CHAPITRE CINQUIÈME
aussi caché , qu'entre autres choses il avait été demander au cardinal de retirer les postes français échelonnés sur la route de Su se, sous le commandement de du Hallier, le futur maréchal de L'Hôpital, et qu'il lui avait proposé une entrevue avec le prince de Piémont près de Pont-Bonvoisin, en un lieu presque neutre, afin de ne pas donner d'ombrage aux Espagnols, avec lesquels le duc de Savoie et son fils s'engageaient de plus en plus, en même temps qu'ils traitaient avec la France : proposition que Richelieu avait déclinée avec une courtoisie menaçante en disant que le prince n'avait pas besoin de se déranger, et qu'il lui offrait d'aller lui faire visite à Chambéry. Saint-Maurice n'avait pas non plus fait à Mazarin la confidence qu'il s'était efforcé de hausser les prix convenus des subsistances et de faire prendre à l'armée française des chemins détestables, à travers des lieux plus faits pour des ours que pour des humains, désolés par la peste, et où il était impossible de loger des troupes et très-aisé de les attaquer et de les détruire si l'on en avait le dessein1.
Après ce court et vain entretien, Mazarin quitta Saint>Maurice ; il entra à Lyon le 28 janvier dans la soirée ; il y resta toute la journée du 29,
Richelieu, V, p. 371-574 et p. 389.
et le soir même il reprenait la route d'Italie-1. Qu'on songe si pendant ce jour unique et tant désiré l'infatigable, le curieux, l'intelligent Mazarin mit à profit ses yeux et ses oreilles! Il voyait donc enfin la France, une grande pro-: vince, une grande ville française, sinon la capitale, au moins la seconde ville du royaume.: Partout il rencontrait une forte et nombreuse population*. Il fut frappé de l'aspect de l'armée. 11 y avait là à peu près seize mille hommes disséminés dans les garnisons du Dauphiné et du Lyonnais5. Mazarin crut y pouvoir compter vingtcinq mille hommes de pied et quatre mille chevaux. Parmi eux, dix ou douze mille vétérans, entre autres les fameux régiments de Champagne et de Navarre, huit compagnies des gardes : tous
Première dépêche du 14 février : « La sera del 28 del caduto giunsi in Lione. » Dépêche du 29 janvier, de Lyon même : « Risolvendo di partir hoggi, doppo che si sarà mosso il signor Cardinale che questa sera allogiarà tre leghe lontano dà qui per passare in diligenza a Grenoble. Io me ne passero per le poste à Torino. » Bassompière, qui était encore à Lyon et y vit Mazarin, donne la même date de son arrivée et de son départ. Mémoires, dans la collection Petitot, t. III, p. 242 : a Le lundi, 28ê de janvier, le sieur Giulio Mazarini vint à Lyon de la part du nonce Panzirolé que le pape avoit envoyé pour traiter de la paix. Le cardinal le dépêcha le mardi 29e. »
2 Cinquième dépêche du 14 février : a Di gente abbonda tanto laFrancia. »
5 Mercure françois, 1630, p. 20 : « L'armée du Roi était corn* posée de vingt mille hommes de pied et deux mille chevaux, et, de ce nombre, il y avoit à Suse six mille hommes.- •