avec moi me soient connues. Comme on ne m'a pas fait savoir que l'Empereur et le roi d'Espagne aient envoyé à Turin des ministres avec de pleins pouvoirs, je ne juge pas à propos de vous adresser celui que vous m'avez demandé; car le duc de Savoie, en attirant à Turin les négociations, peut avoir deux buts : l'un, d'être le médiateur de la paix, afin de favoriser la maison d'Autriche et de se ménager par là des droits à sa reconnaissance ; l'autre, de faire voir au monde que la paix, comme la guerre en Italie, dépend de lui. Il suffit donc pour le moment que vous me donniez avis des diverses propositions qui se feront, et j'ap-
précierai celles qui auront pour objet le véritable intérêt de la chrétienté. Ici on m'a fait deux propositions, ajoute le roi de France, la première, que j'envoie à l'Empereur un nouvel ambassadeur extraordinaire, personnage de haut rang, qui demanderait avec instance l'investiture en faveur du duc de Mantoue ; Sa Majesté Impériale l'accorderait ; de mon côté, je devrais retirer les troupes que j'ai dans le Mantouan; cela fait, l'Empereur retirerait aussi les siennes de la Valteline et des Grisons, et laisserait libres les passages de la Suisse comme ils Tétaient auparavant. La seconde proposition est toute différente : au lieu de demander à l'Empereur l'investiture immédiate, le roi de France se contenterait qu'elle fût remise aux mains du Pape, lequel ladélivrerait au duc de Mantoue aussitôt que les Français seraient sortis du Montferrat. Mais, di tMazarin, je crois pouvoir affirmer que ces deux propositions sont trop avantageuses à la France pour qu'elles aient pu lui être faites au moins en ces termes; car comment ne les aurait-elle pas acceptées? Il se pourrait bien qu'on les ait adressées à M. Marini pour qu'il les communiquât au duc de Savoie et lui fit voir par cet échantillon quelle sorte de moyens termes on pouvait offrir. Sa Majesté très-chrétienne recommande à son ambassadeur de ne rien négliger pour que le duc de Savoie se déclare ; en