‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 8 sur 282 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

comme sa mère, doux et vif, insinuant et hardi, du visage le plus ouvert et de la gaieté la plus aimable, d'une merveilleuse aptitude à toutes choses, et particulièrement à l'intrigue1.

Quel sujet pour les jésuites ! Aussi les pères de la Compagnie firent tout pour l'acquérir, lui promettant monts et merveilles ' ; mais ils ne parvinrent pas à le séduire : loin de là, il se hâta de quitter leur école, et de peur de tomber entre leurs mains il abandonna l'étude, se jeta dans la dissipation et mena une vie fort peu édifiante.

Mazarin avait été presque élevé avec les enfants du connétable Colonna, qui étaient à peu près de son âge et goûtaient fort sa conversation et son esprit. De son côté, il s'appliquait à leur plaire*,

1 C'est le jugement qu'en porte déjà l'auteur du mémoire de la Rivista : « In somma capace d' ogni qualità di scienza, e fra le altre cose capacissimo de1 parliti e di invenzioni. •

1 Benedetti, p. 10 : « Di tirarlo alla loro Compagnia e di tentante di lui volonté con frequenti et ailette voli assalti. » Le mémoire de la RivUla : « Li padri delta Compagnia del Gesù in Roma, aile cui scuole andava Giulio ad imparare le scienze, invaghiti del bel ingegno, délia capacità e graziose manière del giovine, tentarono ogni via per tirarlo nella loro Compagnia, promeltendogli mari e monti, e quantunque le lusinghe e gli allettamenti fossero grandi,... eche fossero le loro persuasioni continue e violenti, non ebbero perô mai vigore alcuno di prender posto nelle orecchie di Giulio, anzi tanti reiterati assalti non servivano per altro che per principal motivo di farlo levare dalle loro scuole, ed abbandonare affatto li studii, darsi aile conversazioni de' giovani, ed a poco buone pratiche. »

* Benedetti, ibid. : « Fin da quel la puérile ctà fù ammesso alla

et dès lors on remarquait en lui le soin qu'il eut toujours de se lier avec des personnes d'une condition au-dessus de la sienne. Dans le palais Colonna, il fit plus d'une connaissance utile; il prit le ton et les mœurs du grand monde, il en prit aussi les vices. La grande passion du temps était le jeu. Mazarin s'y livra avec ardeur, et il y devint bientôt maître; il gagnait beaucoup d'argent, en sorte qu'il menait un assez grand train, avait toujours les plus riches habits, des bijoux, des diamants. C'était un beau joueur dans toute l'étendue du terme, hardi au dernier point, et en même temps d'une fermeté inaltérable. Jamais, dans toutes les vicissitudes du jeu, si l'on en croit celui de ses biographes qui l'a le plus connu dans sa jeunesse, on ne le vit changer de visage, jamais il ne lui échappa un mot malséant; il remuait, comme on dit, les écus à la pelle, et il avait coutume de dire que « le magnifique a le ciel pour trésorier1. » Mais la fortune est changeante : un jour elle tourna le dos à son favori d'une si étrange façon qu'il se

conversatione de i fîglivoli, corne suoi coetanei, del contestabile Colonna, nella buona grazia de' quali avanzo sempre tutti H altri cavalieri romani. »

' Le mémoire de la Rivista dans la bonne copie : « Era poi nel giuoco rischiatissimo, amorevole, disinteressato; non fù mai per causa del giuoco alterato, né fù sentito proferir parola sconcia ; mostrava maneggiar i denari, corne si suol dire, con la pala, e so* vente dir soleva che ad un uomo splendido il cielo è tesoriero. »

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