CHAPITRE CINQUIÈME
guerre, mais pour faire la paix, s'il était possible. Mazarin partit de Milan le 29 octobre1, se rendit sur-le-champ à Mantoue, et parvint à grand'peine à contenir le duc en lui proposant de s'en remettre au maréchal de Créqui et en s'engageair^ à aller lui-même prendre à Turin et à lui rapporter Ta vis du maréchal, à la condition que jusqu'à son retour il s'abstiendrait de tout acte d'hostilité qui pût faire plus grande la rupture commencée. Il eut l'art d'amener aussi le comte de Collalto à la même concession. Ce n'était pas sans doute la suspension d'armes régulière et officielle à laquelle les deux plénipotentiaires français et espagnol, Créqui et Spinola, avaient donné les mains; mais c'était au moins une suspension tacite, à peu près d'un mois, qui, loyalement observée par les deux adversaires, laissait le temps au Saint-Père et à ses ministres de continuer et de redoubler leurs efforts en faveur de la paix.
Mazarin courut donc à Bologne où venait d'arriver le cardinal légat. Il le connaissait déjà, ou du moins i 1 l'avait beaucoup vu à Rome ; il avait
1 Dépêche du 28 octobre : • Sono adesso otto hore di notte, e solamente aile 6 sono ritornato dà palazzo, dovendo par tire ail" alba. * — Dépêche du 29 : • Questa mattina due hore avanii giorno S. E. mi hafatto chiamare... e partendo adesso che sono 14 hore...)»
eu même la pensée d'entrer à son service1. Il lui apportait des lettres de recommandation de Jean- François Sacchetti et du cardinal secrétaire d'État lui-même f et le trouvant à Bologne loin de sa cour ordinaire, et avec des personnages qui lui étaient favorables, tels que le cardinal Sacchetti, frère de Jean-François, Mazarin n'eut pas de peine à lui plaire. Ils eurent ensemble un long entretien où Mazarin lui exposa la vraie situation des affaires, les difficultés surmontées, celles qui restaient à vaincre, et montra tant de connaissances, de jugement, d'habileté que le cardinal Antoine en fut charmé et lui donna toute sa confiance1. Ce fut là le commencement de cette faveur dont le cardinal l'honora toujours, et dont plus tard Mazarin, parvenu au faite du pouvoir, lui témoigna une si fidèle, une si éclatante reconnaissance.
Le nonce extraordinaire, Jean-Jacques Pencirole, était un homme d'un incontestable mérite, qu'il fit bien paraître dans les grandes charges qu'il exerça depuis ; mais enfin c'était un prélat de la cour romaine, d'une gravité un peu céré-
1 Plus haut, chap. I, p. 26.
* Benedetti, p. 21 : • Riconobbe il cardinale Antonio nel Irattenimento di quattr' hore continue la di lui grande habilita, e dair hora afTeltionandosi al suo merito lo ammise ad" una intiera confidenza, e comincio à favorirlo di tutta la sua buona gratia. »