Depuis la mort de sa fille Ondine
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brave colonel, mutilé, retraité dans un village. Elle irait à l'étranger, à Londres, en Allemagne, en Chine, pour utiliser ses jeunes jours laborieux. Elle peut enseigner sérieusement tout ce qu'elle sait, mais pas de musique, pas de langue étrangère. Si vous pouvez la fourrer à Paris ou quelque autre part, ce sera une belle action de plus. Vous n'en avez pas besoin pour être la meilleure des femmes, mais elle en a besoin pour abriter son jeune âge et ne pas pleurer de vivre. Elle est gentille comme un cœur.
Je vous aime avec le mien dans quelque état qu'il soit, et je me demande quelquefois si je pourrai jamais vous le prouver.
Votre plus attachée
A F.-V. Raspail 1 .
[Paris] 6 juillet 1855.
J'ai donc attendu de posséder un volume entier avant de vous dire tout ce que j'ai dans le cœur de reconnaissance et d'admiration pour vous, cher absent.
1. Raspail, sorti de prison depuis quinze mois environ, habitait alors Boitsfort, près de Bruxelles, où il était allé se fixer.
Ne suis-je pas, en effet, maintenant plus prisonnière que vous, puisque vous avez du moins le travail, la patience et la force? Dieu merci pour tous. Et moi, je n'ai plus rien. Ma volonté de vous écrire se prosterne tous les jours dans mon abattement qui s'accroît, tandis que les orages n'ont fait que vous grandir. Je sais pourtant que vous avez beaucoup souffert; aussi vous ai-je mis de moitié dans toutes les larmes que Dieu m'a envoyées.
J'ai pensé que vous avez voulu m'envoyer aussi des consolations par la saine lecture de ce beau livre plein de lumières, et vous avez bien agi, comme vous agissez toujours. Si mes lèvres sont fermées par la tristesse, mon pauvre esprit devine toujours ce qu'il y a de plus adorable même que le génie, la bonté! Oui, vous êtes bon entre tous les hommes, et vous ne leur avez fait que du bien. Cette idée me pénètre d'une grande tendresse pour celui qui vous a fait ainsi afin qu'on se rappelle de lui dans les plus profonds désespoirs. D y en a de bien longs, mais pas plus que votre piété pour eux. Aussi je vous aime bien et je vous le dis, quoique vous le sachiez comme moi, comme votre intelligent Camille, dont la sainte mère a fait l'un de vos plus vivants portraits. J'ai quelquefois
demandé du secours à ce grand cœur, si courageux et si simple, et j'ai vécu plus que vous ne pensez avec ce modèle pur des femmes.
Mais elle ne m'a laissé que ma tendresse pour elle, et pas du tout la force tranquille qu'elle tenait de vous, charmant stoïque!
Quand je vous verrai (oui, quand je vous verrai; puisque je viens de l'écrire comme par instinct, c'est bon signe!...), je vous parlerai de mon voyage aux colonies, quand elles étaient ravagées de la fièvre jaune, si semblable au choléra. De tous ceux qui s'étaient embarqués en France avec nous, j'ai été sauvée seule avec un grand monsieur qui venait, comme moi, d'être vacciné. Cette circonstance n'a été remarquée par personne, mais elle m'a frappée en entendant parler l'autre jour du vaccin comme préservatif du choléra. On nous a prodigué aussi le camphre et le rhum, dont, tout enfant que j'étais, on me faisait boire tous les jours. Une idée de cette nature n'a pu me revenir sans penser à vous en faire part.
Nous serrons vos mains dans les nôtres et nous demandons à Dieu de nous rapprocher de vous.
Votre amie, Marceline Desbord es- Valmore.
354 M MB DESBORDES-VALMORE.
A Madame Adèle Desloge 1 .
[Paris] 12 juillet 1855.
Quelle bonne pensée de m'écrire, bonne et bien aimée Madame! Avez-vous compris combien il est triste et froid de passer dans la rue de Vaugirard, ce qui m'est arrivé trois fois, sans vous y sentir assise, travaillant et rêvant près de vos fleurs? Je vois que vous n'avez pas changé de place pour rêver plus gaiment au milieu du moins du bonheur des autres, ce qui vous tiendrait lieu de tous ceux que vous avez perdus. Votre pauvre et noble cœur puiserait ainsi la vie à celle des autres, ce que je tâche de faire en regardant les heureux... Ils sont rares! Nous sommes trois à vous deviner, chacune à notre manière et dans le même sentiment. Henriette, que j'ose appeler Henriette, à part tout mon respect pour ses vertus, tant elle y mêle de candeur naïve qui la rapproche des
1. Compatriote de madame Desbordes-Valmore, auteur d'un recueil de poésies, les Abeilles, pleines de sentiment et de raison tendre. Se trouvait à Douai, leur vilte natale à toutes deux, lorsque madame Desbordes-Valmore lui adressait cette lettre, où elle employait quelques expressions flamandes.
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enfants et qui force quelquefois à la gronder, comme on les gronde, pour les embrasser mieux; elle vous plaint donc dans toute la plénitude de son cœur de regarder souffrir, elle qui est tuée de charité. Madame Derains, sous son manteau de courage si souvent trempé de larmes, ne ressent pas moins vivement, je vous jure, la mélancolie grave de votre voyage. Et moi, je prie Dieu de vous bénir dans ce pèlerinage à Notre-Dame des Affligés. J'y suis allée étant enfant, avec mon pauvre père. Hélas ! j'y vais toujours, seulement ce n'est pas à la même chapelle, le long des fleurs et de l'eau la plus claire que j'aie vue de mes jours, l'eau de Flandre, enfin. On peut en boire sans le « Buvezen, chère petite No' Dame » d'alors, pour vous rafraîchir l'âme. Et en pensant à moi qui en ai gardé la soif, je ne peux me retenir de pleurer, en pensant à tout ce qui m'en éloigne pour toujours! Non, vraiment, je ne reverrai plus mon pays... qu'après, et libre de m'emporter à ma mode 1 , où je n'ai jamais pu retourner auparavant l
Comme c'est gai, ce que je vous réponds!
Vous aurez bientôt une lettre de madame Fa-