‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 19 sur 62 · Sa fille ainée, madame Élisa O'Donnel · texte numérisé non relu

Sa fille ainée, madame Élisa O'Donnel

2. Valmore jouait alors, à Bordeaux, le rôle d'Oresle dans Glytemneslre, tragédie de Soumet, intime de madame Gay.

je l'aime de toute ma vie. Elle ne saurait douter de moi. Faites-en de même. Voire portrait est là, vos vers couvrent ma table, mais j'en demande encore. Envoyez-m'en, de grâce!

Vous ne me dites rien de la Muse française :

ne l'auriez-vous point reçue? On m'a volé votre Petit Menteur pour l'y mettre, je vous en préviens.

* Mille tendresses de toute cette famille dont vous vous faites chaque jour plus chérie. Je viens d'être un peu malade; ma poitrine en est fatiguée. J'oublie tout cela en causant avec vous. Mon Dieu, que je vous aime!

» Sophie Gaï. »

L'abandon était complet, on le voit, entre madame Sophie Gay et madame Desbordes- Valmore. Si la liaison était moins étroite avec madame d'Agoull (Daniel Stern), l'affection n'en était pas moins sincère et vive. Témoin ce billet, qui ne manque pas d'intérêt :

Noël 11823;.

« Je voulais vous aller voir tous ces temps-ci. Un affreux rhume m'a cloîtrée. Ne serez-vous pas assez bonne pour me dédommager et venir

me trouver? Le mardi matin et le samedi soir on me trouve toujours.

» Je voudrais vous réunir un jour àdiner avec M. de Lamennais. Vous me direz le jour où vous seriez libre. Je sais qu'il sera heureux de vous voir. Monsieur de Vigny aussi, qui vous appelle le plus grand esprit féminin de notre temps. On me dit que vous avez publié un volume ravissant. Sainte-Beuve me parle surtout de la préface et de certaines Hirondelles que je voudrais bien tenir de vous. N'est-ce pas que vous me donnerez ce volume? Je suis fîère de ce qui me vient de vous.

» Mille affectueuses et tendres choses,

» Marie d'AGocLT. »

Mais il est temps d'en finir avec les correspondants de madame Desbordes-Valmore et de la laisser parler elle-même. Les lettres qu'on va lire, et qu'accompagnent des notes qui m'ont paru nécessaires pour en éclairer certains passages, pour préciser ou commenter certains faits, me semblent de nature à faire aimer et admirer davantage encore cette femme intéressante, aussi remarquable par la bonté du cœur et les hautes qualités morales que par son rare génie poétique. On a semblé, lors de

remarquer que ces premières let toutes adressées aux siens, so d'autant plus plaintives que ses c( famille ont naturellement pour g tesses dont elle était accablée et '.

de toute sorte contre lesquelles de lutter jusqu'à son dernier joi énergie au-dessus de son sexe. E doit pas oublier qu'elle était fem qu'à ce double titre les impressi étaient plus vives que chez beauc et que ce qu'on est prêt à taxer était le fait d'une sensibilité pousse et d'une organisation particule veuse.

LETTRES INEDITES

DE

A son frère Félix Desbordes 1 .

Rouen, 24 décembre 1811.

Enfin, mon cher Félix, après tant de recherches inutiles, d'inquiétudes cruelles, je reçois ta lettre datée du 10 octobre. Je ne te dirai pas le moment de joie qu'elle m'a fait éprouver :

1. Félix Desbordes, pour qui sa sœur Marceline fui toujours d'une tendresse pleine d'indulgence, était de quatre - ans plus âgé qu'elle. Être un peu énigmatique, sans caractère et sans force morale, il s'était engagé de bonne heure et avait fait les guerres des premières années de l'Empire. Je trouve sur lui, dans les papiers de la famille Valmore, cette note, qui n'est point de Marceline : « Félix Desbordes, frère de madame Desbordes- Valmore. Ancien soldat, prisonnier des Espagnols et relégué dans l'tle d'Iviça (Baléares); fait prisonnier par les Anglais en 18.., jeté sur les pontons d'Ecosse, revenu de là infirme, indigent, vieilli avant l'âge, toujours amoureux, poète à sa. mesure, bon, tendre, indisciplinable, et boitant jusqu'à la

recherche de tes nouvelh . «m'avait procuré l'adresse c- i^* auquel j'avais écrit en Espagne p de me dire ce qu'il savait sur toi.

avoir attendu sa réponse bien lo l'ai reçue au retour d'un voyage fait à Paris, où était toujours pap grin j'ai éprouve, mon ami, en aji tu élais prisonnier!... Mais enfin de ton existence, et j'employai, c( toute sorte de moyens pour savoir carton ami n'en savait rien. Il av* événement par un de tes compag tune qui avait eu le bonheur de Depuis ce temps je ne savais

fin de sa carrière entre l'indulgence méri presque également mérité. » Pendant long!

ignorait son sort, et ce n'est qu'à force de i

toutes mes démarches étaient restées sans fruit...

Quel bonheur, mon cher Félix, tu me prépares en m'assurant les moyens de f écrire et de te faire parvenir quelques secours! C'est ce dont je m'occupe en ce moment. S'ils ne sont pas d'une grande importance, tu seras bien sûr au moins que c'est par l'impossibilité où je suis de faire davantage; car dans la position malheureuse où tu te trouves, je te donnerais mon sang s'il était nécessaire.

Maintenant, mon ami, il est bien juste qu'après t'avoir témoigné tout le plaisir que m'a fait ta chère lettre (la seule que j'aie reçue depuis ton départ de Paris), je te rassure sur toute la famille. Papa se porte très bien : il est depuis un an chez Eugénie 1 , dont le mari est établi aux Andelys, contremaîtrii dans une filature. Eugénie a une jolie petite fille de deux ans. Cette pauvre Eugénie, que de fois nous avons parlé de toi ensemble! Je leur ai annoncé la lettre aussitôt qu'elle m'est arrivée. Il était bien juste de faire partager mon bonheur à ceux qui avaient partagé mes inquiétudes et mes chagrins. J'ai également écrit à

Page 1