‹ La jeunesse de MirabeauChapitre 7 sur 9 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

Ici commence, Selon nous, l'ère vraiment coupabie de la vie intime de Mirabeau, la seule où il eut des torts réels envers sa famille, où il oublia le respect qu'on doit au nom qu'on porte, au sang dont on est issu. Arrêté dans un pays libre et empri^ sonné contre le droit des gens, ravi tout à coup à une douce vie d'étude et d'amour, qui calmait sans l'éteindre sa dévorante énergie, il fut pris d'un vertige de rage à cette nouvelle persécution ; le délire du malheur lui monta à la tête et lui fit répandre, sans mesure, contre les siens, le fiel longtemps couvé dans son cœur. Dès lors ses plaintes se traduisent en injures; l'outrage remplace le reproche ; chaque jour les détails les plus honteux, les divulgations les plus déshonorantes qui peuvent salir sa famille s'échappent de sa plume

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LA JEUNESSE DE MIRABBÀti 15S

dans ses lettres à Sophie. Le calme et la noblesse de Tinfortune l'ont quitté et ont fait place à une fièvre morale où son intelligence s'égare. Ce n*est point de sang-froid qu'il est railleur, obsdène et pervers, il cède aux orages de ses pensées ; éter-' nellement persécuté, il juge avec désespoir son peN sécuteur. Déshérité de ramourdelafamille,ll noua montre la sienne en ennemi, il en dévoile leë viceë et en étale sans pudeur les turpitudes. i)e son père, il nous peint l'orgueil et la bassesse, llnfcessante contradiction de sa vie publique et de sa vie privée. De Sa mère et de ses sœurs, les faiblesses. De sa femme, les torts réels, qu'il transforme en vices ; poussé par la double ivresse de la colère et de l*amour, auquel il se confie, il brise violemment dans ses paroles les liens du sang qui ne ftirent jusqu'à cejour poiirlui que les chaînes de l'esclavage. Il met lui-même le nom de Mirabeau ati pilori; mais il le fait, et c'est là sa seule excuse, dans le paroxysme de la doilleur et daiis Tintituité d'une correspondance secrète. On doit déplorer cet abaissement du géant qui se fait satyre et oublie l'éloquence qui foudroie, pour employer les sar-

casmes qui déchirent, les paroles impures qui souillent. En déviant ainsi de sa vraie nature, il perdait toute sa force; la force du malheur et du courage; Tirritation le rendait à la fois audacieux et pusillanime; dans ses heures de fermentation qui touchent à la folie, il trace de la même main d'implacables diatribes contre sa famille, «t d'humbles suppliques à son père; il mord et maudit ses tyrans, puis pour en obtenir la liberté, il les prie à genoux et avec larmes. Plaignons les excès et les humiliations d'une nature élevée; rappelons-nous qu'elle fut excitée par les tortures d'une longue servitude, qui devait avoir son éclatante réaction. N'oublions pas que c'est durant trois nouvelles années d'esclavage que cette nature longtemps énergique et noblement résignée sortit ainsi d'ellemême, et pour excuser l'homme, songeons à sa situation, aux supplices qui le poussaient presque à la démence, aux douleurs physiques sous lesquelles il succombait; songeons au désespoir de cette jeunesse enchaînée, alors que le ferment de la liberté germait dans toutes les têtes, que son souffle précurseur parcourait la France et y agitait

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déjà tous les esprits. Lui, penseur, souYerainement éclairé, quels ne devaient pas être ses élans de révolte dans cette citadelle de Yincennes, où il fut enseveli trois ans I tandis que ceux qui auraient pu le défendre et le délivrer le traitent avec indifférence, laissant l'inflexibilité paternelle suivre son cours et tandis que sa femme vit dans la mollesse et les plaisirs, l'oubliant comme s'il était morti C'est à Sophie, c'est au seul être qui lui fût alors dévoué, et qui comprît d'autant mieux Texcès de ses misères qu'elle en ressentait le contre-coup, c'est à elle seule qu'il adresse ces plaintes orageuses où l'égarement succède au courage et à la grandeur d'àme.

La publicité qui ne respecte rien depuis un siècle, nous a livré tous les mystères impudiques, toutes les douleurs acerbes de cette correspondance dont on voudrait déchirer bien des pages, et pourtant au milieu de ce fiel et de ces ordures jaillissent comme des éclairs fulgurants, les pensées les plus hautes et des sentiments généreux, qui font aimer ce grand persécuté ; une éloquence passionnée, un style éblouissant révèlent déjà l'orateur invin-

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cible.Nous ne résistons paâ à la tentation de citer ici quelques passages de ses lettres à Sophie, systématiquement décriées par la fausse pudeur des ennemis politiques de Mirabeau.

« Agitée d'espérance et d'inquiétude, de douleur ou de désir, mon âme., quoique gouvernée sans cesse et exclusivement par le même sentiment, est le jouet de mille sensations contraires qui s'entrechoquent et ne me laissent pas un moment de repos. Quelquefois je me repais de toutes sortes de chimères; j'invente, je conjecture, je combine, je me persuade presque que je puis compter sur des ressources qui n'existent peut-être que dans mon imagination. Mais, quand l'édifice de mon bonheur est élevé, une seule réflexion vient le détruire, et je trouve plus aisément encore des raisons de me désespérer, que je n'avais saisi celles de me flatter : c'est ainsi que mes jours se passent. Quelque chose que je fasse, par quelque lecture que je m'efforce de me distraire, je ne puis donner de l'attention .à rien. Entièrement absorbé par mon amour, aucune distraction n'a prise sur moi; les belles-lettres, qui avaient tant de charmes pour ton Gabriel, l'ennuient

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et le fatiguent ; la politique, dont je faisais mon étude la plus sérieuse, me dégoûte : je ne puis supporter que les hommes fassent tant de sacrifices et com* mettent tant de crimes pour des intérêts qui me paraissent si petits. L'histoire me met en colère en m'oflfrant sans cesse la perfidie des hommes, la tyrannie des grands, la bravoure des subalternes, et surtout la lâcheté des historiens, qui font de la profession k plus respectable, la plus utile et la plus Boble, un vii commerce d'adulations, d'erreurs et de ihensonges. Je parcours des pages entières avec humeurl^u sans intérêt; je tlie le temps. Je ne m'occupe pag, si je ne trouve un trait qui ait quelque rapport avec îa disposition présente de mon âme. Je me réveille; je lis, je relis avec empressement : je médite ; le livre se ferine, et me voilà replongé dans mon ordinaire rêverie... »

« La franchise, cette qualité noble et généreuse, qu'on né trouve plus, pas même dans nos romans, et qui est aussi loin de nos mœurs que les vertugadins Je sont de nos modes, n'est plus la manie que

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d'un certain nombre d'hommes qu'on nomme fous ou imprudents. Cependant, ma chère amie, elle est presque toujours la marque d'une àme véritablement élevée, et le plus souvent aussi elle est accompagnée d'un courage indomptable ; mais tout contribue à l'éteindre. Cette vertu hors de mode, si je puis m'exprimer ainsi, n'est presque plus que dangereuse. Être sincère dans le monde, c'est se présenter au combat avec des armes inégales, et lutter, le sein découvert, contre un homme plastronné qui vous tend un poignard. Les vains compliments, les perfides protestations qui surchargent toufi nos discours, nous accoutument à tout altérer, à tout exagérer ; et l'on ne peut penser sans indignation, à quel bas prix on doit réduire, dans le cours de cette fameuse monnaie, les expressions les plus énergiques d'amitié, de bienveillance, de soumission. On se dit le serviteur de tout le monde, parce que l'on n'est l'ami dé personne : Ton offre tout, parce l'on ne peut rien donner. Eh ! qu'on ne croie pas que ces faussetés de convention n'influent point sur la conduite et sur l'âme. Celui qui prostitue ses lèvres ne peut avoir un cœur pur: si sa conscience

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était délicate, sa bouche le serait aussi. L'habitude et l'exemple encouragent, parce que la plupart des hommes n'ont point de caractère, et l'on a bientôt, pour tout principe et pour toute conscience, un recueil de formules dont il n'y en a presque pas une qui ne soitune perfidie déguisée. lime semble, mon amie chère, que je t'ai toujours dit cela, et que ce n'est pas l'humeur que peut me donner le roalhenr, qui nie fait parler ainsi. Au reste, quand j'invectiverais les hommes avec un peu trop d'aigreur, je serais bien excusable, car, j'ai bien sujet d'être mécontent d'eux ; et j'ai acquis le droit de me plaindre sans être accusé de misanthropie

(( Celui qui a dit qu'on doit vivre avec un ami comme devant devenir notre ennemi, était peutêtre fort prudent ; mais cette maxime n'est pas h notre portée ; elle sent trop la nise ; elle ravit un des plus grands plaisirs de la vie ; elle ne saurait enfin s'accorder avec la droiture de notre cœur, même aujourd'hui que le malheur a dû nous rendre

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si défiants. Nous nous garderons bien de croire ^ux amis; mais si, sous ce nom, l'on nous surprenait encore, nous serions encore trotiipés, et le monde serait assez vil pour condamner plutôt notre impru* dence que la perfidie dont nous serions victiines. Ne nous engageons donc plus dans de dangereuses amitiés, car nous ne devons compter ni sur notre expérience (elle ne nous a donné que des craintes), ni sut notre discernement (quiconque touchera notre cœur aveuglera notre esprit). Quant à la finesse, c'est une faculté hors de notre portée; et ne nous en plaignons pas, ma divine amie. Va, laisse dire; la finesse ne fut et ne sera jamais que le partage dès esprits médiocres et des cœurs équivoques : c'est une vue courte qui découvre les petits objets qui Tavoisinent, et ne peut saisir ceux qui sont éloignés. La ruse est le talent des égolstesj et ne peut tromper que les sots, qui prennent la turbulence pour Tesprit, la gravité pour la prudence, TeffroU' teriepourle talent, l'orgueil pour la dignité, Laissons le masque à ceux qui ne pourraient sans rougir se montrer à visage découvert. Pour nous, soyons f^ancs et sijicères : nous n'avons rien à per-

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dre à nous montrer tels que nous sommes aux honnêtes gens. Soyons l^éservés avec les autres, discrets atec tous, inais lii faux, ni fins avec {)efsonne. .

« Tu tîie feis une question bizarre : Comment je me trouvé fri ? Je commencerai par te dire fort sérieusement, qu'on a autant de bontés pour moi qu'on peut en avoir, vu les circonstances et la règle de la maison. Quant au reste, je te répondrai par une pasqùitiade : car comment veux-tu que je te réponde autrement? Les prisonniers de Londres chantent pourso désennuyer: «Alexatidre était prisonnier au milietide Itinivers ; le roi d'Angleterre Test dans son lie, le sultati dans son sérail^ le tuoine danë sa cellule, lè savant dans son cabinet, le seigûëur dans sa voiture, le marchand dans ëa boutiqtie ; tous les hommes enfin sont prisonniers et la terre entière est une vaste prison. » Tu vois qu'il y a manière d'égayer tous les sujets ; mais j'avoue que de tous ^^i prisonniers, nous sommes les plus prisonniers. »

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« Ma bonne amie, je n'aime plus du tout la guerre, à moins qu'elle ne me fasse sortir d'ioi. Ceux qui me connaissent ne croient pas que l'amour m'ait rendu poltron. Oh ! non, pas poltron, mais on ne saurait être moins ambitieux ; et à raisonner de bonne foi et de sang-froid, quoi de plus fou au monde que la fureur guerroyante?... ma fanfan! que ne faiton des hommes, et surtout des heureux, au lieu d'en tuer?

.... Ma Gabriel-Sophie, ce lâche Ovide, qui a osé faire un Art d aimer y rendait un culte à Auguste, son tyran et son persécuteur : aussi tous ses écrits, où il est sans cesse question d'amour, ne sont empreint» que d'esprit, et il y a bien peu de vers qui aillent au cœur, car un homme sans courage est un froid amant : Un mal sicuro amicoy è fredde amante. »

(c Ah ! quel charme est donc celui de l'amour, qui peut ainsi changer et les choses et les lieux, et les

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circonstances, et les idées, et jusqu'aux sensations ! Au milieu des peines les plus cuisantes et d'une situation presque désespérée, il me distrait, il m'enivre encore par des illusions, hélas ! trop passagères, et que j'ai la faiblesse de regretter. Ta lettre m'a trouvé dans un profond abattement de corps et d'esprit, et elle me rend un peu de force et d'énergie. Ah I Sophie, ne me reproche pas cet état d'affaissement, si étranger à mon àme ; hélas 1 cette àme longtemps forte et toujours honnête, cette âme pleine de toi est brisée. J'ai lutté contre le sort plus peut-être qu'il n'appartenait à un être humain ; il est inexorable ; mes forces s'épuisent ; et je n'ai plus que le courage de l'honneur. Accablé de tristesse, de maux, d'ennuis et de craintes, ne voyant autour de moi rien, absolument rien qui pourra remplir le vide affreux que ton absence fait dans ma vie, j'ai peut-être quelque mérite à ne pas me manquer à nioi-même. Quand je deviendrais pusillanime et fai- We, qui aurait le droit de s'en étonner? Un malheur extrême, continu, sans compensation, sans relâche, ûe peut-il donc pas dénaturer l'âme môme la plus forte?... Mais non, je ne perdrai, dans cette affreuse

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captivité, que les faibles talents que j'y ai apportés, et peut-être la vie, la moindre de toutes les pertes, Ma tête s'affaiblit, mou in^agiuatiou s'éteint, mon esprit devient paresseux ; il a du moins perdu sa flexil3ilité; mais j'ose croire que ma fermeté ne m'abandonnera pas à un certain point; je ne céderai point en lâche à l'adversité; je ^p soUiciterai pas ceux que je méprise. , .•,,.,..

. . , tt Quoi, parce que je t'ai dit qu'il était cruel (J'êtra ïportpour son pays, ayant l'âge de trente ans, la fureur guerroyante jn'a repris 1 car on ne peut faire pour son pays que la guerre apparemment. Oh J la pauvre logicienne 1 iyiais puisque ceci t'inquiète, il faut parler ici sériei^semen^ Sans doute, j'ai eu une grande passion pour mon métier* Cela est assez simple. Élevé dans le préjugé du service, bouillant (l'ambition, avide de gloire, robuste, audacieux, ardent, et cependant très-flegmatique, coruine je l'ai éprouvé dans tous les dangers où je me suis trouvé, ayant reçu de la nature un coup d'œil excellent et rapide, je devais me croire fait

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pour le service, Toutes mes vues s'étaient donc tournées de ce côté... Mais il y a longtemps que mes idées sont changées sur ce sujet: 1*» Je crois que. les hommes, et par conséquent les rois, ne peuvent donner que ce qu'ils possèdent: le droit de faire et de commander des aolions justes, conformément à Tordre et aux lois immuables de la nature. Un homme vertueux doit donc être le seul juge de la légitimité de la guerre qu'il s'agit de faire. Cette philosophie, qui est et sera la mieone, n'est pas compatible avec un uniforme. 2** Les troupes réglées, les armées perpétuelles n^ont été, ne sont et ne seront bonnes qu'à établir l'autorité arbitraire et à la maintenir. Or, je ne suis pas de ces mercenaires qui ne connaissent que celai dont ils reçoivent la solde, ne se rappellent jamais que cette solde est payée par le peuple, qui s'honorent de servir un homme, tandis qu'ils devraient se croire uniquement destinés à la défense de leur patrie ; qui volent aux ordres de ce qu'ils appellent leur maître^ mot infâme, injurieux au roi et à la nation, sans penser qu'ils se réduisent à porter une livrée plutôt qu'u^ uniforme, sans savoir que le plus

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vil, le plus odieux, le plus détestable des métiers est celui de satellite d'un despote, de geôlier de ses frères. Le service ne me convient donc pas... n

« Certes, ce qu'osent tous les rois, indigne un homme qui est homme. Mais combien peu y en a-til? Les princes entendent vanter tous les jours leur bienfaisance au-delà même des limites du pays où leur despotisme nécessite le mensonge ou le silence. Grâce à nos infâmes flatteries, tandis qu'ils désolent d'immenses contrées sur lesquelles ils n'ont d'autres droits que les désirs de l'ambition la plus effrénée qui fût jamais, ils se croient peut-être de bonne foi acquittés envers l'humanité, parce qu'ils ont fait deux ou trois bonnes actions qui ne leur ont rien coûté que de vouloir, qui n'intéressent que deux ou trois particuliers, qui font récrier les courtisans et excitent l'enthousiasme des sots. Tra* hirons-nous toujours la vérité pour ceux-là mêmes que nous n'avons aucun intérêt à flatter? Conspire* rons-nous sans cesse contre notre propre tran*

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quillité et celle de nos semblables? Nous divinisons des actions sur lesquelles l'être le plus ordinaire, l'âme la plus vulgaire rougirait de balancer. Le plus souvent nous nous épuisons en éloges sur des forfaits qui armeraient les tribunaux humains contre tous autres que des princes. Il faut que nous ayons une étrange idée de ce dont ils sont capables ! Cessons de confondre leurs devoirs et les nôtres et de séparer leur morale de la nôtre. Ils ne sont pas faits pour se livrer à des détails sur lesquels ils sont le plus souvent trompés et dont ils ne s'occupent presque jamais qu'au préjudice des lois et des juridictions légales. Mais ils nous doivent surtout l'exemple de la justice qu'ils nous forcent à respecter. Eh ! qu'importe à l'humanité dévouée à souflfrir presque également de leurs erreurs et de leurs crimes, désolée par leurs passions, leurs plaisirs, leurs fureurs, leurs jeux, leurs caprices, leur union, leurs querelles? Qu'importe à l'Europe partagée entre quelques individus qui semblent s'être fait des lois, des principes, des intérêts séparés et regarder la morale des autres humains comme un préjugé qui ne mérite que leur mépris? Qu'importe

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à TEurop^ qufî ses rpaîtres, dont le pouvoir s'ajcr croît chaque jour davantage, ejt dont la pqnsicjératio» esH uue fois plus redoutable que leurs gu£rries les plus sanglantes, puisqu'elle n'apnonce que la paix terrible de la servitude, puisque désornaais les traités décideront au gré des fantaisies de cinq ou si:s despotes, de la liberté, de la propriété, de la vie des hommes ; puisquiS le pouvoir arbitraire mon* trera da toutes parts un front menaçant, un rempart inexpugnable ; que pous importe, dis-je, que Torgueil ou la pitié, les sensations du moment ou les ruses de l*amour-prppre arrachept à nos princes des larmes stériles, des maximes infructueuses, des dons intéresses ? Qu'importe à ces malheureux pays envahis par trois brigands couronnés, que l'un ait des talents sublimes et balance par l'admiration qu'ils excitent dans l'imagination des humains, l'indignation qu'inspirent leurs vexations atroces, et les funestBS excès qui le condamnent à une éternelle renommée ? que l'autre souillé de crimes qui font frémir la nature, mette à contribution tous les beaux esprits de son siècle pour écrire en phrases pompeuses ce qui ne fut jamais dans son cœur, ce

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qvte détneùtent chaque jour son administration el sa conduite i que le troisième enfin, ambitieux insatiable, prince ôans foi, ami perfide^ astucieux enùetbi, sèches les Idiomes d'une Yeute ou d'un orphelin, S'OôcUpe des détails de police du ressort d'iiii commissaire de quartier, tandis qu'au mépris des lois divines et humaines, et contre ses yrais intérêts, il opprime des nations entières^ il étend sur ses sujets et sur ses voisins le sceptre de ter du plus inflexible despotisme, il prend pour modèle un priiitiè dont il n'aura jamais les talents, dont il nltpité qûfe les Violences? Quelques bienfaits obscurs rachètent-ils tant de Crimes? Non, non, s^ns doute, la haine des méchants, Toilà la bonté des rois ; la vigilance et l'intégrité, voilà leur bienfaisance; récOnomie, voilà leur libéralité; le respect des hommes, Tobservation irréfragable des lois naturelles et positives, voilà leur justice; quiconque dit autrement est uii sot ou un lâche. Je dis et je soutiendrai à toutes les puissances de la terre que les esclaves sont aussi coupables que leurs tyrans, etjeiie sais si la liberté a plus à se plaindre de ceux 4111 oiit riiisolence de TenTahir, c|ue de Tim-

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bécilité de ceux qui ne savent pas la défendre. « La liberié de la presse, oh ! oui, yraiment, t'y voilai Eh! ne vois-tu pas que ces vizirs et demi-vizirs, sultanes et soubrettes de sultanes, agioteurs titrés, valets décorés, voleurs protégés, monopoleurs privilégiés, etc., et deux milliards d'et cœteray croiraient ou diraient que le roi n'est plus roi s'il voulait profiter des lumières publiques au lieu de les étouffer? Un certain Œnomaûs jeta au milieu des prêtres qui expliquaient les oracles, un livre intitulé les Fourbes découverts. Voilà à jamais le crime des philosophes. Or, je t'ai montré comment ces honnêtes gens de ministres et ces honnêtes gens de prêtres sont des charlatans de même espèce, ainsi, mets-toi bien dans la tête que le despotisme et le bon plaisir sont les plus sains des régimes parce qu'ils constituent la méthode la plus simple et la plus rapide de gouverner. Or, tu sais bien que le despotisme peut et doit toujours être équitable; caries rois ont tous été, sont et seront tous les pères de leurs peuples, et leurs préposés furent, sont et seront infailliblement et jusqu'à la consommation des siècles, d'honnêtes gens, et ces nouveaux Argus ont

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eu, ont et auront assez d'yeux pour tout Yoir, et aucun Mercure n'a pu, ne peut et ne pourra endormir ces yeux ; et il a existé, existe et existera une race d'hommes impassibles, infaillibles, parfaits, tout exprès pour servir un despote parfait ; et des générations angéliques succéderont à ces êtres an* géliques. Tout cela est indubitable. Qu'avons-nous donc besoin de la liberté de la presse? Pauvres imbéciles que nous sommes ! laissons-nous mener : il n est pas bon que des esclaves y voient si clair. »

« Mais enfin que penses-tu? me dira peut-être Sophie. Ya-t-il un Dieu? n'y en a-t-ilpas? Se mélet-il des affaires de ce monde? Ne s'en mêle-t-il pas? Ici je te répondrai naïvement ce que je t'ai répondu et ce que je te répondrai bien souvent : Je n'en sais rien. Ce sont quatre grands mots, crois-moi. Je n'en sais rien, et peu m'importe, parce que je suis assuré qu'il m'est impossible d'en savoir plus que j'en sais, et que ma foi, mes sentiments, mes intentions . ne sauraient déplaire à l'être infiniment juste, s'il en est un. Je ne sais ni s'il existe, ni comment il existe ; mais je sais que le bien moral, utile et même

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nécessaire à rhomme, indispensable à rorgànisalion ôtau maintien de la société, est indlspiètisable pour tout être raisonnable et même assèi fréquôtoment inspiré à tout être sensible pat* Soninstincti dont 11 faut bieii Se garder de négliger les inspira* tions. Je sais que, s*il est un Dieu, Thomine juste et bon lui sera agréable. Je sais qUe, s*il n'est pas, rhotnme juste et bon sera souvent le pltls heureux et le tnoins agité et qu'alors tnêine qu'il sera persécuté et ffialhetireux^ le témoignage desacbuscience adoucira ses maux que des remords envenimeraient comme ils empoisonnent sans doute la prétendue félicité des méchants. Je sais que j'en serai mieux avëtf môi-ihêmé, et plus aimé de mon amante, quand j'aurai été Vertueux. Cela me suffit pour idolâtrer la veflu, et ces sentiments droits et siiiiples, ces opinions estimables et salutaires ne peuvent jiimais faire dé mai tii à moi ni à d'autres.

« Moti amie, le tort que tu reproches à notre nation ei qui en est un bien réel, dont elle s'est rendue cotipàble envers presque tous ses grands hommes, tieiit â noire défaut absolu de caractère etd*énergie. il faut traiter les légers Français comme i*on traite

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ce^ estomacs faibles et délicats, au]tquels oh ne petmet qu*une petite quantité d'alltnents à la ibis, et ne pas nous offrir ùi trop de rapides succès, ni trop de titres à notre admiration, parce que nous savonà nous engouer, mais non pas admirée, ffotts ne voyons pas par nos yeux, nous ne pensotis pôiiit d'après nous; lious n'àtons ni caractère, tii origitisilité, nî génie, par conséquent; car l'empreinte et le sceau du génie c'est rorigiùalité, lorsqu'elle est accompagnée de raison et de goût. Je ne parie pës des individus ; certes, nous avonë eu de grands, de très-grands hotnmes, ei noils en avons encore, mais c'est le siècle, et non le terhoir, qui a fait dé ces hommes-là, lé terroir dis-je, et je compte dans cette expression, pour la grande partie, le gouvernement. Nous n'offrons aux artistes et le plus souvent aux gens de lettres pour prix de leurs veilles que des applaudissements de mode et d'habitude, fruits passagers d'un vain caprice. Ceux que le grand talent ne tourmente pas resteront toujours médiocres, les autres seront toujours malheureux. Certainement la beauté en tout genre tient ^ beaucoup aux mœurs et aux circonstances. La

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beauté physique elle-même n'est-elle pas soumise aux caprices des sens, du climat et de ropiïiion ? Mais en poussant le raisonnement on anéantirait le beau dans tous les genres possibles. Un art fait des progrès lorsque ses moyens augmentent, que sa carrière s'étend, que ses objets s'agrandissent, et nous nous rapetissons sans cesse. Les productions d'un art sont d'autant plus belles qu'elles atteignent à un but plus reculé, plus important, plus difficile, et qu'elles donnent le sentiment du beau à des hommes plus exercés et plus délicats, pour qui l'énergie, la variété, la chaleur n'auront jamais rien de capricieux ni d'arbitraire. Chez nous, totit est mode et caprice. Comment veux-tu que les arts et les sciences n'y dépérissent pas ?

Je termine ces extraits en citant en entier une lettre qui est im chef-d'œuvre d'ardente sensibilité; c'est celle dans laquelle Mirabeau annonce à Sophie la mort de leur enfant :

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28 mai 1780.

h Mon amie, le moment est venue de me prouver la force et rétendue de ton amour. Certes, j'en a déjà reçu des preuves sans nombre et bien chères, et cependant tu n'as point encore été soumise à une épreuve si délicate. Tu le sais, 6 mon amante ! la tendresse de Gabriel est sans bornes, mais elle a tous les caractères d'ardeur et de fidélité qui composent son être. Rassuré par la ferme conviction que mon cœur n'exige que ce tribut qu'elle paye, je me croirais peu aimé si je ne l'étais uniquement, si quelque objet dans la nature pouvait te distraire de ta passion, ou te rendre difficiles les plus graves sacrifices... — Mais, mon Gabriel , doutes-tu donc qu'un sacrifice, quel qu'il soit, quand il t'est offert, ne soit une jouissance? Voilà ce que me répond ma tendre Sophie en lisant ceci.— Non, mon épouse, non, bonheur de ma viel idole de mon cœur, je ne doute pas de ton courage, je sais qu'il ne coûte rien à ton amour; et cette idée a soutenu le mien dans ce moment où il me faut te demander ce dont j'ai à peine la force de te donner l'exemple. « Chère amie, loin de nous les ménagements des

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pusillanimes... Notre enfant n'est plusl eh bien 1 je te reste : tu m'aimais en elle ; rends-moi tout l'amour que tu lui portais, et que ton affection jusqu'ici divisée, se concentre en un seul objet..., mon toutl 6 mon bieni je vois tes douleurs, et tii sais si je les partage... lîélas! je ne puis de même mêler mes pleurs aux tiens! L'amour ne peut imposer silence à la nature, mais il doit et peut la consoler. Il peut et doit obtenir qu'un découragement funeste ne nuise pas à tes plus chers intérêts, à ta santé, à ta yio. f^ais-moi donc le sacrifice, non pas de ta dou^ leur, mais de tes égarements. Verse des Mmes, répandsrles dans mon cœur; épanche tes regrets, mais n'en aiguise point la pointe, déjà trop acérée, par iqie opiniâtreté qui t'arracherait à tes devoirs, désespérerait ton ami, et lui ferait prendre en horreur la vie, avec laquelle tu dois le réconcilier. Tu le peiix seule, 6 mon angel Un crêpe affreiix voile à mes regards le bonheur; toi seule, qui le soulèves toujours, peux le déchirer tout à fait. îu vois quel est mon sort! tu vois à quelles épreuves j'étais destiné! Veux-tu que ma seule consolation, la conviction d'être infiniment aimé m'échappe encore ? Oui,

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je croirais être aime fail^Iement si la mort d'un ea* fant auquel, hélas I nous ne comptions pas surrivre^ mais que pous savions cependant né de I9 copdition des niortels, te rendait sourde à ma voix, à mes consolations, à mes caresses... Je sais quel l^onbeur tu te promettais de f^ei enfant, et quel plaisir c'était pour toi que de projeter le sien... Mais oserais*ttt dire ou croire qu'il n'est plus de bonheur pour loi dans ce naonde quand tu peux tout poijr le mien, quand j'existe, quand je vis pour toi, quand je touche peut-être au moment de t'ôtre rendu? P mon amiel nous sommes déjà trop payés pour regarder la mort comme la plus belle invention de la nature. A combien de maux, peut-être, elle a /dérobé ta fiUe I G'est donc sur nous qu'il faut pleurer ; 6t tes pleurs que commande l'amour de soi, ne doi* vent pas longtemps, prolonger la douleur, quand un sentiment plus tendre et plus noble lui ordonne de se calmer.

« Hélas t ma Sophie, je te disais, il y a quelques ^ois, ces paroles touchantes d'un ancien : a Les funérailles des enfants sont toujours prématurées> lorsque les mères y assistent. » Cette idée est vraie

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et touchante; mais combien de mères se désolent sur leurs enfants, et dis-moi si tu pouvais, loin de rètre, t'arrôter sur les limites de l'existence et du néant, etlire au livre des destinées? Réponds-tu qu'en voyant la longue liste des maux qui t'attendaient, tu voudrais exister? Non, si Ton te l'oCFrait sans le dédommagement de notre amour. Eh bien, cet amour te reste; cet amour me console d'une vie tissue d'alarmes, de périls et de douleurs. Que dis -je? Il me les fait oublier, en me ramenant à toi, à toi dont je n'étais pas digne, et que je n'aurai jamais trop chèrement payée... Sophie, ma chère Sophie I jeté conjure, et j'espère que tu ne refuseras pas au plus tendre des amants, à qui tu n'as jamais rien refusé, de mettre un terme à tes regrets, et môme d'apporter dans ceux qu'il faut bien faccorder, une modération qui calme mes inquiétudes sur les suites qu'un si fatal événement pourrait avoir sur ta santé.

« Tu me plaindras sans doute d'êlre obligé de te donner cette cruelle nouvelle. Hélas I si j'eusse pu te la dire en te serrant dans mes bras, nos cœurs, en s'unissant, se seraient mutuellement fortifiés;

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mais l'absence aigrit tout. J'ai balancé si je te dirais si tôt quelle perte nous avons faite; mais la crainte que tu ne reçusses ce coup d'une autre main, qui ne saurait pas te l'adoucir, ma confiance en ton courage, la haute opinion que j'ai de ta tendresse, et qui ne laisse pas douter que la mienne supplée suffisamment à cette privation terrible, m'ont engagé à te parler sans détour. Ah I Sophie, ton ami n'est pas moins malheureux que toi lorsqu'il s'occupe de tes chagrins.

« Je serais inconsolable si tu n'étais qu'une amante vulgaire. Hélas! me dirais-je, voilà un de mes liens, et le plus sacré de Xous, rompu; mais je te ferais injure de penser ainsi. L'amour et l'honneur nous unissent indépendamment de tous autres motifs, de tous autres devoirs, de tous autres objets; et il n'est pas au pouvoir des humains ni de la nature de relâcher nos nœuds, aussi longtemps qu'elle nous laissera la vie. Si nous sommes destinés à serrer dans nos bras de nouveaux gages de notre amour, nous pourrons porter sur eux un regard plus serein. Un certain nombre d'enfants doit payer le tribut à la mort : elle a frappé le pre- I. Il

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1^2 LA JEtTI^ESSB DE MI&ASEAU

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micr fruil de notre teodreese; nous pouvons, nous

devons espérer qu'elle épargnera les autres

G mon amie! nous avons éprouvé de plus grands inaUïeurs! C'est sur nous-mêmes, et une partie détachée de nous, que Finfortune s'est exercée, quand elle nous a arrachés Tun à l'autre. L'amour, Tespolp et nos bienfaiteurs ont cicatrisé cette plaie profonde : la nouvelle blessure doit être encore plus facile à guérir.

« Ah! ma généreuse Sophie, ne m'accable pas du nouveau tourment de tes souffrances ou de tes dangers : ne nous^ punis pas tous>deux de notre infortune, n'augmente pas tes propres maux... Pleure, mon enfant, |>leure, mais non sans mesure; que ta douleur soit douce et tendre comme toi. Tu n'as pas joui de la douceur de voir longtemps ta fille, de la teadîîesse de ses embrassements, des caresses de son enfonce... Hélas! que itegreties-tu là? Tu n'^en userais que plus malheuvenge; et»si je t'envie le ptadsiride TaTeir- embrassée, c'est que je'witdmistivoinautânt de motife de segrets que mon aaiie.

(( Si'les pleurs fiéebisiaientrle destin, je te diraîs :

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LA JEUNESSE DE lURABBAU 1*83

Chère amie , pleurons eBsemble , pleurons des larmBS'de-sang; que tous nos jours se passent dans le deuil, toutes «nos nuits dans la tristesse et Tinsomme ; notre douleur est utile .à ce que nous aidions. Mais les gémissements ne raniment pas les morts ; il ne faut donc pas se laisser emporter pour eux à une violence nuisible à ceux qui leur sur- YiYent. Ne nourris pas ton chagrin trop amer, trop iUaturel, mais qui ne durera qu'en proportion de «e que tu sentiras le plus vivement; or, j'espère, et je crois, et je demande, en te couvrant de. mes baiverset de mes larmes, que ce soit ton amour pour moi que tu sentes et que tu veuilles sentir le plus vivement... Oh! qu'ils sont durs ces parents qui, au lieu de se hâter de jouir de leurs enfants, de se livrer à eux sans délai, d'épuiser réciproquement toute leur tendresse mutuelle, au lieu de profiter du -moment présent qui leur appartient à peine, les vexent, ?les oppriment, et se réservent, pour -un: avenir qu!ils ne verront pas, des (réparations, dent la fortune ne leur laisse que ^e projet vainet déchicantL.. £h bienl les en&sts /de ces êtres4à vivent pour 'souffrii*, et ^œux des

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mères tendres sont moissonnés au berceau I...

« Ce n'est pas le moment de te parler affaires, ô mon tout! Ces intérêts si médiocres^ si.tièdes auprès des grandes affections de l'âme, ne me touchent pas plus que toi. Je dois cependant t'ôter un de tes chagrins, qui paraît t'avoir vivement émue au moment où tu écrivais ta dernière lettre. Mon ami, M. B..., qui partage vivement notre perte, m'avait écrit avant de la savoir : « Ne prenez point à la lettre les précautions que je vous ai demandées sur notre correspondance. Laissez-vous confier tout, ne répondez que ce que la prudence pourra vous dicter; longez sur tous les points importants et délicats qui font connaître votre touche. Je ne vous dis que ce que vous savez aussi bien que moi, et que vous-mêmes avez pratiqué. »

« Ces mots pleins de douceur, de sagesse et d'amitié, doivent t'ôter tout soupçon que Ton veuille te priver du secours de mes avis. Au reste, lu n'en as que trop perdu le besoin, puisque la seule propriété qui te restât, et qu'encore, au mépris de la justice et de la nature, on te disputait, t'est enlevée par le sort... Je te supplie de ne point écrire en ces pre-

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miers momenls à ta mère; elle ne peut pas partager ta douleur ; et toi, tu ne peux pas sentir assez cela : mais, mon adorable amie, la douleur même doit être décente, et il ne faut pas aigrir des maux déjà trop dévorants.

« Oh ! mon amie, ce n'est pas toi que le regret de ce que tu n'as plus peut rendre injuste pour ce qui reste. Envisage ton amant, et songe combien la fortune t'a épargnée même en te maltraitant, et tu avoueras qu'il te reste plus de consolation. Voilà, ô mon tout, ce qui m'a fait supporter ma douleur, et ce qui me donne la force de t'écrire peu d'heures après avoir reçu une nouvelle qui a serré mon cœur au point de m'inquiéter, car tu me fais aimer la vie. J'ai beaucoup pleuré depuis, et voilà ma poitrine soulagée; mais mon âme ne le sera que quand j'aurai ta promesse de tout sacrifier à l'amour, et de chercher dans son sein les remèdes à tes maux, sans m'en cacher la profondeur ou l'activité. Écris-moi bientôt, ma Sophie-Gabriel, je le répondrai à l'instant et M. B... voudra bien me faire passer ta lettre. Hélas! tu recevras loujours trop tôt celle-ci, mais je n'aurai jamais la tienne assez vite.

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« Adieu, ma bien-aimée, montre-moi ce courage que j'attend&de ta grande âme : élève-la au-dessus du deuil où elle est plongée, et ne pense qu'à l'amour éternel et inviolable que mon cœur fa juré, que mes tendres caresses te: répètent, et sur lequel nul bras ne peut attenter.

« Ta fille n'a pu résister aux convulsions des dents. La nourrice est,.dit-on, inconsolable. Je prie M. B... de lui donner le- peu que je puis dans cette triste occasion. Ceux qui ont aimé notre enfant ont tous des droits sur nous... Hélas 1 tu ne verras que trop que c'est la main appuyée sur ma plaie, que* je cherche à guérir la tienne.»

Citonsr encore cette belle page sur le droit divin, source de tous les despotismes, qu'il écrivit durant sa longue captivité.

«Toute autorité émane immédiatement de Dieu, dites- vous. Je demande si vous en concluez que l'humanité entière ait été faite pour être le jouet de quelques individus, et que' les fantdsies d'un seul homme soient, plua sacrées que l'intérêt de tout un peuple! Direz-vous que oui? Tout peut se dire et

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s'est dit Je ne perdrai, pas^ mon temps à m'ea irriter. Je pense que vous êtes un monstre ; mais le sentiment n'est pas une démonstration. Je vous prouverai donc seulement que vous êtes un insensé.

(( Quand Dieu a créé leshcMnmes, il a voulu qu'ils existassent. » Or, la condition de notre existence^ au point de vue moral, c'est la propriété de notre personne, a la loi de propriété, ou, ce qui revient au même , la loi de liberté est donc une loi divine ; les souverains , avant l'inauguration desquels il existait apparemment des hommes, les souverains sont donc institués de Dieu, qui est terrible dessus les rois, pour faire respecter la justice. »

« D'ailleurs une loi impérieuse oblige les souverains à être justes ; la voici , cette loi : « Vous ne régnez sur nous qu'en réunissant nos volontés aux vôtres; mais vous nous ferez difficilement vouloir notre mal évident; pour que vous conserviez votre pouvoir, il faut donc que nous soyons intéressés à votre conservation, que nous la croyons utile à la nôtre ; votre intérêt est donc à côté de

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votre devoir : il faut également pour Tun et pour Tautre que vous soyez justes, b

« L'objet, l'intérêt et la position de tout gouver nement sont donc de maintenir l'harmonie de la société établie sur les relations morales de la justice et sur l'ordre physique qu'aucune puissance humaine ne peut changer, et de protéger tous ceux qui composent cette société. » Devant ces principes certains, que devient le droit divin? »

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C'est pendant que Mirabeau était enfermé dans le donjon de Vincennes qu'éclata en Amérique la guerre de l'indépendance; le prisonnier demanda à partir avec Lafayette, qui emmenait sous ses ordres son jeune frère, le vicomte de Mirabeau. Voici la lettre que Mirabeau adressa en celte occasion au comte de Maurepas :

« Ce n'est point une simple apologie que j'ai (( l'honneur de vous adresser, puisque aucune de « mes lettres n'a rien changé à mon sort, puisqu'on (( me refuse même le triste avantage d'être ence tendu dans mes défenses, et confronté avec mes « accusateurs, il ne me reste qu'une demande à « faire qui, je crois, ne déplaira point à mon père, « et mettra à l'aise votre bonté naturelle contre la- « quelle il vous a fallu vous raidir, sans doute,

« pour me traiter avec tant de dureté.

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« Les événements politiques survenus depuis oia « détention exigent certainement qu'on envoie des a troupes en Amérique, peut-être aux Indes? Je vous (( supplie de me faire paasenr dans l'un ou l'autre (( de ces pays; on n'a jamais trop d'hommes dans « ces contrées si destructives, et je vaux bien un « soldat. Ici j'ai cessé de vivre et je ne jouis pas du « repos que donne la mort; j'y végète inutilement <( pour la nature entière. Laissez*moi mettre les « mers entre mon père et moi. Je vous promets, « monsieur le comte, ah I oui, je vous le jure, qu'on « ne rapportera de moi que mon extrait mor- « tuaire ou des actions qui démentiront bien, haut (( mes lâches, mes perfides calomniateurs,, et fe- « ront peut-être regretter les années qu'on m'a « ôtées. Relégué au bout du monde, je ne serai pas « moins prisonnier relativement à la France que je (( ne le suis ici, et le roi aura un sujet de plus qui « lui dévouera sa vie. »

Celte lettre triste et grave forme un noble contraste avec quelques-unes de celles dont nous avons déploré la publicité! Eh bien ! cette lettre resta sans réponse. Le silence obstiné qu'on oppose aux souf-

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francas de Mirahidau. cause un saisissement douloureux, et, quand oacpensaà.toutee les blessures auxquelles son Âmaitcôl. en; butte, on. excuse l'énergique fureur qui endébordait parfois : «O^ort « rigoureux! ô. perplexité cruelle! s'écrie- t-il^ (( t'appesantira&tu longtemps sur mon être qui (( croule? Je suis déebirépar des mouvements qui, tt jusqu'ici, m'étaientânconnus, je dirais, volontiers « comme Oreste:.

« Mon innocence enfin commence à me peser.

« Il n'est pas de reposa avecr mes implacables en- (( nemis; il n'en sera. que. dans la tombe; aucune (( pitié ne saurait pénétrer, dans, leur âme pétrie de (( fiel; aussi barbares qu'inji^steSy ce que leur, ini- (( quité refuse, leur commisération ne l'accordera « jamais. C'en est4rop, c'eujest trop! jone sais^*si (( proscrit par un destin supétiecur» par celte néces- (( site fatale qui laisse triompher le K^rime et gémir (( l'innocence, je aais destinéi à maurir de dé- (( sespoir ou à mériter mon sort par un crime; « mais trop.longtempsla peineie précède; je sens « des transports d'indignation et de haine qui

« jamais n'avaient eu accès dans mon âme! »

Cette plainte Téhémente n'était que trop justifiée par rétat du prisonnier; il languissait à Vincennes dans le plus triste dénuement; son père ne lui avait accordé qu'une pension de 600 fr. par an, qui ne pouvait suffire aux dépenses multipliées d'une prison; il endurait les plus rudes privations, souvent il était forcé de garder le lit faute de linge et de vêtements. Sophie subissait aussi toutes les angoisses de la pauvreté ; elle passait les nuits à travailler pour nourrir l'enfant qu'elle avait eu de Mirabeau. C'est aux abois de cette double misère que sont dus quelques ouvrages impurs traduits ou composés par Mirabeau durant sa prison de Vin - • cennes. Pour arracher un peu d'argent aux libraires, il traça des pages obscènes que le goût du temps recherchait, et qui forment avec les livres sérieux dont il s'occupait alors, le même contraste que nous avons signalé dans ses sentiments intimes. Cette main qui traduit Pétronne, Catulle et Jean Second, pèse la destinée des empires, l'avenir des peuples, signale les abus du despotisme et proclame la liberté comme le véritable Messie du monde I

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