‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 49 sur 62 · Le jour de Pâques · texte numérisé non relu

Le jour de Pâques

SI. Cette lettre, d'un accent maternel si dramatique, allait

partant, ou plutôt je n'avais jamais été inquiète. Moi, qui depuis l'âge de dix-sept ans ne suis que faible et souffrante, et relevée avec énergie, je crois qu'on peut être d'un extérieur délicat sans être...

J'ai au cœur en ce moment une telle pression que les paroles ne peuvent sortir. Je pousserais des cris si je ne me forçais au silence pour ceux qui m'entourent et qui sont aussi consternés de celte nouvelle. Caroline! est-ce que ta fille n'aurait pas la pitié de me tuer si la mienne était en danger? Où crois-tu donc que je puisse me sauver? On supporte tout dans ce monde : misère, absence, désenchantement, mais le courage des femmes s'arrêle là.

Conjure ta fille de me demander à Londres, de m'écrire pour déplacer les palpitations de mon cœur. Elle est trop vraie, trop pure pour me tromper, je le sais. S'il faut que ma chère vie Ondine vous reste pour améliorer sa santé, je veux tout ce qu'on voudra. Je resterai même à Paris, si Paméla dit que je le peux; mais

trouver madame Branchu à Londres, où elle était, avec sa fille Pamélo, chez le docteur Curie. Ondine était là aussi, fort malade encore. La pauvre mère ne croyait pas sa 011e dangereusement atteinte, mais une lettre grave du docteur l'avait rendue folle d'inquiétude, et c'est cette inquiétude qu'elle exprimait dans ces lignes douloureuses.

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qu'elle m'écrive, car lu sais ce que c'est qu'une intolérable plaie au cœur. Je ne peux dormir, je ne peux me supporter. Mon amie, je serre tes mains avec tendresse et te prie, au nom de ma raison qui se trouble, de ne pas dire un mot à ma fille de ce que je souffre et pourquoi je souffre. Je sais l'empire d'une idée triste sur une imagination aussi tendre et aussi ardente. Ce n'est pas pour elle qu'elle pleurerait, c'est pour moi, pour nous. Tu sais bien, Caroline, que je ne l'ai jamais grondée que de l'excès des efforts qu'elle faisait pour être un jour utile à sa pauvre famille. Elle a beaucoup trop travaillé non seulement de l'esprit, mais de l'âme. Dis-le bien au docteur. Il ne lui faut que de la sécurité, du repos, de la distraction. C'est à genoux que je remercie ceux qui lui en donnent.

Ma chère Paméla ' ! c'est pour toi aussi que j'écris à ta bien aimée mère. Ne vois pas de faiblesse dans mon désordre. Souviens-toi seulement qu'il y a un excès dans les douleurs qui les place au-dessus de la résignation. Écris-moi, dis-moi s'il est bien que j'aille à Londres. J'y serais déjà sans la peur d'abuser

1. Ces dernières lignes s'adressent directement & la fille de madame Branchu.

des bontés de madame Curie, de vous tous; mais par le fait j'y suis, ce qui me donne la vie la plus étrange du monde.

Mon mari est errant pour se fuir lui-même.

La lettre du docteur lui a porté un coup de massue. Il aime tant sa fille!...

[Sans signature.]

A Honoré de Balzac.

10 novembre, mardi [1844?].

Je vous envoie un bel autographe de mademoiselle Louise Contât. Ah! Ah! C'est sa fille, madame Amalric Abbéma, qui me l'apporte pour vous, et voici tous les comment.

Je l'avais demandé à mademoiselle Mars.

Mademoiselle Mars a couru chez sa presque sœur Amalric pour fouiller dans son héritage, lui disant : « Je n'ai retrouvé de ta mère qu'une lettre, il y a déjà longtemps; comme cette lettre me grondait, je lai brûlée pour l'oublier. Je suis fâchée aujourd'hui de l'avoir brûlée, car elle me rajeunirait. » Toujours estil que voici l'autographe, n'ayant pas caché que c'était pour vous, pour être plus sûre de l'obtenir. Il s'ensuit que madame Amalric en

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veut la preuve par une ligne de vous avec votre nom. Si vous trouvez que ce soit trop cher, ne payez pas. J'avoue que je n'ai pas la générosité de sacrifier les mots très rares que vous m'avez écrits.

Si ma maison n'était pas toute pleine de malades, je vous verrais demain. J'ai aussi de gentilles petites affaires à porter à Louise ; mais ce ne sera que vers la fin de la semaine.

Nous vous aimons vraiment et profondément, à part les beaux livres.

Marceline Valmore.

A Pauline Duchambge '.

[Paris] 7 décembre 184i.

Je me levais sur mon coude pour essayer de t'écrire quand on m'apporte ta lettre. Tu

1. L'amie la plus intime, avec Caroline Branchu, de l'âge mûr de madame Desbordes-Valmore. Musicienne charmante, célèbre sous l'Empire et sous la Restauration par ses nombreuses romances, pour la plupart écrites sur des vers de son amie Marceline, elle était née à la Martinique, Antoinette-Pauline de Montet, et, amenée jeune en France, avait épousé un officier, le baron Désiré du Chambge d'Ëlbhecq, ancien aide de camp de son père, général en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales. Séparée par un divorce de son mari, qui mourut en 1822, elle brillait, belle, aimable et spirituelle, dans le monde et dans les salons, où Ton se disputait ses jolies compositions. Puis elle perdit, par

reconnais là ce qui est arrivé deux cents fois entre nous, Pauline. C'est qu'en vérité nos âmes ne sont jamais loin Tune de l'autre. Tu devines bien que j'étais malade. Je viens de l'être sérieusement, toujours de la fièvre aiguë. Je le suis encore. Ma tête est grosse, brûlante comme le feu. Voilà pourquoi je ne t'ai pas écrit : c'est que l'écrasement était arrivé.

Tu sais, mon autre moi, que les fourmis rendent des services. C'est de moi que sort non la pièce de M. de Balzac, mais le goût qu'il a pris de la faire et de la leur donner, et puis de penser à madame Dorval, que j'aime à cause de son talent, mais surtout à cause de son malheur et de ton amitié pour elle. J'ai tant hurlé ma tristesse qu'elle a été comprise et partagée... tu devines par qui? Par l'humble Tisbé qui met sa vie au service de ce littérateur f . Elle en a parlé, murmuré, reparlé, et

diverses circonstances, la fortune qui dépendait des biens qu'elle possédait à la Martinique, et, l'âge venu, son talent oublié pour d'autres, elle connut la détresse et les a (Très de la pire misère. Madame Desbordes-Valmore, si pauvre elle-même et qui sou (Trait de la voir souffrir, venait souvent à son aide, et c'est ainsi, avec quelques secours qu'elle recevait de l'administration des beaux-arts et même, sous le second Empire, de la cassette du souverain, qu'elle atteignit l'extrême vieillesse. Elle mourut âgée de quatrevingts ans, en 1858, un an avant son amie.

i. Il s'agit de la ménagère, femme de confiance de Balzac, qui, du service du poète Henri de Lalouche, était passé au

il est venu me dire : « Je veux bien, tout est conclu. Madame Dorval a un rôle immense ! »

Je l'ai entendu lire. Elle y sera belle, et toi bien contente, j'en suis sûre. Cela vaut bien Thorrible fièvre gagnée à la campagne pour aller entendre cette lecture et porter l'acte qui lie TOdéon à l'avenir de cet ouvrage. Seulement, elle y gagnera d'abord bien peu d'argent. Hélas ! nous ne savons encore ce que c'est que celui-là.

Garde cela dans un pli de ton cœur. Surtout que toi seule saches l'influence de notre tendresse pour madame Dorval. J'aurais un bonheur infini à la revoir triomphante. Garde inviolable mon secret et celui de la pauvre Tisbé. Je veux tous les biens du monde à madame Dorval, mais non pas de sa reconnaissance; vois celle qu'elle a pour ton amitié.

Je t'aime. Je souffre de nous deux. Je suis à toi. Mademoiselle Mars est venue me voir f .

[Sans signature.]

sien. C'était un type : elle se mêlait de tout chez lui, et n'était pas peu (1ère de sou maître, sur lequel, on le voit, elle n'était pas sans quelque influence. Klle avait d'ailleurs refusé de se marier, pour rester a dans les lettres ». Balzac rappelait la femme-chien, & cause de son dévouement très réel pour lui.

I. Je ne sais de quelle pièce de Balzac il peut être question dans cette lettre. En tout cas elle ne fut pas jouée alors, et madame Dorval n'y parut point.

A David (d'Angers).

[Paris] 1 juillet 1845 (8, rue de Tournon).

Cher illustre,

Laissez venir à vous ceux qui vous aiment.

Aidez-moi dans une recherche. On m'envoie une petite somme consacrée à deux de vos ouvrages, ces gouttes divines que vous laissez tomber dans vos moments de rêverie. Je ne sais où acheter pour le compte de mon amie, qui les veut, la médaille introuvable que vous avez faite de M. Sainte-Beuve et celle que vous n'avez pas dédaigné de faire entrer dans le cortège de Gœthe et de Paganini l .

Indiquez, je vous en prie, à mon* fils, où ces deux choses se trouvent, car je suis bien pressée de me délivrer de l'argent que Ton veut y consacrer.

Ajoutez à cela de dire à mon garçon si vous m'admettrez à voir, dans vos ateliers, le buste de M. de Balzac, et si mon mari pourrait partager cette joie.

Votre attachée servante,

Marceline Valmore-Desbordes.

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