C'est-à-dire le médaillon de madame Valmore ellemême
M* 1 DESB0RDES-VALM0RE.
Au docteur Veyne.
Paris, août 1845.
Ces deux petits portraits rappelleront toujours à Monsieur Veyne qu'il a été le meilleur des hommes pour une mère qui prie Dieu de pouvoir un jour lui en montrer sa reconnaissance l .
Si elle demeure pauvre, il l'aura du moins enrichie de la vie de son enfant I Ce souvenir restera doux au médecin que nous bénissons de toute notre âme.
Marceline Valmore.
A Mademoiselle Marie Car$antier *.
[Paris] 12 août 1846.
Votre lettre me touche beaucoup ; je n'essaie pas d'y répondre. Je n'ai pas à la fois la force
1. Le docteur Veyne avait sauvé sa fille Inès d'une maladie grave. Madame Desbordes-Valmore lui envoyait, en guise de remerciement, le portrait de cette enfant et celui d'Ondine, sa sœur ainée.
2. Plus tard Madame Pape-Carpantier, la femme de bien et de courage à qui Ton doit tant de services dans renseignement des filles.
de supporter de telles douleurs et de les raconter. Les détails de ces angoisses me rouvriraient le cœur '. Il faut que j'avance pas à pas, jour par jour, regardant mon devoir et en haut pour me tenir dans l'épreuve. Ce que vous me demandez est vrai en soi-même, mais la faiblesse est trop grande pour tenter un seul remède actif. Il y a eu des irritations d'entrailles horribles; maintenant c'est une toux brisante, la fièvre, des vomissements de sang. Tout ce qu'il y a de terreur dans un amour, je l'éprouve sans oser rien faire de plus que ce que les médecins prescrivent. Il ne faut pas tenter Dieu ! Pouvez-vous m'obliger sensiblement dans la personne d'une jeune Anglaise, toute pareille d'aspect à Ondine, plus forte seulement, plus grande, charmante et courageuse enfant que l'infortune de sa mère force au parti sérieux de l'enseignement. Du reste, elle semble née pour cela et les devoirs lui en seront agréables. Elle en a fait l'apprentissage sur sa sœur, qui a douze ans. Née en Angleterre, elle habite Mon treuil. Elle est protestante, mais, avec le calme d'un ange qui ignore un des points de notre ciel.
i. Sa plus jeune fille, Inès, se mourait de la poitrine.
Si vous pouvez m 'aider à obliger une infortune aussi touchante, si résignée, pour qui la dépendance honorable ne serait qu'une joie, mettez tout en œuvre pour me donner cette consolation, chère demoiselle Marie. Je ne vous en dis pas plus : insister serait ne pas vous connaître, et je vous ai vue, et j'ai lu dans votre livre! Si vous saviez en quels moments je vous écris!... Mais si j'attendais le repos, le bien-être, quand serait-ce?
Je vous embrasse sincèrement et je vous
aime ainsi.
M" Valmore-Desbordes.
A la même.
[Paris] le 10 septembre 1846.
Votre lettre du 19 août me parvient bien tard, chère demoiselle, pour l'empressement que j'ai de vous en remercier. Le cher voyageur à qui vous l'avez confiée n'a pu me l'envoyer plus tôt.
Pour moi, je suis plus que jamais éperdue à travers les phénomènes que présente la terrible maladie de mon enfant. Je vous le répète, appuyer sur de tels déchirements, ce serait
LETTRES tNÉDITES. 801
m'ôter la force qu'il faut pour les subir. Je veille, je prie, je ne suis qu'à peine de ce monde. Je me rends compte cependant de toutes les bontés dont je reçois des témoignages et je voudrais bien les reconnaître, du moins n'en pas abuser. Ainsi, je ne vous laisserai pas volontairement en suspens pour la place dont vous me parlez pour miss Holt.
La charmante enfant est partie pour York en pleurant de la nécessité qui l'y contraint... Je vous en conserve une gratitude tendre ajoutée à tous les bons sentiments qui m'attachent à tous. J'espère être la plus sincère et la plus triste de vos amies.
Marceline Valhore.
M. Lacour m'a dit la justice éclatante rendue à votre livre 1 , c'est-à-dire à votre cœur. Le mien est plus touché que je n'ai en ce moment de paroles pour le dire. Devinez, comme vous devinez mes angoisses!
1. Conseils sur la direction des salles d'asile, ouvrage de mademoiselle Marie Carpantier, qui venait d'être couronné par l'Académie française.
A la même.
2 novembre 1846, Paris.
Chère demoiselle Marie,
Je ne vous parle pas de moi bien longtemps, puisque ce serait navrer votre âme des déchirements de la mienne. Mon sort n'est pas changé. Je suis toujours dans des inquiétudes dévorantes sur ma chère Inès, et l'esclave de cet amour malheureux.
Je vous embrasse, n'ayant pas le courage de vous parler, et je vous aime toujours sincèrement.
M IiDe Valmore.
A Madame Récamier.
Chaillot, 9 décembre 1846 *.
Les premiers élans d'un cœur déchiré s'en vont vers vous, Madame! Ils sont pour un fils adoré, ils sont pour la meilleure et la plus adorable des femmes, Madame Récamier.
1. Madame Desbordes- Val more venait de perdre sa fille cadette, Inès, morte le 4 décembre, à vingt et un
Votre grâce impérissable est enlacée autour de ma douleur. Il appartient à Dieu d'en faire une joie éternelle, n'est-ce pas, Madame 1 ?
M D * Valmore.
A Frédéric Lepeytre.
Paris, 10 décembre 1846.
Recevez-moi donc au milieu de vous, chères âmes, puisque le saint amour qui nous unit vous donne le courage de braver une douleur comme la mienne.
Mère tendre, soyez heureuse... Ce sont des mains bien tristes qui s'étendent vers vous!
Dieu m'a frappée, bon Frédéric! Je suis dans les ténèbres. Ma tendre fille, vierge douce et charmante, vient de m'ètre arrachée. Un tel désespoir, n'est-ce pas? une telle cruauté de notre Père doit avoir un sens caché? Ces saintes horreurs seront expliquées aux mères. Mais que voulez-vous? je suis par terre, et poignardée dans mon enfant!
ans! Madame Récamier avait envoyé prendre des nouvelles de la jeune malade. C'est pour la remercier de celte attention que, peu de jours après, la pauvre mère désolée lui adressait ces lignes.