Qui allait se marier très prochainement
de voir mademoiselle Chauvin ni de lui rien remettre pour vous que ce mol, que je ne veux mêler d'aucune nouvelle triste. Il faut que vous paraissiez devant la Vierge les yeux essuyés de vos saintes larmes. C'est moi qui enverrai la ceinture sous laquelle ce jour-là battra le cœur le plus profond et le plus honnête auquel le mien soit attaché. Que toutes les mères vous bénissent comme moi.
Marceline Desbordes-Valmore.
A Charles Blanc l .
Paris, 30 juillet 1849.
Monsieur,
Une pétition a passé récemment sous vos yeux portant le nom de M. Alfred Vernet, qui sollicite la copie, au Louvre, d'un tableau de sainteté.
Monsieur, accordez-moi le droit de joindre ma prière à celle du jeune peintre qui vous demande son avenir, peut-être. L'avenir d'un artiste dépend souvent d'un encouragement, d'une bonne parole qui relève l'âme, et vous savez le prix de
J. Frère de Louis Blanc. Directeur des Beaux-Arts sous la seconde République.
ces choses par l'usage fréquent que vous en faites. J'ai à vous remercier pour une jeune orpheline que vous avez honorablement protégée et sauvegardée, par le travail, du triste abandon où la mort de sa mère l'a laissée. Ma nouvelle prière est donc toute mêlée de reconnaissance. Hélas! Monsieur, je ne peux vous la témoigner qu'en sollicitant votre bonté; votre justice aussi pour d'autres infortunes dont je suis le bien humble guide vers vous.
Tout ce que je connais de M. Alfred Vernet, c'est son talent, la distinction de son caractère, l'anxiété de sa position, son dénuement absolu de protection. Tout cela justifie peut-être la hardiesse de ma gratitude, qui veut s'accroître d'une grâce nouvelle de vous, Monsieur; ne le pensez-vous pas?
Quand je me suis présentée à vous j'étais sous l'appui d'un grand nom, d'un nom glorieux et cher, devenu d'autant plus sacré qu'il a reçu la sanction du malheur, si l'on peut appeler malheur le noble exil de Louis Blanc. Où puis -je prendre un passeport plus puissant pour arriver à son frère et lui redire ma profonde estime?
M ne Desbordes-Valmore.
JH
A Prévost-Paradol '.
[Paris] 15 août 1849.
Je t'embrasse au nom de ta mère, qui te protège et que tu secondes si bien! Mon fils est revenu tout couronné de ton laurier. J'en ai pleuré de joie. Il t'ouvre l'avenir, mon cher enfant. Je t'y vois comme elle souhaitait de t'y voir, comme nous t'y rêvions ensemble dans nos rêves de femmes. Tu me paies ainsi de toutes les larmes que je donne encore à ta charmante mère.
Merci, Anatole, je t'aime bien!
Marceline Desbordes-Valmore.
4. Prévost-Paradol, dont on se rappelle le grand talent et la fin lamentable, Tenait de remporter, au concours général, le prix d'honneur de philosophie. Madame Desbordes-Valmore l'avait en quelque sorte vu naître, car elle était l'intime amie de sa mère, madame Paradol, l'une des plus remarquables tragédiennes de la Comédie-Française, morte prématurément le 3 novembre 1843, à l'âge de quarante-cinq ans. Elle-même racontait ainsi cette mort à son autre amie madame B ranch u, la célèbre cantatrice, dans une lettre du 14 janvier 1844 :
« Je n'ai pas eu le courage de te parler de notre
pauvre Paradol. J'avais peur de jeter trop de tristesse au milieu de cette entrevue si rapide, et j'avais évité de l'apprendre cette triste nouvelle à l'époque où elle nous a frappés. Elle s'est éteinte sans le savoir, comme un enfant s'endort, comme tous les bons cœurs devraient cesser de battre. Ce n'est pas, le croirais-tu? la terrible maladie du
A Victor Hugo.
[Paris] 10 décembre 1849.
Monsieur,
Je sais tout ce que tente votre sollicitude pour nous rendre la vie respirable, et c'est dans tous les mondes que j'en emporterai la reconnaissance. La demande que voire signature devait rendre si puissante est renvoyée au ministère de l'instruction publique par le ministère de l'intérieur, désolé de n'avoir rien pour Valmore dans les bureaux des théâtres ou des
cancer qui l'a tuée; cette plaie ne la faisait pas encore souffrir; mais elle était, dit son médecin, menacée d'en éprouver avant peu des douleurs atroces si elle ne s'était pas éteinte, consumée d'une maladie de poitrine, d'une phtisie qui l'a réduite à l'état de la plus affreuse maigreur. Son caractère ne s'est pas démenti; malgré l'extrême faiblesse, elle était toujours gaie et forte de coeur! Son amie, madame Rey, ne Ta pas quittée un moment, ni son bon mari, inconsolable aujourd'hui. Ses deux enfants sont bien placés et soignes; ils sont beaux comme elle. J'ignore encore si la Comédie-Française fera quelque chose peur ces chers orphelins. Hélas ! j'en doute presque autant que je le désire. Voilà, chère aimée, tout ce que je peux te dire sur cette bonne et charmante femme, qui a passé près de quinze mois sur son lit de douleurs!... Cet événement m'a fait bien mal, et je ne t'en aurais pas déchirée si tu ne me l'avais demandé toi- môme. Que Dieu la reçoive et la fasse vivre éternellement après un si triste passage en ce monde!... »
beaux-arts. Les coups se succèdent et les jours tristes sont longs.
Partout où vous serez, je suis sûre au moins d'un appui. Etendez-le-moi dans ce moment, Monsieur, là où vous régnez comme dans votre maison, à l'Académie française, là où Ton me dit d'oser envoyer cet humble livre des Mères, que voici sur vos genoux avec l'un de vos chers enfants '.
Je n'ajoute rien à l'aveu de cette étrange espérance; on me l'a inspirée, et je m'y livre à force de malheur, car, vraiment, ce n'est pas à force d'orgueil! sinon de l'intérêt dont vous honorez la plus humble des femmes.
Marceline Desbordes- Valmore.
Au docteur Veyne.
[Paris] 5 mai 1850.
Toujours des prières après des actions de grâces, bon docteur! i
J'ai perdu l'autre jour l'occasion de vous expliquer moi-même le sérieux service que j'ai
1. Les vers de madame Ûesbordes-Valmore laissèrent indifférente l'Académie, qui, chose étrange, ne lui accorda plus tard qu'une récompense pour un volume de prose.
à vous demander. Comme il est pressant et que vous ne faites jamais attendre les vôtres, si vous ne pouvez venir vous appuyer une heure à l'humble table, lisez cette lettre d'un neveu que j'aime *, dont je suis la marraine et que j'ai fait pauvre comme moi en lui donnant mon humble nom pour talisman. Je lui ai glissé aussi, sans le vouloir, au baptême, la mélancolie qui coulait alors dans mon jeune cœur, déjà! Enfin, il est triste de famille, lout brave petit militaire qu'il soit devenu. Otez-lui ces fantaisies noires, cher bon docteur. Ordonnezlui l'indolence des enfants et défendez-lui de chanter la romance qu'il chante à ravir, mais qui noie l'àme du chanteur dans une mélancolie que je sais.
11 craint de ne pouvoir bien payer assez vos conseils, car il est reconnaissant et fier. Hélas! s'il savait comment je les paie, moi qui les estime cotnme des consolations célestes!
Au revoir! je bénis la maison où vous êtes, et tout ce qui vous la rend aimable.
Votre plus attachée
Marceline Desb.-Valmore.
i. Alfred, fils de sa sœur atnée Cécile Desbordes.
A M. Dubois J .
[Paris] juillet 1850.
Monsieur et bien cher compatriote,
Je sais tout ce que je dois de reconnaissance à vos soins pour mon cher frère invalide, et si mes actions de grâce ne se sont élevées qu'entre Dieu et moi, elles n'ont pas été moins vives. J'ai eu le cœur affreusement serré de la maladie grave de mon pauvre Félix, et d'autant plus que je suis tenue à mon humble maison par d'autres devoirs qui prennent tous mes jours et mes veilles. Je suis, vulgairement parlant, le chien de garde du ménage, et si éprouvée par le sort depuis quatre ans que c'est à force de vigilance et de travail que je parviens à maintenir l'ordre et à en venir honorablement à bout.
Tout ce que mon frère me dit de vous, Monsieur, tout ce que m'affirment ceux qui ont le bonheur de vous connaître, a mêlé bien de la
1. Économe de l'hospice de la ville de Douai, où il veillait avec une sollicitude touchante sur Félix Desbordes, frère de Marceline, que la maladie avait forcé d'entrer dans cet établissement, dernier asile de son existence orageuse.
consolation dans mes tristesses sur mon frère, et en dernier lieu j'ai prié M. Emile Dupont, qu'un bon hasard nous a ramené, de vous conjurer de joindre aux efforts de bonté que vous faites pour me conserver mon cher frère tout ce que vous croirez utile dans l'intérêt de sa santé. Je vous tiendrai compte fidèlement des frais en dehors de tout ce qu'il doit à l'établissement généreux qui abrite son infortune. C'est moi-même, sur mon petit travail de plume, qui paierai avec joie ce que vous avancerez pour mon pauvre ami, le premier de ma vie, Monsieur, et le dernier, car, malgré tout, il n'y a pas de lien plus fort à travers les vicissitudes de ce monde.
Veuillez agréer mes vœux bien sentis et l'expression de ma profonde estime.
Marceline Desbordes- Valmore.
Au même.
[Paris] 28 mai 1851, 10 heures du matin.
Cher Monsieur,
A travers l'arrachement de mon cœur, qui est bien près de vous à cette heure, je vous réponds. Je vous conjure, ne cessez pas d'être
vous-même; agissez pour moi, devinez-moi 1 .
Vous savez l'immense tendresâe qui m'animait pour mon pauvre frère... qui m'anime! non!
rien ne change... Faites ce qu'il faut faire pour honorer mon cher et malheureux soldat. Je vous tiendrai compte de tout, en frais matériels, et ma reconnaissance profonde par-dessus. Mon père, notre excellent père, est reposé à Sain ou Sin... Je voudrais bien que Félix en fût près, comme il me le demande dans mon âme. Tout sera payé par moi. Veillez sur mes pauvres lettres, si tristes et si tendres, sur ses papiers à lui, et vous me les garderez, vous, Monsieur, qui savez que je souffre beaucoup et que je vois beaucoup souffrir. J'ai bu cette mort goutte à goutte; je le sentais souffrir, sans être avertie pourtant. Ses dernières lettres me serraient. Elles étaient comme plus désolées, et mon indigence à moi m'a garrottée sur place. Vous n'imaginez pas nos gênes présentes... 11 ne les a que trop devinées, ne voyant pas venir mes caresses de sœur, et ce chagrin-là l'aura tué!...
C'est le second anneau de mon cœur qui se brise depuis huit mois. Je lui ai caché la mort