CHAPITRE CINQUIÈME
nette et forte, de la dernière familiarité et toujours d'une distinction suprême. Il voyait cet homme vieux avant l'âge, exténué de fatigues, n'ayant qu'un souffle de vie, ne se soutenant chaque jour qu'à force d'art et de soins, sans cesse aux prises avec quelque maladie mortelle, et montrant au monde que, dans les luttes de la politique tout autant que dans celles de la guerre , un esprit héroïque est maître du corps qu'il anime, comme le dit admirablement Bossuet.
Ifazarin eut avec Richelieu une longue conférence dans laquelle, excité par la grandeur des intérêts qui lui étaient confiés, eto>ar l'envie de paraître à son avantage devant un pareil interlocuteur, il déploya tant desprit, et aussi tant d'agrément et une si parfaite connaissance des affaires d'Italie, que le cardinal en sortant de cette conférence fit, dit-on, devant toute sa cour l'éloge de Mazarin. Mais si frappé qu'il ait pu être des talents qu'il rencontrait dans le jeune chargé d'affaires pontifical, Richelieu ne se doutait pas que ce jour-là il avait devant lui son successeur.
Qu'était-ce alors, en effet, que ce futur héritier du grand cardinal, celui qui devait un jour partager ses périls et ses succès, servir d'abord, puis continuer et accomplir tous ses desseins au dedans et au dehors, abattre la dernière grande révolte de l'aristocratie féodale, émanciper
la royauté, donner à la France quatre grandes provinces, et finir aussi, comme Richelieu, par accumuler sur sa tête toutes les dignités et mêler son sang au sang des plus grands princes? C'était un jeune Italien sans naissance et sans for* tune, le fils d'un homme d'affaires des Colonna, a moitié militaire, à moitié diplomate, au service du pape sans être ecclésiastique, n'ayant pas même de titre officiel bien déterminé, condamné à faire sa cour à tout le monde, et attendant son avancement et tout son avenir d'une cour indécise et de supérieurs médiocres, incapables de le comprendre. Heureusement à Lyon il avait affaire à un personnage qui se connaissait en hommes, et sut bien vite discerner en lui des instincts politiques du premier ordre et un génie impatient de prendre son vol.
Mais enfin que se passa-t-il dans cette fameuse conférence que les historiens célèbrent à l'envi l?
1 Benedetti, p. 23 : « Fù questa la prima volta che il Cardinale Richelieu conobbe di presenza il Mazarini, e ne restô tal mente rapito che fece quel grand'eroe publiche esagerationi di stima délie qualità peregrine che haveva ravvisate in questo soggetto che nel pocho tempo del suo soggiorno in Lione s'introdusse considerabilmente nella buona grazia del Cardinale. » Brusoni, p. 155 : « Questo primo congresso di Mazarini con Riscegliù fù il primo grado che fece ail1 acquisto délia sua grazia, poichè, dopo d'averlo tenuto per tre bore continue a stretta conferenza, disse à grandi délia corte di non avère ancora Irovato huomo alcuno che nel primo inconlro svc^liasse più di lui concetti del proprio valore nella sua