CHAPITRE CINQUIÈME
c'est ainsi queMazarin fut envoyé à Lyon, auprès de Richelieu.
De bonne heure, avant même que Richelieu eût quitté Paris , sur le premier soupçon qu'il pourrait bien reparaître en Italie, Mazarin, poussé par la curiosité de la jeunesse, par l'ardeur de s'instruire, surtout par la passion innée que nous avons déjà signalée en lui de toujours monter et d'entrer en commerce avec les plus grands, dont il se sentait l'égal, avait conçu le plus vif désir1, et même formé le projet de voir de près celui dont le nom seul était l'effroi de l'Autriche et le vague espoir de l'infortunée Italie. Sa jeune imagination s'enflammait à la seule pensée de conférer avec un tel personnage. Aussi, anticipant sur les événements et comme les apercevant de la seconde vue de l'ambition et du génie, il écrivait, avant 1630, au cardinal Barberini qu'il serait peut-être nécessaire d'aller un jour s'entendre avec le cardinal de Richelieu; qu'on ferait donc bien de lui envoyer d'avance un bref du pape et une lettre du cardinal secrétaire d'État qui l'accréditassent auprès du ministre français, afin que si, par hasard, celui-ci venait en Italie ou du moins jusqu'à Suse, le nonce Pencirole s'établît à Turin,
1 Voyez la fin du chapitre IV, p. 153.
s'y. tînt comme en réserve et en arrière, tandis que lui, avec les pouvoirs qu'il sollicitait, il pourrait se transporter en diligence où le bien des affaires rappellerait. Voilà ce qu'écrivait Mazarin le 25 décembre 1629 ^ et, un mois après , tout se passait exactement comme il l'avait prévu, désiré, demandé. Le destin, qui s'était chargé d'accomplir ses vœux prophétiques, n'était autre que l'habileté précoce du jeune diplomate à manier les esprits et à les amener où il voulait.
Parti de Turin dans le cœur même de l'hiver; Mazarin arriva à Chambéry le 25 janvier 1630. Il y trouva le prince de Piémont et le prince Thomas, qui lui prodiguèrent toute sorte de poli1» tesses quelque peu intéressées. Victor-Àmédée voulut qu'il restât près de deux jours à Chambéry pour y attendre le retour du comte de Saint-Maurice, qu'il avait envoyé à Richelieu, et qui devait rapporter des nouvelles certaines des dispositions du cardinal. Le comte n'arrivant
1 Dépêche du 23 décembre : t Potrebbe venire il caso che bisognasse spingere avanti per passare qualche officio con il signore cardinale di Richelieu, onde mi par di motivare à V. E. Illust. che r havere un brève di nostro Signore et una lettera di V. E. Illust. credentiale per il detto signore non sarebbe se non molto à proposito, poichè se si avanzasse a Susa potrebbe trasferirvisi monsignor nuntio, e restando assai a dielro, vi anderei io in diligenza, richiedendolo il bisogno. »