‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 93 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

favorable à la suspension d'armes, apercevant ce qu'elle cachait, il se refroidit peu à peu, écrivit à Paris ce qui se passait, et, malgré ses pleins pouvoirs, demanda de nouveaux ordres pour de nouvelles circonstances. .

Il était temps que Richelieu intervînt dans une situation qui s'aigrissait et s'envenimait de jour en jour davantage.

Dès que le cardinal avait vu, à la fin de sa campagne contre les protestants du Midi, Spinola appelé au gouvernement du Milanais et Collalto s'avancer vers l'Italie, il ne s'était pas pressé d'évacuer la ville et la forteresse de Suse ; puis, apprenant que le duc de Savoie, au lieu de s'apprêter à faire tête, selon l'esprit et la lettre même des traités, à Collalto et à Spinola, se fortifiait du côté de la France, couvrait de retranchements la route de Suse à Turin, et ne fournissait à la garnison de Casai que fort peu de vivres et à des .prix excessifs, il devina Charles-Emmanuel; et, 'laissant le maréchal de Créqui, en qui il avait toute confiance, négocier à Turin, pour appuyer ses négociations il se hâta de réunir une armée dans le Dauphiné, à l'entrée de la Savoie, avec la pensée d'en venir bientôt prendre luimême le commandement.

En s' engageant de nouveau dans une expédition lointaine et hasardeuse, le cardinal ne s' ex-

posait pas seulement aux périls ordinaires de la guerre : à peine guéri de la fièvre qui avait manqué l'emporter en Languedoc, il allait affronter la peste et les épidémies qui dévastaient le Dauphiné et le Lyonnais; et, ce qui était d'un bien autre danger, il laissait Louis XIII livré loin de lui à ses inégalités et à ses incertitudes, dont un patriotisme sincère ne le défendait pas toujours. S'il n'eût songé qu'à sa propre fortune, il se serait bien gardé d'abandonner le roi aux intrigues que faisait naître le refroidissement encore dissimulé, mais déjà sensible aux yeux des courtisans, de la reine mère, Marie de Médicis, pour son ancien favori, se rencontrant avec l'inimitié déclarée de Monsieur, duc d'Orléans, et sa première fuite hors du royaume. Mais il n'y avait point à hésiter : l'honneur et l'intérêt de la France parlaient trop haut; Venise, Casai et Mantoue menacées nous appelaient une seconde fois en Italie. Richelieu sentait bien aussi que sa présence, à défaut de celle du roi, était nécessaire pour donner du cœur à nos alliés et animer nos généraux qui, sous ses yeux, ne se permettraient ni faiblesse ni négligence. Il remit donc sa destinée entre les mains de Louis XIII1, et il alla seul poursuivre au delà des Alpes leurs communs

1 Mémoires de Richelieu, t. V, p. 531 : (Il dit au roi) « que, bien qu en diverses occasions passées il eût tâché de témoigner

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