‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 41 sur 62 · Madame Branchu rendait bien à son amie l'affection · texte numérisé non relu

Madame Branchu rendait bien à son amie l'affection

A Frédéric Lepeytre.

3 mai 1840. Paris.

J'ai votre lettre, merci î Elle m'a fait un bien inexprimable. Depuis trois semaines, je suis dans un surcroît de soins et de fatigue audessus de mes forces. Vous savez, Frédéric (depuis que vous m'avez vue), que je n'ai que celle des oiseaux. Un lourd ménage à mettre en ordre, des enfants à guider et à instruire dans

que celle-ci lui témoignait. On peut le voir par cette lettre qu'elle lui adressait d'Orléans quelques semaines plus tard (30 décembre 1839) : — « Ange de bonté, qu'aucun malheur ne peut ni changer ni renverser, tu sais que je t'aime comme Dieu, que c'est pour au delà de la vie! que je voudrais être toujours près de toi et ne jamais te quitter! Je voudrais verser mes larmes de désespoir dans ton âme céleste, formée d'une étincelle du soleil le plus pur. Alors elles seraient moins déchirantes et moins amères. Mais Dieu, après m'avoir fait connaître toutes les douceurs de l'existence, a voulu que j'en ressentisse les douleurs les plus torturantes. Que sa volonté s'accomplisse! — Cette nouvelle année qui commence s'achèvera peut-être sans nous voir réunies! Quelle triste pensée! Elle m'écrase. Et toi? — Écris-moi, écris moi souvent, chère amie, c'est-àdire quand tu auras le temps; je ne voudrais pour rien au monde qu'en m'écrivant tu éprouvasses de la fatigue. — Toutes mes prières pour cette jeune année seront élevées vers Dieu pour qu'il termine tes tourments et t'en récompense. Rappelle-moi au souvenir de notre bon Valmore. Demain, en embrassant tes enfants pour toi et pour moi, nomme-moi à eux et qu'ils te rendent le bon baiser que tu leur donneras de leur amie. — Ma lettre est heureuse, tu la toucheras! A toi l'âme, le cœur, la pensée, le souvenir et la raison de ta dévouée et triste sœur. — C. B ranch u. •

ce que je sais moi-même imparfaitement. C'est une tâche que j'ai osé prendre. Je m'en tire quelquefois en tombant malade. C'est ce qui vient de m'arriver après les embarras de notre emménagement rue Saint-Honoré, 345, pas loin de ces belles fleurs que nous avons admirées ensemble le soir où nous avons entendu de la musique chez Valentine, plus près encore de notre nouvelle demeure. Ecoutez, mon bon Frédéric, dites-le bien à votre plus aimée, la tendre mère de votre cher blessé : si vous, elle et lui venez un jour, les bras ouverts à ceux qui vous aiment pour toujours, ne cherchez point d'autre asile que l'humble chambre que nous avons enfin pour recevoir le cher et petit nombre de choisis dont il nous serait si doux de sentir battre le cœur tout près du nôtre. Je vous prie de vous ressouvenir de ce vœu qui a sur moi l'empire du pressentiment, et répondez-y de manière à me laisser croire que je suis, en effet, protégée à présent de cette haute Providence à laquelle j'ai remis tous mes orages. Dites-moi : « Oui, nous irons un jour et ce sera chez vous, au milieu de vos enfants et de votre heureux mari ». Frédéric, ce serait une joie qui n'est pas à rendre !

252 M" DESBORDES-VÀLMORE.

5 mai.

J'aurai à vous écrire, peut-être, avant peu — n'allez pas frémir — pour un jeune forçat dont je sollicite la grâce depuis neuf mois. J'espère l'avoir obtenue. Le directeur des bagnes de Brest et un vieux prêtre, adorable de charité, m'ont remis cette sainte cause. J'ai bien couru. Le coupable était là pour cinq ans. Il y est entré à dix-neuf, pauvre enfant perdu, mis à part de la corruption de cet enfer par M. Gleize, directeur du bagne, et par une éducation distinguée. Ce jeune condamné se mourait de honte et de repentir. Voici sa faute.

Condamné d'abord pour exaltation politique, pris comme un hanneton dans le tumulte d'une barricade, traité après ses trois mois d'emprisonnement avec trop de rigueur par sa famille (d'une opinion passionnée dans un autre genre), privé d'un bon mentor dans son maître, passé à cette époque en Angleterre, il y a eu un moment de vagabondage et d'entraînement dans cette pauvre vie. Un petit Robert Macaire s'en est alors emparé; un jour funeste il l'a suivi avec un autre garçon déjà perdu. Vers la fin d'un repas, qu'il avait accepté avec candeur*

ses deux camarades ont tenté de forcer une armoire. Saisi tout pâle avec les malfaiteurs, et déjà mal noté pour cause d'opinion, son arrêt a été rigoureux. Voilà tout. L'abbé Vernier, vieux et malade, m'a tout raconté en arrivant de Brest, où il avait vu, me dit-il, ce jeune ange déchu. M. de Lamartine, sollicitant luimême pour deux autres malheureux, n'avait s céder à sa prière pour celui-là. Moi, j'avais ' it besoin de consoler les autres pour me confier moi-même, que j'ai pris cette tâche avec •ne triste joie. Sans appui, sans conseil, j'ai marché vers le but : tout le monde m'a ac- < leillie; le directeur de Brest m'a guidée; le i m litre des requêtes, ami intime de notre ange >u>urrit ! , m'a bien ouvert les sentiers. La ivnille n'a pas résisté à mes prières et l'a < clamé avec un homme honorable qui a signé la demande. Nous en sommes arrivés, je crois, à la grâce! Mais la famille veut qu'il passe à ! tranger pour un ou deux ans, et je cherche •j'ielque moyen d'y faire accueillir son intellir nce. Vous n'avez pas quitté ma pensée depuis cette mission que Dieu, peut-être, a daigné m'envoyer. Victor Augier m'a secondée ici et promis encore son secours pour Alger.

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