Elle envoyait des autographes à son ami
aussi la nôtre; mais je ne veux pas recommencer mes fragments monotones. « Voir, c'est avoir », dit Béranger, dont je vous destine les premières lignes que j'aurai le bonheur de conquérir.
J ai reçu une lettre récente de mademoiselle Rémy, dont je vous prie de la remercier en mon nom. Je ne puis lui répondre, mais je peux, comme toujours, lui souhaiter du bonheur et un peu moins de travail stérile qu'à moi.
Mille tendresses pour vous et vos aimées sœurs. Je ne sais encore à qui je confierai ma grosse lettre, mais je la tiens toute prête pour vous porter l'assurance de mon amitié inaltérable.
Marceline Valmore.
A Caroline Branchu.
[Paris] 18 avril 1838.
Je t'écris, ma Caroline, par le retour de notre bon monsieur Juclier. Sa santé s'altère beaucoup, et je ne le vois partir qu'avec une triste inquiétude pour rentrer seul dans sa pauvre retraite.
242 M M * DESBORDBS-VALMORE.
Vois, mon bon ange, quel temps succède à quelques jours de chaleur et d'espoir, et tu seras vite au courant de nos santés comme je le suis, selon moi, de la tienne. Tu souffres, j'en suis sûre, comme nous tous, de ces orages glacés qui nous penchent comme de pauvres plantes rudement tutoyées par la lune rousse. Valmore t'embrasse avec une névralgie dans la joue; Ondine t'aime au milieu d'une fluxion causée par un abcès sous la lèvre; Hippolyte est là, près du feu, accablé d'une fièvre éruptive; et moi, je ne vaux rien du tout ni au repos ni au travail. C'est un champ à défricher; je n'en ai pas la force. Nous n'avons que des incertitudes sur l'avenir de l'Odéon. Tout cela finira comme Dieu voudra!
J'ai vu le bon M. Al lard, ton fidèle ami.
Il doit revenir me prendre à son bras, pour aller
te faire une visite de cœur 1 ; si furtive qu'elle
soit, ce sera du bonheur, ce qui donne courage
en attendant. Je tends comme je peux mes bras
vers toi et je te baise du meilleur de mon cœur,
où ton nom est toujours incrusté, bon ange. Au
revoir.
Ta fidèle,
Marceline Valmore.