CHAPITRE CINQUIÈME. 1C
monieuse qui n'était pas selon les circonstances. Il trouva Mazarin très-bien établi à Milan, à Mantoue, à Turin, auprès des princes de Savoie, du maréchal de Créqui, de Spinola, de Charles de Gonzague et de Collalto, et loin de l'effacer il le fit plutôt valoir par le contraste de son allure sévère comparée avec les manières aisées et engageantes du jeune diplomate. Celui-ci, d'ailleurs, était trop habile pour ne pas se ménager adroitement avec monseigneur le nonce extraordinaire, et il s'appliqua à faire passer en quelque sorte ses talents et ses services à l'ombre d'une modestie réelle ou affectée1.
Parmi les diverses missions que le cardinal légat confia à Pencirole, une des premières fut auprès du comte de Collalto, à son camp sous Mantoue. Il s'agissait d'en obtenir qu'au lieu de la suspension d'armes tacite et momentanée que Mazarin lui avait arrachée, il accordât aux instances plus autorisées d'un nonce une suspension d'armes déclarée et publique qui permit
1 Benedetti, p. 21 : « n Mazarini, non solo per la sua nalural modestia, délia quale si servi sempre corne di ombra per far tanto più spiccare lo splendore de' suoi talenti, ma anche perche stimava checosi complisse ai suoi proprii interessi, non lascio cTusare ogni maggior finezza accioche si trattasse à dirittura col nuntio, e benche egli andasse in cio guadagnando con stento qualche passo, pur gli convenue intervenir sempre in tulti i negotiali che furono i primi progetti délie sue future grandezze. »
aux plénipotentiaires de s'assembler librement et de travailler à l'accommodement des affaires d'Italie. Mais le nonce s'y prit avec si peu d'adresse que Collalto reçut fort mal la proposition qui lui était faite, s'emporta même contre Pencirole et envoya le colonel Piccolomini déclarer au cardinal légat qu'il ne voulait plus traiter avec le nonce et avoir affaire à personne autre que Mazarin, dont la mine ouverte et les façons militaires lui plaisaient autant que la roideur du prélat romain l'avait blessé1.
Cependant les difficultés que le nonce Pencirole rencontra ou suscita auprès du général autrichien, et qu'il eut bien de la peine à surmonter, eurent un fâcheux contre-coup sur les négociations que Mazarin poursuivait à Turin avec un zèle gouverné par la prudence. Le maréchal de Créqui, voyant les résistances de Collalto, se piqua d'honneur, et ne voulant point que l'orgueil impérial imputât sa facilité à faiblesse, et à crainte, il recula au lieu d'avancer, et Mazarin ne put le gagner que très-lentement
1 Benedelti, p. 21 : « Collalto restô talmente soddisfalto délie di lui destre et disinvolte manière, che si dichiarô col cardinale Antonio per mezzo del duca Piccolomini, inviatogli espressamente a quest1 effetto, che egli non volera trattar con altro minislro pontificio che col Mazarini, ad esclusione del nuntio Penziroli che con i suoi modi diversi e forse troppo austeri se Y era grandemente irritato. >