CHAPITRE CINQUIEME
soldats de choix, très-bien équipés, et remplis d'ardeur martiale. On disait que chaque mois on pouvait recevoir cinq mille hommes de renfort, et que le cardinal portait avec lui deux millions l. Ceux qui commandaient cette armée étaient dignes d'elle. L'exact et sévère AbelServien y était intendant de justice et de police, l'habile d'Hemery , intendant des finances et des subsistances ; tous les deux, presque encore au début de leur longue carrière2. Richelieu avait avec lui ses meilleurs officiers, qu'il avait amenés ou qui étaient venus
* ! Troisième dépêche du 14 février : « L'essercito che conduce il signor Cardinale senza altro non passa da 25 m. fanti e 4 m. cavalli; di quelli vene sono 10 in 12 m. esquisitissimi nelli reggimenti di Ciampagna, Novarra, Piemonte e Falseburgh con otto compagnie délie guardie. Li 4 reggimenti sono di 20 compagnie l'uno. E veramente nei passaggio che feci di Ciambri a Lione hebbi fortuna di vederne alcuni di gente scielta ben arma ta e ripiena di spirito... Mon su d'Alincurt mi disse haver ordine d'inviare ogni mese in Italia, subito che vi fosse giunto il signor Cardinale, cinque m. fantieduecento cavalli in circa, che S. S. Illust. portava seco due miglioni o pojco meno, * etc.
8 Servien était né à Grenoble, en 1593; d'abord procureurgénéral au parlement de cette ville, puis premiei président au parlement de Bordeaux, secrétaire d État, successivement chargé de missions importantes au corïgrés de Cherasco et en dernier lieu au congrès de Munster. Il est mêlé, ainsi que son neveu Lyonne, à toute la carrière de Mazarin. — Michel Particelli d'Hemery, d'une famille italienne venue en France au xvê siècle et établie à Lyon. Il devint ambassadeur en Piémont, et ce fut lui qui, plus tard, en qualité de surintendant des finances, rendit à Mazarin tant de services et fournit aussi tant de prétextes aux réclamations du parlement de Paris, d'où sortit la Fronde.
le rejoindre. G'étaientle maréchal de Bassompière tout près de partir pour la Suisse, et le maréchal de La Force pour la Savoie et le bas Mont ferrât; le duc Henri de Montmorenci, le chevaleresque mais léger petit-fils du connétable Anne ; surtout le maréchal Henri de Schomberg, le confident, l'ami, le bras droit du cardinal, aussi prudent au conseil qu'énergique sur le champ de bataille, grand serviteur de l'État et qui voyait l'État dans Richelieu. Au-dessous d'eux venaient des maréchaux de camp tels que le marquis de La Force, fils du maréchal de ce nom, le comte de Sault, fils aîné du maréchal de Créqui, le comte délais, le commandeur de Valançai, tant d'autres encore, sans oublier l'archevêque de Bordeaux, bien plus militaire qu'ecclésiastique1.
Mazarin eut un moment le spectacle de cette noble élite d'hommes d'État et de guerriers. Mais c'est sur leur chef qu'étaient fixés les yeux, l'attention, toutes les facultés du jeune diplomate. Il approchait pour la première fois de Richelieu. Il soutenait pour la première fois ce regard d'aigle qui semblait percer jusqu!au fond du cœur de ceux avec lesquels il traitait; il entendait cette parole
1 Deuxième dépêche du 44 février : < Di persone qualificate erano seco il duca di Memoranci, H marescialli di Basompier, Sciomberg e la Forza, li conti di So et Aie, Valansé, l'arcivescovo di Bordeos, et uiia gran quantità di cavalieri molto ben posti. »