On sait que c'est le titre d'un roman de Balzac
n'avait d'idées philosophiques quelconques.
Mais elle avait le sentiment humain de la liberté, et son immçnse esprit de charité lui inspirait une infinie compassion pour tout être qui s'en trouvait privé. C'est ce qui la poussait aux actes en apparence les plus contradictoires, et qui tous pourtant lui étaient inspirés par un seul et môme sentiment : la pitié pour le malheur, qui attirait invinciblement ses sympathies. C'est ainsi qu'en 1828 -elle envoyait des vers à Béranger dans sa prison, et que cinq ans après, en 1833, elle en envoyait aussi à M. de Peyronnet, l'ancien ministre de Charles X, captif à son tour. C'est ainsi qu'en 1834 elle allait visiter dans leurs cachots les infortunés condamnés de l'insurrection de Lyon; qu'en 1839, tandis qu'elle implorait la reine Marie- Amélie en faveur de Barbes, qui venait d'être condamné à mort 1 , elle adressait des lettres de consolation au prisonnier de Ham, qui n'était autre que Louis-Napoléon Bonaparte; enfin, que plus tard elle entretenait une correspondance active avec Raspail, enfermé à Doullens, et ne craignait pas de pénétrer jusque dans la morne prison de Saint-Lazare, pour consoler
1. Sainte-Beuve a publié l'admirable lettre qu'elle adressait à ce sujet à Antoine de La tour.
voici :
c Madame,
» Si j'avais conservé quelque re persécutions qu'on m'a fait éprou perait à la lecture des vers charn avez bien voulu m'adresser 1 . Je rieux d'avoir inspiré une muse a et dont les productions m'avî passer de si doux instants. C'est devrais et même que je veux r témoignages si enivrants d'ui j'étais loin d'attendre. Mais il fai rage longtemps ma musette ava
1. C'est la pièce intitulée la Première ca\ « Quoi! Bé ranger, quoi! l'ami de la F
miner à traiter le sujet que la reconnaissance m'inspire. Il n'est pas facile d'exprimer tous les sentiments, et il est des éloges d'autant moins aisés à faire qu'ils sont plus généralement sentis. N'attribuez donc, Madame, je vous prie, le] retard que j'y mets qu'à l'admiration que j'ai pour vos ouvrages. Ne voyez pas dans Ce mot un simple échange de choses flatteuses. Le mérite de votre élégie et de votre romance est l'affaire de mon cœur ; mais bien précédemment mon amour pour le naturel et pour la belle poésie m'avait rendu cher votre livre plein de grâce et de délicatesse.
» Permettez-moi donc, Madame, de remettre à quelque bon moment de vous prouver de nouveau le plaisir et la reconnaissance que m'ont inspirés vos beaux vers.
» J'ai l'honneur d'être, Madame, avec les sentiments les plus distingués d'estime et de dévouement,
» Votre très humble serviteur,
» Béranger. »
Quant aux vers que madame Desbordes- Yalmore adressa à M. de Peyronnet, alors captif àflam à la suite de sa condamnation par la Cour des Pairs, ils eurent pour réponse une pièce de
vers du prisonnier lui-même et, un peu plus tard, la lettre suivante :
■ Ham, 22 octobre 133t.
» Je me prosterne, Madame : je n'imagine rien de si flatteur et de si touchant que votre lettre, rien de si louchant et de si élevé que vos vers. Ils troublent mon esprit autant que mon cœur. Car, il est trop vrai, mes tristes regards se tournent sans cesse vers la maison de mon père. Il y en a qui s'imaginent que les grandeurs m'ont laissé de profonds regrets. En honneur et en vérité, ils se trompent. Je ne regrette que mes amis el mes livres, et puis mon berceau, où je voudrais Lien aller mourir.
Voyez donc que j'ai retrouvé mes propres sentiments dans les vôtres, et jugez, Madame, si je n'ai pas dû tressaillir à les voir si chaleureusement et si naïvement exprimés. Vous ne voulez pourtant pas qu'on prie pour les méchantsT Oh! retournez à votre cœur, et demandez-lui ! Je suis sûr qu'il vous dira comme le mien. Prions pour ces pauvres méchants, les plus malheureux entre tous ceux qui le sont.
Prions qu'ils deviennent bons, et qu'ils aient leur part du bonheur de bien faire. Que nous reviendrait-il de leurs souffrances? Ce serait
presque leur ressembler que d'y avoir du plaisir. Les châtiments sont de la justice, il est vrai; mais le pardon en est aussi, quand il vient après le repentir. Prions donc qu'ils se repentent, afin qu'ils ne soient pas châtiés.
» Gergerès vous a-t-il dit, Madame, qu'ayant eu quelque envie de publier la réponse que je vous avais adressée l'an passé, je l'avais un peu changée, sinon corrigée? Je voulais qu'on vous l'offrît dans sa nouvelle parure, et qu'on vous demandât d'ailleurs votre assentiment. Mais vous n'éliezplus à Paris, et mon correspondant lui-même en partit bientôt, voulant passer à la campagne toute la belle saison. C'est d'où vinrent ma lettre et mes questions à notre ami de Bordeaux. Maintenant donc que je sais où vous écrire, Madame, il vous faut souffrir, s'il vous plaît, que j'exécute une partie au moins de mon vieux dessein, et que je vous fasse le très chétif et modeste hommage de cette nouvelle édition.
» Je suis bien certainement, Madame, l'un de vos plus sincères admirateurs et de vos serviteurs les plus dévoués.
» De Peyronnet. »
tiés profondes, aussi tendres que d resserraient des services rendus d'autre : ainsi pour mademoisell mademoiselle George, pour mada pour madame Paradol, pour mad Duchambge... Mais ici, à certaii envers certaines personnes, elle une réserve que Ton peut facil prendre et ne se livrait qu'à bon e autres, elle évita volontairement George Sand, malgré le désir de billet qu'elle reçut d'elle :
« Une dame bien bonne et biei parle de vous, Madame, et m'appr lisez mes livres avec bienveillai
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envoyez-moi la vôtre et permettez-moi de vous
embrasser.
» George S and. »
■ 13, quai Malaquais. »
Ces lignes restèrent sans réponse, et l'adresse ne fut pas envoyée. La personnalité de George Sand, il est aisé de concevoir pourquoi, effrayait rame tendre et candide de madame Desbordes- Valmore, qui admirait son génie sans vouloir la connaître elle-même. Ce génie même bouleversait son esprit, et elle s'en expliquait un jour en ces termes, dans une lettre à un ami :
« .... Non, je ne connais pas la personne de madame Sand. J'aime avec effroi celte âme tourmentée qui brûle ses livres. Je crois entendre des sanglots derrière les belles pages de tout ce qu'on appelle les romans sortis de ses mains. C'est elle, écrite par elle avec un sublime courage. Quelle force gracieuse! Quelle clarté brûlante! Que n'a-t-elle pas souffert pour faire ainsi de l'encre avec ses larmes! J'ose bien rarement la lire, car elle ouvre de force tous les cœurs qui se renferment. Elle apprend à trop de femmes, peut-être, de quoi elles se meurent, aux hommes aussi; mais c'est inutile : où est le médecin? Elle n'excite que le déses-
pas au monde, celui-là; elle l'y a n pas mourir, peut-être... elle a bien ques femmes le rêveront. Moi, j'ai u il y a : be faithful in the death*. Ce explication de Ralph*. »
Les mêmes raisons lui command près la même réserve au sujet de m?
val, qu'elle connut, par le fait de la de son mari, mais qu'elle ne fréque Madame Dorval donnait des représ Lyon, où elle se trouvait elle-mêm< more, lorsque, écrivant au même elle lui communiquait ainsi ses i sur celte grande artiste :
«... A juger madame Dorval com la tâche est douce. Son intelligence es
dans son imagination qui surprend surtout les cœurs purs et qui fait trembler devant ce génie du désespoir. Elle brise jusqu'à la fatigue, et la froideur normale de cet immense comptoir (c'est de Lyon qu'elle parle) n'a pas tenu contre cet ouragan passionné; il a soulevé d'étonnément et souvent d'admiration. Mademoiselle Mars reste debout dans mon âme; rien ne peut la bannir, comme l'amour pur qui tient lieu du ciel parce qu'il en vient. Madame Dorval vient d'y passer comme une grande désolation qui fait prier Dieu pour nous et pour elle! Je n'en respirerai pas de longtemps. Je l'aime de tout le malheur qu'elle fait comprendre et de tout celui qui l'attend. Pauvre madame Dorval! Sa fille est un ange 1 ... »
Tout autres, on le conçoit, étaient les relations de madame Desbordes -Valmore avec madame Récamier, relations pleines d'affection et de tendre gratitude de la part de la première, de sollicitude et de dévouement louchant de la part de la seconde. On en trouvera la preuve plus loin par plusieurs lettres de madame Desbordes-Valmore à son infatigable protectrice,