‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 51 sur 62 · La joie de revoir sa fille dans le ciel · texte numérisé non relu

La joie de revoir sa fille dans le ciel

Mon bon et adorable mari est à Bruxelles, enchaîné au devoir, me tendant les bras. Ma charmante Ondine est au pensionnat, navrée et stupéfaite l . Mon digne (ils m'a soutenue emportée quelques jours à Chaillot, près d'Ondine, puis ramenée à mon Calvaire. Je ne vous savais pas instruits. Jamais je n'avais osé laisser crier mes terreurs.

J'allumais obstinément des lueurs d'espoir pour pouvoir avancer, jour par jour...

Et l'Incompréhensible est entrée, et a tout éteint!...

Vous m'êtes très chers là-bas, puisque je viens de faire ce que vous me demandez : je vous ai écrit. Mon malheur n'a pas à vous offrir d'autre preuve de mon attachement profond.

Votre fidèle absente

M" 6 Desbordes-Valmore*.

1. Ondine, sa fille aînée, était alors sous-raaîtresse dans le pensionnat de madame Bascans, à Chaillot.

2. A la nouvelle de la mort de sa fille, Michelet adressait à madame Desbordes-Valmore ces lignes émues : — « Décembre 1846. Je n'ai point de paroles pour une si grande douleur, mais j'aurai des larmes... J'ai perdu mon père presque le môme jour. J'avais passé avec lui quarante-huit ans, toute ma vie! Hommages affectueux, vive sympathie. — J. Micuelr. •

A Auber.

[Paris] samedi, 19 juin 1847.

Monsieur,

Des circonstances graves ont défait le sort de mon mari.

L'intérêt dont vous m'avez honorée, l'estime due au caractère de Valmore m'enhardissent à vous demander un appui, un mot de vous en sa faveur, dans les circonstances, auprès du nouveau directeur, quel qu'il soit, de l'Académie royale de musique ou de l'Opéra-Comique. Votre nom n'est-il pas là puissant comme sur toutes les âmes de ce monde? Aider à placer Valmore dans une administration d'art et d'ordre, c'est, Monsieur, ne courir aucun risque de se le reprocher. Ce ne sera pour vous qu'une bonne et noble action de plus.

L'Odéon lui a tout pris, passé, présent et avenir. Si pouvez changer cet avenir qui menace une honnête famille et le plus laborieux comme le plus intelligent des artistes, Monsieur, donnez- vous cette joie, et à moi le bonheur de vous le devoir, qui suis déjà votre plus humble servante.

Marceline Desbordes- Valmore.

J'aurai ce soir l'indiscrétion et le courage de vous déranger quelques minutes pour savoir de votre vérité même si je dois prendre quelque confiance dans l'espoir qui me soutient.

Si je n'ai pas la chance de vous rencontrer chez vous de cinq à six heures, soyez assez bon pour m'indiquer une heure qui vous sera plus commode.

A Madame Récamier.

[Paris] 11 septembre 1847.

Madame,

Il faut être faible et malade pour envoyer, même par son enfant, une gratitude pareille à la mienne, et qu'il me soulagerait tant de vous exprimer !

Qui êtes-vous, Madame, pour obliger ainsi toujours, et toujours avec une grâce nouvelle? C'est bien de vous qu'on peut dire :

On ne la voit jamais sans l'aimer davantage.

Votre absence même se remplit par mille inventions que vous avez pour atteindre les âmes qui souffrent. Heureux ceux qui vous ont connue! Il n'en est pas qui ne vous doivent une joie ou une vertu.

Avec quelle persistance adorable, Madame, vous m'avez appris celle de la reconnaissance! Marceline Desbordes-Vai-mohe.

A M. Félix Delhasse.

Paris, 16 janvier 1848.

Je regarde tristement cette lettre, Monsieur et cher ami, qui va dans peu de jours se trouver près de vous et de votre aimable famille. Je voudrais que ce fût moi-même : il y a si longtemps que je n'ai vu ni vous ni les vôtres!

Ce souhait est la preuve d'un attachement bien sincère et 1res durable, car je désire maintenant fort peu de chose de ce monde où je vous souhaite tous les bonheurs possibles.

J'ai vu M. Charles Teste à la fatale époque qui le tuait dans son frère. Sa vue m'a beaucoup émue et troublée, car il m'a paru brisé de chagrin, et nous avons pleure autant l'un que l'autre sans nous dire grand'chose, car je ne connais pas un caractère plus admirable que celui-là. C'est par vous que je l'aime, et c'est pour cela que je vous en parle. Quand son frère était ministre, puissant et riche, vous savez qu'il le fuyait pour vivre de pain et d'eau. Présentement il passe ses jours auprès

du prisonnier, voué à son malheur et à son isolement. Vous me disiez bien que cet hommelà est le modèle des hommes. Il consolerait de vivre, s'il était possible. Ce mot sur lui vous fera plaisir, à vous, son digne ami. Que vous dire après? Je ne connais rien de plus grand dans sa simplicité que l'âme de cet homme-là, qui l'ignore '.

Adieu, Monsieur et Madame; je vous aime de tout mon cœur, et tous les malheurs qui m'ont courbée ne m'ont pas ôté la tendre mémoire que je vous garde.

Marceline Valmore.

A Hippolyte Caimot,

Ministre de ^instruction publique.

[Paris] 12 avril 1848.

Monsieur le ministre %

Je reconnais mes titres si faibles à une pension littéraire, que la pensée de les soumettre à

1. Il s'agit ici de Charles-Antoine Teste, frère cadet de J.-B. Teste, député et ministre sous Louis-Philippe, dont le procès ût scandale en 1847 et qui se vit condamner par la cour des Pairs comme concussionnaire. Charles-Antoine Teste, qui était né à Bagnols (Gard) le 27 mai 1782, mourut à Paris le 30 août 1848.

Page 1