‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 34 sur 62 · s'agit ici des malheureux prisonniers de Tannée · texte numérisé non relu

s'agit ici des malheureux prisonniers de Tannée

208 M MB DESBORDES-VALMORE.

Ne laissez pas paraître dans la Gironde les vers incomplets pour M. de Peyronnet; je les ai envoyés tout corrigés à la Revue du Nord, à Lille, où j'ai lu plusieurs fois des articles si remarquables de cet homme infortuné. Si vous les voulez, je vous les enverrai moins indignes du sentiment qui me les a fait écrire ! .

Cécile Remy ne m'écrit plus; cela me fait de la peine'. Elle ne me pardonne pas ma léthargie après l'émeute. Hélas! Gergerès, que bien peu de cœurs comprennent l'amitié!

Ce n'est presque toujours que de la pitié qu'il y faudrait. Conservez-moi la vôtre, avec ce mélange que je mérite bien d'une àme bonne, et pure, et éclairée comme la vôtre. Je veux que vous me donniez dans votre réponse affranchie ou non (j'y mets moins d'orgueil que vous ne

précédente, et madame Desbordes- Val more fait allusion à un fait qui s'était produit peu de temps auparavant : une sentinelle avait tiré, la nuit, sur un passant qui n'avait peut-être pas répondu assez promptemcnt au Qui vive? d'une ville en état de siège, et l'avait tué net.

1. Tandis qu'elle visitait dans leur prison les malheureux condamnés de l'insurrection lyonnaise, qu'elle intercédait en faveur de certains pour obtenir leur grâce, elle adressait, nous l'avons vu déjà, des vers à M. de Peyronnet. J'ai dit aussi qu'elle n'avait point d'opinions politiques, mais seulement de la pitié pour toutes les infortunes, pitié courageuse et qui se montrait au grand jour.

2. C'était une vieille amie, qui avait été jadis, dit-on, celle de Fabre d'Églantine, et qui tenait alors un cabinet de lecture à Bordeaux, rue de l'Intendance.

pensez), je veux, comme disent les rois ou les

enfants malades, un détail de tout Bordeaux,

de Bordeaux illuminé de soleil, pavé de sable

blanc et d'huîtres, et rose du reflet de son vin

qui calme et anime l'esprit.

Adieu, voici la nuit close, c'est midil Je n'y

vois que pour vous embrasser et me signer

votre amie.

Marceline Valmore.

A Frédéric Lepeytre.

Lyon, le 24 août 1835.

Avant-hier, M. Martinelli m'a rendu le bien que je lui ai fait en l'adressant à vous. Il a écrit à mon médecin qu'il était bien heureux de votre rétablissement et de celui de votre enfant. Il paraît que votre indisposition avait fait une impression douloureuse sur lui. Il se loue à ses amis et à Dieu de vous connaître.

Merci !

Mais ne pas vous voir, mais ne pas me convaincre moi-même que vous vivez après les épreuves dont vous sortez, ne pas embrasser votre femme et son petit sauvé, c'est pour moi un contre-coup pénible, et c'est toujours ainsi.

Quand je m'avance, les mains étendues en actions de grâce, le sort repousse toutes mes joies. Je garde celle-ci pourtant, car j'ai vraiment beaucoup souffert 1 Je vous aime beaucoup.

Je n'irai pas à Marseille si le mal éclate à Lyon 1 , comme beaucoup le craignent encore.

Mon devoir est ici, puisque mon mari ne peut s'en éloigner. Je ne m'éloignerais que d'un jour pour aller mettre en sûreté mes trois enfants dans les montagnes: mes mesures sont prises avec une autre mère, qui a aussi trois enfants à cacher au fléau. Moi, je suis comme vous, toute prête, et j'atlends. Je plains, mais > je n'imite jamais ceux qui se sauvent. Une fois les enfants et les vieillards à l'abri, les autres doivent rester pour s'entr'aider, n'est-ce pas? L'être le moins heureux, le moins content de vivre, peut faire encore beaucoup de bien, ne fût-ce qu'en disant : « Je n'ai pas peur, et me voilà! » car la terreur, s'inocule et fait beaucoup mourir.

Je n'ai résisté qu'une fois à la volonté de mon mari. C'est quand il m'a ordonné de rester à Lyon alors qu'il allait à Paris, la proie du

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