‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 40 sur 62 · L'Odéon, où Valmore avait été engagé, avait fermé ses · texte numérisé non relu

L'Odéon, où Valmore avait été engagé, avait fermé ses

peuvent pas bien rendre ce qu'une telle bonté réveille d'émotion dans le cœur. Mais j'ai peur, Monsieur, que ce sort-là ne puisse plus changer. Il va s'ensuivre un déchirement contre lequel je suis sans force. Mon mari, qui vaut mille fois mieux que moi, n'a trouvé nulle part l'emploi de son intelligence. Il n'y a rien nulle part pour un honnèle homme rempli de talent et honoré de l'estime de tout le monde, et moi, Monsieur, je demanderais plus que je n'ai obtenu! A quel titre? Soyez sûr que cela me confond. Je ne sens jamais si parfaitement mon néant que quand on me conseille de chercher à en sortir. Ne savez-vous pas, Monsieur, qu'il y a des destinées fatales? J'en ai une comme cela. Ne pouvoir vivre du travail de ses jours et de ses nuits, n'est-ce pas étrange? Mais le roi peut-il se charger de réparer toutes les

portes au milieu de 1838. Madame Val more avait suivi son mari eu Italie, où l'appelait un nouvel engagement; mais ce voyage avait été un désastre, et c'est à grand' peine que les pauvres artistes, victimes d'une débâcle, trompés et frustrés par un misérable, avaient pu se rapatrier. On était revenu à Paris, mais sans emploi, sans ressources, et la misère était grande, avec trois enfants à nourrir. Le seul revenu du ménage était la très modeste pension que madame Desbordes-Valmore recevait du ministère, sur les fonds d'encouragement aux lettres. On lui conseillait alors de solliciter une augmentation de cette pension, et elle répond ici à cette suggestion.

mauvaises chances dont souffrent d'honnêtes familles? C'est impossible.

Votre chère lettre a passé par les mains d'une femme dont les droits à cette haute munificence sont bien autrement légitimes que les miens. Madame Pauline Duchambge est entièrement ruinée par le désastre récent de Saint- Pierre ! . Ses dernières ressources, débris d'une grande fortune, viennent de s'y engloutir. Que va-t-elle devenir, toujours malade, accoutumée aux douceurs d'un luxe que je n'ai jamais connu? Elle n'a plus pour toute fortune qu'un talent charmant, mais qui ne lui donne pas même à gagner pour du pain. J'aurais honte de me compter auprès de telles infortunes, car elle a été bien riche, et moi toujours pauvre.

Quelle différence!

Vous qui êtes accoutumé à penser et à parler avec Silvio [Pellico], vous comprendrez ce que mon cœur ressent; toutes mes tristesses y sont immobiles en ce moment devant une seule : le départ prochain de mon mari. Oui, si le roi pouvait empêcher cette dernière douleur, je pense que j'aurais la hardiesse de le lui deman-

1. A la Martinique, où était née madame Pauline Duchambge, et qu'un épouvantable tremblement de terre venait de bouleverser de fond en comble.

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der, parce que j'aurais à lui offrir une gratitude immense. Pour toute autre chose, Monsieur, l'accablement où je suis s'appelle si peu vivre que je n'ai qu'un pouvoir, celui de vous dire que votre bonté est divine, que je l'aime, et qu'elle soutient ma foi pour une autre vie où je ne vous oublierai pas, soyez-en sûr! Et vous?

A Caroline Branchu.

[Paris] I e * septembre 1839.

Je demeure bien inquiète de toi. Tes dernières lettres n'étaient rassurantes ni pour ta santé, ni pour ta position de cœur. Voici la troisième fois que je t'écris depuis ta dernière, qui m'a bouleversée. Ainsi, qu'es-tu devenue depuis? Peut-être me crois-tu partie à Lyon.

Mais, chère ange, aussi entravée que tu es malheureuse, je n'ai pu quitter Paris. M. Dumont m'abandonne ' et le sort devient inflexible : toute la librairie est perdue. J'attends et je me dévore, car mon mari m'appelle dans toutes

1. Un de ses éditeurs, qui venait de publier d'elle un roman intitulé Violette,

ses lettres, et je suis, par-dessus tout, accablée d'une fièvre nerveuse qui me rend stupide. Mais toi, es-tu mieux portante et un peu remise des secousses violentes que tu as dû subir? Vraiment, chère amie, tu devrais te gronder de mon inquiétude, et surmonter rabattement de ta solitude pour me remettre un peu de baume dans le cœur.

Fauvette est triste de ton silence. Nous allons Tune chez l'autre demander de tes nouvelles.

Tu sais qu'elle est si bonne qu'elle ne compte même pas si je lui rends ses visites; elle vient parce qu'elle t'aime et souffre de ton silence, craignant toujours que tu ne sois malade, L'éloignement fait les tristes rêves. Prends donc un peu de pitié de nous et de toi, car nous faire du bien c'est t'en faire, et ton silence nous fait au contraire bien du mal.

Peut-être m'as-tu écrit à l'adresse de mon mari et possède-t il en ce moment une lettre de toi qu'il me garde. Alors elle ne sera pas perdue, et je t'y répondrai de Lyon même.

Jusque-là, mon amie chère, je t'aime à Paris. Je t'embrasse avec toute la tendresse de mon âme éternellement attachée à la tienne.

Marceline Valmore l .

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