Le fameux chanteur
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Dans tout ce qui intéresse la divine charité, y ou are mine! God is our father. Be blessed by him and by old master William. His ashes are quiet y his soûl is between us! *
Le jeune homme parle bien l'anglais et, je crois, l'allemand. II écrit bien. Il a vingt-deux ans passés. Son extérieur est, dit-on, doux et peu robuste. Il a tout l'air encore d'un adolescent.
Voilà une lettre bien longue jetée au milieu de vos travaux, mais vous la lirez, Frédéric sur vos genoux 1 . Il sait bien que je suis sa bonne amie autant que celle de sa mère et de vous.
Marceline Valmore*.
1. « Vous m'appartenez. Dieu est notre père. Recevez ses bénédictions et celles du vieux maître William. Ses cendres sont en repos, son âme est entre nous. •
2. Le flls de M. Lepeytre, qui avait le même prénom que son père.
3. Dans une lettre du 31 juillet suivant, madame Desbordes- Valmore annonçait en ces termes â son ami qu'elle avait délinitivement obtenu la grâce désirée : — « J'ai la grâce du malheureux enfant dont je vous ai parlé, si vous avez reçu ma lettre. Augier se hâte de le faire passer à Alger pour lui refaire un chemin d'honnête homme. Il a l'air bien purifié au feu de l'enfer. Ecoulez, mon ami, la vraie pitié refait quelquefois de bien honnêtes gens. Il y en a de si affreux qui ne vont pas là.... d'où il vient! > En vérité, c'était bien une sainte femme que madame Desbordes- Valmore!
A Mademoiselle Mars 1 .
[Paris] 20 moi 1840.
Hier, vous étiez la plus belle femme de France. Jamais rien de plus noble, de plus chaste, de plus puissant ne s'est montré sous des traits si charmants. Votre génie était grand comme Molière. Toutes vos lumières étaient allumées et vous faisaient une couronne qui m'enivrait de joie et de larmes. Saurez-vous jamais comme on vous aime? Des paroles ne disent pas le cœur, mais le cœur est à vous, lisez !
1. Voici une des lettres les plus curieuses, et surtout les plus ■ courageuses » qu'ait écrites madame Desbordes- Valmore. Son affection pour mademoiselle Mars était profonde et elle lui en donna ce jour-là, peut-être, la preuve la plus éclatante. Mademoiselle Mars avait alors soixante et un ans; malgré son incomparable talent, malgré ce qu'on a appelé sa «jeunesse éternelle », l'heure de la retraite eût dû sonner à ses oreilles depuis longtemps déjà, et le public trouvait, non sans quelque raison, qu'elle s'éternisait à la scène. Mais elle, toujours avide de gloire et de succès, ne voulait entendre aucune récrimination. Ses amis se désolaient de son obstination, et ne savaient comment l'y faire renoncer. Madame Desbordes-Valmore résolut de se dévouer, et entreprit de lui faire entendre la voix de la raison T On peut voir avec quelle souplesse, quelle habileté elle sut le faire. Ce qui est mieux, c'est qu'elle réussit. Mademoiselle Mars comprit enfin et déclara qu'elle allait prendre sa retraite, ce qu'elle fit en effet au bout de quelques mois, après avoir passé en revue les principaux rôles de son répertoire. C'est assurément là l'une des plus belles victoires qu'une femme puisse remporter sur une autre femme.
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J'ai pour vous une amitié adorante ( finira qu'avec ma vie, ou plutôt qui sera nelle, car je crois à l'éternité. Dieu ne pas de si beaux ouvrages pour s'en prive même. Vous vivrez toujours! Mais, par croyance même, mon amitié est coura; aussi, et je dois vous dire mon vœu. Qu'il entre vous et moi seule. J'ai demandé (à ) la résolution de vous l'écrire. Il y a vingt vous alliez partir pour l'Italie; j'ai osé demander si vous quittiez le théâtre et si ne connaissiez pas encore le public et le voir de l'intrigue. Vous êtes restée. Je ne pas si ma faible voix y a contribué, mais j'î le bonheur de vous voir reprendre ce ri glorieux que la médiocrité brûlait déjà d'usur
J'ai beaucoup vécu par vous, sans faire gi .
bruit. Hier, je vous ai vue immense et riche de tous vos trésors enviés. Eh bien, emportez-les au milieu des véritables transports qui vous ont saluée, à la honte de l'envie, car c'était de l'amour pur. Il éclatait partout autour de nous, comme il était en nous. Mais au dehors, que d'intrigues! que d'efforts et que de menaces d'en bas ! Au nom de ce que vous aimez le plus, ne vous laissez pas atteindre par une force grossière. Je ne vous parle pas du mal affreux
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que j'en ressentirais, mais vous comprenez bien quel est celui qui ne s'en consolerait jamais.
Je sais que l'on travaille à un acte indigne contre vous. On cherche à l'obtenir d'une puissance aveugle, car celle-là ne va pas vous voir! Un homme d'honneur, et qui vous aime dans toutes vos vaillances, est venu me confier ce qu'il tremble de voir s'effectuer. M. Jars m'a dit enfin de vous en donner avis. C'est un ministre qui se chargera de priver la France d'une de ses plus belles gloires. A qui la honte? Je ne me charge pas de le divulguer. Cette iniquité s'accomplira, dit-il, si vous ne rentrez pas uniquement dans le domaine d'Araminte, d'Elmire, la Gageure, etc. — € Que mademoiselle Mars » fasse plus encore, m'a-t-il dit : qu'elle les » plante tous là. Ils ne sont pas dignes d'elle. »
Pardonnez-moi. J'ai souffert pour vous donner cette marque de ma profonde affection, et pour hâter d'un pas, peut-être, cette démarche digne de vous. Votre caractère n'cst-il pas aussi pur quêtons vos charmes? Sortez calme et couronnée de cette foule; l'élite vous suivra. Jugez si vous manquerez d'amour autour de vous!
Marceline Valmohe '.
1. Mademoiselle Mars, qu'on a souvent représentée comme sèche et égoïste, éprouvait une affection sincère
M"« DESBORDES-VALMOEE.
A M. Félix Delhasse, à Bruocelles 1 .
[Paris] 26 juin 1841.
J'ai reçu, Monsieur et cher ami, une lettre pleine de grâce et de bonté de cœur de mon
pour madame Desbordes- Valruore, à qui elle avait rendu plus d r un service. Je n'en voudrais pour preuve que ce fragment, plein de grâce et d'abandon, d'une lettre qu'elle lui écrivait à la date du 29 juillet 1841 :— « Où en sommesnous, ma chère Marceline? Vos affaires théâtrales commencent-elles à marcher? Valmore est-il déjà dans son coup de feu? Cherchez-vous un logement dans le quartier de vos malades? Que faites-vous, que devenez-vous? Je sais que vous êtes fort occupée, mais le petit bonhomme, qui n'est pas flamand, et les petites bonnes femmes, qui ne sont pas flamandes, à ce que je crois du moins, auraient bien pu me donner de vos nouvelles et des leurs, ce dont j'aurais été très reconnaissante; et comme je ne veux pas les accuser d'oubli, surtout Inès, qui, à ce qu'il me semble, est la plus libre de son temps, si elles aiment mieux courir que d'écrire, alors qu'elles viennent. Nous sommes maintenant dans une attitude convenable pour recevoir amis et amies, et le temps, tout détestable qu'il est, s'humanise encore assez pour nous laisser faire de jolies promenades. Je suis furieuse pourtant que la chaleur ne m'étouffe pas, et j'espère que Dieu nous rendra notre été en automne; il y a bouleversement là-haut comme ici, et, en y réfléchissant, il y a de quoi s'effrayer: où cela nous mènera-t-il? Puisqu'il faut mourir, je ne serais pas trop fâchée d'assister à la fin du monde, et j'aimerais assez à m'en aller emmenant tous mes amis sous mon bras. C'est une idée comme une autre, et celle-là me sourit. Qu'en dit la jeune population? D'aller me promener si je veux, aussi loin que je voudrai, mais de laisser chacun à sa place. Eh bien, c'est encore une idée qui vaut peut-être mieux que la mienne, et comme je ne suis ni égoïste, ni entêtée, je me rends ; je partirai le plus tard que je pourrai et n'emmènerai personne.... »
i. Le seul survivant aujourd'hui des amis de madame
premier ami Eugène 1 , et je vous prie, si vous le voyez, de lui dire qu'il recevra ma réponse par une occasion sûre, dans une quinzaine de jours. Je lui envoie par vous un peu de mon cœur, où il occupe une place éternelle et où je l'entends toujours chanter comme on doit chanter au ciel. Si vous ne l'avez pas entendu, c'est une mélodie profonde qui manque à votre vie; mais vous, qui connaissez le charme de son amitié, vous jugerez s'il est possible que je l'oublie, ainsi que ma Thérèse, cette excellente partie de lui-même. Il y a en moi quelque chose qui pleure de ne pas les voir, et comme c'est à lui que nous devons de vous connaître, vous êtes, Monsieur, bien naturellement et tendrement enveloppé dans ce regret. Partagez-le,
Desbordes-Valmore, dont il avait fait la connaissance en lui rendant un service signalé. Elle n'était pas la seule. Tous ceux qui ont connu ce grand cœur et ce noble esprit, cet ami si sincère et si dévoué de la France et des Français, savent à quoi s'en tenir en ce qui le concerne. Intime ami de Th. Thoré, exécuteur testamentaire de Proudhon, M. Félix ûelhasse a été, au temps de nos discordes civiles et de nos grandes secousses politiques, la providence à Bruxelles des réfugies et des proscrits français, qui trouvaient sa maison, sa main et son cœur toujours ouverts, et pour lesquels sa bonté, sa générosité et son aide matérielle, unies à celles de sa sainte femme, ont été inépuisables.
1. Eugène Ordinaire, ancien acteur, qui avait été à Bruxelles le premier ami et le protecteur dévoué de la jeune Marceline Desbordes.
260 M"" DESDORDES-VALMORE.
je vous en prie. Si Dieu, qui est clément pour moi plus que je ne mérite, me rendait un de ces jours moins pauvre, j'irais serrer ces anges dans mes bras reconnaissants et vous dire, Monsieur, que vous serez toujours avec eux dans le souvenir d'une femme bien sincère.
Marceline Valmore.
A sa fille Ondine 1 .
Paris, le 24 septembre 1841.
(11 heures du soir.)
As-tu ma lettre par occasion, mon cher ange aimé? Si tu Tas eue deux heures plus tard, je le regretterai beaucoup, car il me semble que tu attends mes lettres avec impatience. N as-tu pas le bonheur et la bonté de m'ai mer avec une grande tendresse? J'attends Caroline 1 demain ou après-demain. Je chercherai si bien dans ses mains, dans ses yeux et dans son cœur, que j'y trouverai quelque chose de toi, ma fille! ma
1. Ondine, sa fille aînée, souffrante d'une maladie de nerfs, était alors en traitement a Londres chez un médecin anglais réputé, le docteur Curie, ami de madame Branchu, auquel elle avait été spécialement recommandée par celle-ci, qui avait été passer quelque temps auprès d'elle et de sa propre fille, qui se trouvait aussi à Londres.