‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 91 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

avait assuré l'abbé Scaglia que Spinola avait ordre d'y donner toute son attention ; cependant, au lieu d'accepter les places de Champagne que nous offrait M. de B., fils du gouverneur de Saint-Dizier, une des places les plus importantes de la province, avec l'appui de toute sa famille, qui est maîtresse de presque toute la Champagne; au lieu de soutenir vigoureusement Monsieur, qui sortait du royaume pour le soulever et se mettre à la tête des mécontents, Spinola laissa traîner l'affaire en longueur, en disant qu'il voulait envoyer quelqu'un pour s'aboucher avec Monsieur. Nous fîmes choix de M. de Saint-André. Spinola nous assura qu'il allait faire partir M. de R., lequel ne parut pas. Monsieur, qui attendait pour se décider une sérieuse: résolution de notre part, souhaita que M. de Saint-André passât en Flandre et s'entendît avec l'infante gouvernante des Pays-Bas, promettant de n'accepter aucun accommodement avec le roi de France jusqu'à son retour. On retint

S. M. Con questa risposta toraô il sig. di San Andréa à Nancy dà Monsieur, il quale vedendo che le cose di nuovo si rimettevano in Spngna, poco sodisfatto di tali lunghezze e del modo di negoziare di Spagna, dice che erà forzato d' accomodarsi, benche haveva determinato prima di non intrar in Francia salvo con la spada in mano, si che si è perduta anco questa opportunità di divertir la Francia, col danno irreparabile del servilio délia Maestà Sua. »

Saint-André à Bruxelles pendant quatorze jours, et finalement le marquis de Mirabel le renvoya, en disant que Sa Majesté Catholique ne voulait pas fomenter des querelles entre deux frères, ses parents, qu'en tout cas, il ne pouvait prendre la chose sur lui, qu'il fallait en écrire en Espagne, et que si nous désirions tant soutenir Monsieur, nous n'avions qu'à le faire, puisqu'il s'agissait beaucoup plus en cette affaire de notre intérêt que du service de Sa Majesté. C'est avec cette réponse que Saint-André retourna à Nancy, près de Monsieur; celui-ci, voyant que toute l'ardeur de l'Espagne était éteinte, bien mal satisfait de ces longueurs et de cette façon de négocier, déclara qu'il était forcé de s'accommoder, quoique d'abord il fût très-résolu à ne rentrer en France que l'épée à la main ; et voilà comme a été perdue l'occasion de la diversion la plus considérable, à l'irréparable préjudice de la maison d'Autriche, »

Sans examiner s'il n'y avait point dans les projets du duc de Savoie, que cette dépêche met à découvert, autant de chimère que de déloyauté, reconnaissons qu'elle est un utile commentaire de ces paroles énigmatiques du prince de Piémont à Mazarin, que la France n'était pas où elle croyait en être, que l'affaire de Monsieur n'était pas finie, et qu'elle pourrait

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