Journal de Paris, 22 novembre
quelques années auparavant par Aubin. Voici en quels termes annonçaient celle représentation gramme des spectacles : « I ordinaires de l'empereur donnen le Prisonnier et LisOeth. M 116 I n'a pas encore paru sur ce thé par le rôle de Rosine dans le par celui de Lisbelh. » Dans 1 ces deux pièces, elle avait po Elleviou, Chenard, Moreau, S madame Crétu; dans la secon avec Chenard , Solié , Paul , mesdames Gontier, Pingenet ca Gavaudan. Deux jours après, < second début dans la Jeune PrucL et elle continuait ensuite de jou
n.,, nAVIM , nin "aiif An or» tAnnnt ai
« M IU Desbordes, qui débuta hier dans le Prisonnier et dans Lisbeth, ne nous dédommagera pas de la perte de M me S 1 - Aubin; mais elle en remplira les rôles d'une manière satisfaisante pour toutes le;s personnes qui n'ont pas yu cette inimitable actrice. Sa voix n'a pas une grande étendue, le timbre en est un peu voilé; mais son chant a de la grâce et de l'expression. Elle est d'une foible complexion, et les traits de sa figure manquent de régularité; mais sa physionomie douce et mélancolique inspire d'abord de l'intérêt. Celte jeune personne paroit d'ailleurs sentir tout ce qu'elle dit. Sa diction est pure; ses inflexions sont justes et variées ; ses gestes ont de l'aisance et de la simplicité; en un mol elle a tout ce qu'il faut pour devenir actrice. Reste à savoir si ses moyens physiques répondront à la chaleur de son âme dans ce qu'on appelle les rôles forts, c'est-à-dire dans le grand pathétique. Il seroit permis d'en douter. Quoi qu'il en soit, M Ilc Desbordes a été favorablement accueillie et a obtenu beaucoup de succès. »
De cet article, il faut retenir les derniers mots : € M Uo Desbordes a obtenu beaucoup de succès ». Ce succès fut très grand en effet, et le
vers, mais ils sont enthousiasl une idée de l'impression qu' jeune artiste, que l'auteur ne < de comparer à madame Sait) lante étoile de l'Opéra-Comi seulement quelques-uns, poui cier le ton :
Même après Saint-Aubin tu sai
On la désire, et tu nous as ch
Oui, tel est l'arrêt du parler
Desbordes, Saint- Aubin, objets t
Paraîtront tour à tour avec de n
Tu nous dois le bonheur dans p Et le début heureux que tu fais Des beaux jours qu'il promet es
Mais ce n'était pas le publ était charmé par la jeune
Spontini, qui commençait alors sa carrière, n'hésita pas à lui confier le rôle principal d'une pièce qu'il allait donner : Julie ou le Pot de fleurs, qu'elle joua * avec Elleviou, Chenard, Solié et Allaire. Et sans doute il fut bien inspiré, car voici comment, en rendant compte de la première représentation, le Journal des Débats (15 mars 1805) parlait de mademoiselle Desbordes :
« Les deux rôles sont parfaitement joués, l'officier par Elleviou, dont on connaît la vivacité et les grâces; la nièce par M ,,e Desbordes, dont je ne connaissais pas encore le talent.
Cette débutante m'avait échappé, et ne méritait pas une pareille indifférence. Après M 11- Mars, il n'y a point à Paris d'ingénuité qu'elle n'égale ou ne surpasse; elle n'est pas niaise comme il arrive quelquefois aux innocentes des autres théâtres, elle n'est que franche et naïve; l'accent juste, vrai, une excellente tenue, beaucoup" d'aisance, de simplicité, de naturel; que de bonnes qualités presque enfouies à ce théâtre! Car M ne Desbordes joue et débite très bien, mais elle ne chante pas ; elle n'a point de voix ; il faudra que les musiciens renoncent en sa faveur à leur science, à leur harmonie; que
l'orchestre s'humilie ou s'anéantisse : on lui composera exprès des demi-vaudevilles qui seront bien plus agréables que ces grands airs, aussi fatigants pour les auditeurs que pour les cantatrices. »
On voit quels éloges sont donnés à la comédienne. Le critique lui reproche, à la vérité, le peu de volume de sa voix. Un autre nous dira tout à l'heure qu'elle rachetait ce défaut involontaire par sa manière de chanter, et les musiciens étaient évidemment de cet avis, Grétry entre autres, qui la choisit pour remplir le rôle de Zirzabelle dans une reprise d'un de ses plus adorables chefs-d'œuvre, le Tableau parlant. Elle avait déjà pris pied dans le répertoirç en jouant successivement le Traité nul, le Calife de Bagdad, Camille ou le Souterrain, lorsqu'il fut question de cette reprise, à laquelle le théâtre donnait une grande importance. Grétry, après l'avoir entendue dans sa Lisbeth, l'avait si bien prise en amitié- qu'il s'était chargé lui-môme de lui donner des leçons de chant et de compléter son éducation musicale; une tradition de famille veut même que,* aussi touché des qualités et de la modestie de la femme que du talent et des grâces de
fi
l'artiste, il Tait à cette époque recueillie chez lui, où elle fit aussi la joie de sa femme, sa Jeannette, qui ne s'attacha pas moins vivement à la jeune Marceline *. Le vieux maître, qui l'appelait familièrement « sa fille », fut récompensé des soins qu'il lui prodiguait par le brillant succès que son élève obtint dans le Tableau parlant, aux côtés mêmes de madame Saint-Aubin, qui jouait le rôle de Colombine. On se rendra compte de ce succès par ces lignes du Journal de Paris :
« ... Quant à M lla Desbordes, si nous la gardons pour la dernière, c'est qu'elle mérite réellement un chapitre à part. Beaucoup de gens affectent de la déprécier, surtout devant ses anciennes, à qui, par malheur, elle porte ombrage; et c'est particulièrement le défaut de voix qu'ils lui reprochent ; mais si l'on vouloit être de bonne foi, on conviendroit que sa voix, si foibie selon ces messieurs, a toute la force requise pour le genre de rôles auquel cette actrice se destine; qu'à défaut de poumons, elle fait un usage très heureux de son goût
1. Hippolyte Valmore m'écrivait à ce sujet : « Oui, ma mère a vécu sous le toit de Grétry, peut-être un an, peutêtre plus. Elle y était traitée par le grand musicien et par Jeannette Grétry, sa femme, comme leur propre fille. »
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naturel; qu'elle chante avec beaucoup de pureté et d'expression, et que d'ailleurs elle est, après M me S'-Aubin, la meilleure comédienne de la troupe, ce qui n'est pas un petit avantage. Le grand succès qu'elle a obtenu dans cette jolie ariette où il ne faut pas être moins actrice que cantatrice : Tiens, ma reine, etc., est une bonne preuve de ce que nous avançons. »
Nous voici loin des réserves un peu froides de la première heure. Cette fois, la jeune artiste avait eu raison de toutes les préventions. Il faut dire aussi que, par cette nouvelle épreuve, elle donnait un témoignage remarquable de la souplesse et de la flexibilité de son talent. Dans Lisbeth elle avait obtenu un succès de larmes; ici, dans cette parade si curieuse et si amusante du Tableau parlant, c'était l'esprit, la grâce et la gaieté qui l'emportaient en elle. Bientôt elle se montra, toujours de la façon la plus heureuse, dans divers autres ouvrages du répertoire et de genres différents : V Amoureux de quinze ans, l'Habit du chevalier de Grammonl, un Quart d'heure de silence, Alexis ou V Erreur d'un bon père, le Petit Matelot, une Heure de mariage. Puis elle créa un petit opéra de Jadin, le Grand-Père (14 octobre 1805), et fut appelée à sauver un autre petit ouvrage de
Kreutzer, les Surprises, où elle remplaça, dès la seconde représentation, une artiste, mademoiselle Jaspin, qui en avait compromis le succès par son insuffisance '.
Si j'ai un peu insisté sur ces commencements de la carrière théâtrale de Marceline, c'est que les écrivains qui se sont occupés d'elle ou l'ont passée sous silence, ou l'ont à peine effleurée. Or, il n'est pas inutile de faire remarquer que, tout en étant le poète exquis que l'on sait, Marceline eût pu devenir l'une des premières comédiennes de son temps et jouir peut-être, sous ce rapport, d'une renommée égale à celle qu'elle sut acquérir d'autre part. La comparaison que l'on faisait de son talent avec celui de mademoiselle Mars est suffisamment significative, et si les circonstances ne l'avaient pas conduite à s'éloigner de Paris pendant de longues années, elle y eût conquis certainement une grande situation. Le
I. Du 5 juillet au 2 septembre 4805, pendant près de deux mois, l'Opéra-Comique avait fermé ses portes pour réparations urgentes à faire à la salle. Marceline en avait profité pour aller renouer connaissance avec le public de Lille et donner sur le théâtre de cette ville cinq représentations qui lui valurent un grand succès. Elle joua ainsi, le 22 juillet, Lisbeth et le Prisonnier; le 25 et le 26, Adèle et Dorsan et une Heure de mcoHage; le 28, une Heure de mariage seulement; enfin, le 30, Paul et Virginie,
séjour qu'elle fit plus tard à l'Odéon et les succès qu'elle y obtint contribuent à donner une idée singulièrement avantageuse de ses rares facultés scéniques.
Les plus grands artistes, d'ailleurs, s'intéressaient à elle. On Ta vu par l'exemple de Grétry. Garât lui-rnème, le célèbre chanteur Garât, la coqueluche du public parisien,
s'offrit à lui donner des leçons, qui furent
acceptées avec joie, comme on pense. Son avenir semblait donc s'annoncer brillant à l'Opéra-Comique, où elle venait d'être reçue sociétaire, lorsque tout à coup elle prit le parti de quitter Paris et de renoncer non au théâtre, mais au chant. Pour quelle — ou quelles raisons? Peut-être est-ce un peu difficile à démêler et à dire. Je vais essayer pourtant.
Alors que déjà elle était âgée, madame Desbordes-Valmore répondant à Sainte-Beuve, qui, ne cessant de s'occuper d'elle, lui avait demandé quelques renseignements sur son enfance et sa jeunesse, lui écrivait ceci :
«... C'est alors que le théâtre m'offrit (à son retour de la Guadeloupe) une sorte de refuge. On m'apprit à chanter; je tâchai de devenir
gaie, mais j'étais mieux dans les rôles de mélancolie et de passion. C'est tout à peu près de mon sort. Je vivais souvent seule par goût. On m'appela au théâtre Feydeau. Tout m'y promettait un avenir brillant; à seize ans, j'étais sociétaire sans l'avoir demandé ni espéré. Mais ma faible part se réduisait alors à quatre-vingts francs par mois, et je luttais contre une indigence qui n'est pas à décrire. Je fus forcée de sacrifier l'avenir au présent, et, dans l'intérêt de mon père, je retournai en province. A vingt ans, des peines profondes m'obligèrent de renoncer au chant, parce que ma voix me faisait pleurer; mais la musique roulait dans ma tète malade, et une mesure toujours égale arrangeait mes idées, à l'insu de ma réflexion. Je fus forcée de les écrire, pour me délivrer de ce frappement fiévreux, et l'on me dit que c'était une élégie l . M. Alibert, qui soignait ma santé devenue fort frêle, me conseilla d'écrire, comme un moyen de guérison, n'en connaissant pas d'autre... »
Non seulement ces lignes sont fécondes en renseignements, mais elles mènent, au sujet de
1. Une tradition de famille veut que cette élégie soit celle qui est intitulée le Pressentiment.
elle dit, en parlant de son se Comique : « A seize ans, j'éU Ceci est manifestement inexac celine avait dix-huit ans et d< début à ce théâtre, le 29 décer elle plus dans la stricte vc attribue uniquement à la situa la laissait cette qualité de soci tion qu'elle prit de retourne Sans vouloir infirmer ce qu'ell je croirais volontiers qu'un ai sant aussi, vint se joindre à ce gager à s'éloigner de Paris. '.
dans ses propres paroles que la raison de l'opinion que j'exj « à vingt ans, dit-elle, des p( m'obligèrent de renoncer au c
mo \rr\i v m a faicoit nlûnrar « /
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souvent traduit les sensations et les troubles dans des strophes superbes, pleines d'émotion et tout empreintes d'une passion brûlante?
Mon front, que l'ennui décolore, Doit se pencher sans ornement.
Du sort qui m'enchantait la fatale inconstance
De ma jeunesse a flétri l'espérance; Un orage a courbe le rameau délicat Et mes vingt ans passeront sans éclat.
Et cet amour, c'est bien ici, à Paris, qu'elle le ressentit ; il n'y a place là pour aucun doute, puisqu'elle-même nous l'apprend; c'est le grand Alibert, alors l'un des médecins de l'Opéra- Comique, Alibert, devenu plus tard l'un de ses amis les plus dévoués et de ses plus grands admirateurs, qui, pour apaiser ses souffrances à ce sujet, l'engagea à transcrire les vers qui semblaient naitre d'eux-mêmes dans son cerveau. Et d'elle encore nous apprenons ce fait curieux, que c'est la musique qui, par une action physique, détermina en elle cette éclosion de la poésie : « la musique roulait dans ma tête malade, et une mesure toujours égale arrangeait mes idées ». Ainsi, le rythme musical engendrait le rythme poétique.
Il me semble bien résulter de tout ceci, d'une part, que la passion qu'elle ressentit alors et
dont elle souffrit si cruellement dut certainement influer sur la résolution que prit Marceline de quitter Paris et l'Opéra-Comique, « sa voix la faisant pleurer » ; de l'autre, que nous connaissons ainsi la date exacte de l'époque où elle devint véritablement poète. C'est à vingt ans, dit-elle, que des peines profondes l'obligèrent à renoncer au chant; c'est pour remédier à ses souffrances qu'Alibert lui conseilla d'écrire; c'est enfin le premier amour, cause de ces peines et de ces souffrances, qui lui inspira des vers dignes d'elle et du génie dont elle était inconsciente. Tout cela concorde, on le voit, et les constatations que j'établis ici, et qui ne me semblent pas sans intérêt, ne laissent pas que de jeter quelque lumière sur cette époque, restée jusqu'à ce jour un peu obscure, de l'existence de Marceline f .
1. Dans la notice placée en tête de sa publication récente d'une série de lettres de madame Desbordes-Valmore, M. Benjamin Rivière, bibliothécaire de la ville de Douai, a fait une révélation importante, en portant à la connaissance du public un fait resté jusqu'à ce jour ignoré. Je veux parler de l'existence d'un enfant mort en bas âge, fruit évident de ce premier amour de Marceline Desbordes et dont la naissance paraît devoir être placée aux environs de 1810. Il ne m'appartient pas de rechercher si M. Rivière a eu tort ou raison de dévoiler le fait, dont le
retentissement a été grand dans la presse et qui a donné lieu, en ce qui concerne la personnalité du père de cet enfant, à une foule de suppositions plus ou moins ingé-
J'ajouterai que c'est avant que cet amour, si puissant en son cœur, lui fit connaître l'amertume et les douleurs de l'abandon, qu'elle commença à se livrer sérieusement à la poésie, puisque celui qui en était l'objet, celui qu'à vingt ans elle aima, et qu'elle ne nomma jamais, lui avait donné des avis et des conseils sur la forme de ses vers. (Je laisse de côté ses essais tout juvéniles, tels que ceux relatifs à Monvel.) C'est toujours elle qui nous l'apprend, cette fois dans une lettre adressée beaucoup plus tard à un autre poète, à Antoine de Latour, en réponse à de légers et très amicaux reproches littéraires de celui-ci :
« ... J'aurais adoré, lui disait-elle, l'étude des poètes et de la poésie; il a fallu me contenter d'y rêver comme à tous les biens de ce monde... Je ne vois âme qui vive de ce monde littéraire qui forme le goût, qui épure le langage. Je suis mon seul juge, et, n'ayant rien appris, comment me garantir? Une fois en ma vie, mais pas longtemps, un homme d'un talent
nieuses, suppositions qui n'ont amené d'ailleurs et ne pouvaient amener aucun résultat. Lors de la première publication de ce travail, je m'étais abstenu de toute espèce d'allusion sur ce sujet. 11 ne me convient pas d'en parler davantage aujourd'hui, mais je ne pouvais me dispenser de le mentionner ici, maintenant qu'il est connu de tous.
immense m'a un peu aimée, jusque-là de me signaler, dans les vers que je commençais à rassembler, des incorreclions et des hardiesses dont je ne me doutais pas. Mais cette affection clairvoyante et courageuse n'a fait que traverser ma vie, envolée de côté et d'autre. Je n'ai plus rien appris, et, vous le dirai-je? monsieur, plus désiré de rien apprendre. Je monte et je finis comme je peux une existence où je parle bien plus souvent à Dieu qu'au monde... »
Mais — il faut toujours en revenir là — si jusqu'alors Marceline avait aligné des rimes, si elle s'était efforcée de traduire ses sensations, ses sentiments, en vers plus ou moins sonores, plus ou moins harmonieux, c'est le déchirement seul de son cœur qui en arracha ces accents d'une poésie vibrante, pathétique, enflammée, toujours empreints d'une émotion intense, qui devaient plus tard exciter l'admiration et lui valoir une renommée impérissable.
Il est probable que c'est à Pâques 1806 (Pâques était alors pour tous les théâtres, soit de Paris, soit des départements, l'époque du renouvellement des engagements) que Marceline quitta l'Opéra-Comique pour retourner en province. On la voit jouer encore assez fré-
quemment à ce théâtre en janvier; puis elle disparait peu à peu du répertoire, et bientôt il n'est absolument plus question d'elle. Ce qui est certain, c'est qu'au cours de cette année 1806 elle retourna à Rouen, où, revenant de Paris et forte des succès qu'elle y avait obtenus, elle fut reçue sans doute avec plus de faveur encore que par le passé. Ce second séjour à Rouen, où cette fois, ayant renoncé au chant, elle ne jouait plus que la comédie proprement dite, me serait attesté, s'il en était besoin, par plusieurs lettres de Grétry, que je trouve dans la correspondance, et que le grand homme lui adressait en cette ville, « poste restante ». Il y avait entre les deux un petit débat dont j'ignore les causes, et qui amenait de la part du vieux maître quelques petits reproches dont son affection pour Marceline ne se ressentait d'ailleurs en aucune façon, comme on va le voir.
Voici la première de ces lettres :
« 26 octobre 1806.
» Si je vous fais l'honneur de vous répondre, mademoiselle! doutez-vous que si j'eusse reçu votre lettre ou vos lettres, je ne vous eusse pas répondu tout de suite? Vous avez eu bobo à la tète, vous avez rêvé que vous m'écriviez; ce
UVl> A\* WVUVV VU Itrvajk •»«V*a *' Vit »»
reste ; je n'aime les répétitions en amitié, et nous pouvons, coi ployer mieux notre temps. J'ai madame Grétry : « Mademoisel essuyé quelque maladie grave *.
m'a tiré de peine : encore une f< plus. Vous pouvez être fière, m fille, de ce que je prends à vous vous devez vous croire obligée < au moins la bonne année partou Tout le bien que je vous souhai et mes sentiments pour vous se » Adieu, chère amie, je voi tout mon cœur, et de même à Ta Je quitte l'ermitage dans quatre Grétry est un peu mieux.
Trois semaines après, et à
« 20 novembre 1806.
» N'ètes-vous pas bien sûre que je vous aime, mademoiselle, et pourquoi osez-vous en douter? Ne m'avez-vous pas vu assez longtemps pour savoir combien je suis sincère dans mes sentiments? Oui, je vous aime et vous respecte comme un ange; ainsi soyez tranquille et ne me cherchez plus querelle. J'ai brûlé votre lettre; ainsi, quand vous m'en écrirez une autre, qu'elle soit faite de manière que je puisse la garder.
» Adieu, petite boudeuse, je vous embrasse cent fois de toute mon âme.
» Grétry. »
Au renouvellement de Tannée, Marceline envoie ses souhaits à son vieux maître, qui lui répond ainsi; Grétry, dans cette nouvelle lettre, ne paraît pas savoir au juste si, à Rouen, elle joue la comédie; le fait est certain néanmoins :
« Paris, 2 janvier 1807.
» Voilà une lettre, ça; aussi je la garderai pour me souvenir de mon aimable amie. Vous ne me dites pas si vous êtes fixée et si vous jouez la comédie à Rouen. Je le voudrais; c'est un pays où vous êtes aimée, comme partout où vous montrez votre petite mine sentimentale.
Nous venons de donner le Huron, qui a essuyé un échec; il s'était cependant reposé assez longtemps *... Par respect pour le talent d'Elleviou, qui a été charmant, et peut-être pour moi, on a témoigné dans la salle plus de chagrin que de mécontentement. J'ai dit aux comédiens : « Il faut encore que le Huron se repose; je vous en prie *. Mais on dit que les jolies femmes de Paris veulent revoir Elleviou en sauvage. Je ne sais ce qui en sera. On parle du Magnifique. Remerciez M. Granger pour les soins qu'il donne à mes vieilleries. Si j'avais quinze ans de moins, j'irais vous embrasser et vous aider à remonter mes opéras.
» Je me porte très bien du reste; je suis revenu (sic) jeune depuis quô je me suis fait vieux tout à fait. Ecrivez-moi plus qu'à la nouvel an (sic), ma chère fille, vous risqueriez de ne pas savoir où adresser vos lettres. Adieu, mon petit ange; je vous embrasse de tout mon
cœur.
» Grétry. »
Après une année passée à Rouen, Marceline part pour Bruxelles, où elle est engagée et où
1. Le Huron était le premier ouvrage que Grétry avait fait représenter à Paris. Son apparition à la Comédie- Italienne remontait au 20 août 1169.
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pendant longtemps elle remportera d'éclatants suecès. C'est là qu'elle apprend la mort de madame Grétry, coup terrible pour le vieil artiste, qui avait déjà perdu ses deux filles et qui adorait « sa Jeannette ». Elle éprouve elle-même un vif chagrin de la perte de cette excellente femme, qui avait été pour elle pleine de bontés, et elle écrit au vieux maître, pour lui faire part de ses sentiments. Grétry lui envoie, en réponse, ces quelques lignes touchantes :
• Paris, 13 mai 1807.
» Oui, mademoiselle et bonne amie, je crois à vos sentiments pour moi ; vous ressentez une partie de mes maux; ils sont affreux, et je suis certain que je ne retrouverai le repos que dans la tombe. Je parts (sic) pour la campagne; des amis veulent bien m'y suivre ; mais que trouverai-je là? Jeannette, toujours Jeannette, qui ne me répondra plus !
» Adieu, chère bonne amie, je vous embrasse
de tout mon cœur.
» Grétry. »
On voit quelles relations affectueuses et tendres, paternelles d'un côté, respectueuses de l'autre, s'étaient établies entre l'illustre
compositeur et la jeune artiste que l'avenir destinait à devenir un poète illustre. Tout me porte à croire que la correspondance échangée entre eux ne s'arrêta pas là, Grétry n'étant mort que quelques années plus tard, en 1813; mais je n'en ai pas trouvé d'autres traces dans les papiers de madame Desbordes-Valmore. Et malheureusement, je n'ai découvert non plus aucun vestige de ses propres lettres au vieux maître, de celles auxquelles celui-ci répondait avec tant d'abandon.
Au surplus, me voici arrivé au terme de la tâche que j'avais entreprise. Mon désir, je l'ai dit, était de retracer uniquement les jeunes années, jusqu'ici bien peu connues, de Marceline Desbordes, tous ceux qui se sont occupés d'elle ne l'ayant prise que plus avant dans la vie, et n'ayant envisagé en elle que la femme et le poète. Il me semble que cette physionomie d'enfant et de jeune fille, douce et fière à la fois, si chaste, si courageuse et si pure, ne peut que compléter heureusement l'ensemble du portrait que quelques-uns ont entrepris et que Sainte-Beuve a peint d'un pinceau si admirable.
Et puisque je parle de portrait, je ne saurais mieux terminer qu'en reproduisant ici celui
que traçait d'elle un jour, d'une plume si délicate et si fidèle, un de ses biographes les mieux inspirés, M. Auguste Desportes : — « C'était une de ces figures qu'on n'oublie point : un profil d'une grande pureté', des yeux bleus, de beaux cheveux blonds ; quelque chose des races du Nord, des nobles filles de l'Ecosse et du ciel d'Ossian. Dieu avait mis sur son front le sceau visible du génie poétique et toutes les tristesses de l'âme. Son regard était doux et bon, sa voix ravissante. Dans son langage, dans son air, dans ses manières, une rare et constante distinction. Elle était frêle, pâle, semblait souffrante, et nous n'avons connu personne à qui l'on pût appliquer plus justement qu'à elle ces mots de madame Victorine de Ghastenay : « Elle avait l'air d'une âme qui avait rencontré par hasard un corps et qui s'en tirait comme elle pouvait l . »
1. La ville de Douai est justement fi ère d'avoir donné le jour à Marceline Desbordes-Valmore et n'a cessé, depuis sa mort, de rendre à sa mémoire les hommages dont elle était digne. Dès 1859 le conseil municipal, sur la proposition du maire, décidait que le buste en marbre de madame Desbordes-Valmore serait exécuté aux frais de la ville pour être placé dans le musée communal; en mars 1862, un quai de Douai recevait le nom quai Desbordes; au mois d'avril 1877, la municipalité faisait placer sur la maison qui porte le n° 36 de la rue de Valenciennes une plaque commémorative en marbre avec cette inscription en lettres d'or : Ici est née le 20 juin 4786 Marceline Des-
bordes-Valmore; enfin, le 13 juillet 1896 on inaugurait une belle stalue du poète, due à un sculpteur douaisien, M Ho ussin, statue qui avait figuré précédemment au Salon du Champ de Mars.
Ceux qui veulent bien connaître madame Desbordes- Val more doivent surtout lire, avec le livre de Sainte-Beuve, dont l'éloge est inutile» l'excellente notice placée par M. Auguste Lacaussade en tête de l'édition des Œuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore (Lemerre, 1886, 3 vol. in- 16), ainsi que les notes d'Hippolyte Valmore fils qui terminent le second volume de cette édition, et enfin la brochure de M. H. Corne, ancien député du Nord : la Vie et les Œuvres de madame Desbordes-Valmore (Hachette, 1876, in-12), qui donne le texte de deux conférences faites & Douai par l'auteur.
DB
On a publié déjà de nombreuses lettres de madame Desbordes- Valmore . Sainte- Beuve, avec son goût exquis, en avait donné des extraits pleins d'intérêt et caractéristiques de cette âme tendre, aimante et singulièrement mélancolique. Depuis lors, et tout récemment, un recueil contenant près de trois cents lettres a été livré au public. Mais celles-ci, à quelques exceptions près toutes adressées aux membres de sa famille, ne donnent, malgré l'attention qu'elles excitent, qu'une note un peu restreinte et un peu uniforme. Or, madame Desbordes- Valmore était poète, elle avait été comédienne, donnant ici des preuves d'un talent au-dessus de l'ordinaire : elle était donc deux fois artiste, et il n'était pas sans intérêt de la montrer sous
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ce rapport. D'autre part, comme, tout en vivant très retirée, elle excitait chez les écrivains ses contemporains des sympathies très vives et une non moins vive admiration, elle s'est trouvée, au moins par écrit, en relations avec quelques-uns d'entre eux, et Ton peut croire que cette partie de sa correspondance n'est pas indigne d'être connue. On en jugera dans les lettres réunies ci-après, qui caractérisent et complètent à ce point de vue sa physionomie si attachante, si intéressante et si curieuse.
Ce n'est pas l'écrivain proprement dit, bien qu'il ne soit pas sans attrait, qu'il faut chercher dans les lettres de madame Desbordes-Valmore, c'est la femme; et quand je dis la femme, je comprends à la fois l'épouse, la mère, la sœur et l'amie. En écrivant à ses proches, à ses amis, à ses « aimés », comme elle disait, même à ses confrères en poésie, elle ne cherchait pas à faire de phrases et s'occupait peu de polir son style, restant en quelque sorte indifférente à la toilette de sa pensée. On peut même relever chez elle certaines incorrections de forme, certaines impropriétés de termes qu'il lui eût été certainement facile de corriger, si elle eût montré quelque prétention et si elle
n'avait pas toujours écrit au courant de la plume. Mais ce qui est charmant, c'est justement ce négligé, c'est cette grâce naturelle, cet abandon qu'on remarque dans ses lettres, où d'ailleurs, comme dans ses vers, elle a, fûtce au prix d'une irrégularité ou d'une incorrection, des tournures de phrase et des bonheurs d'expression qui sont de véritables trouvailles. Sous ce seul rapport, sa correspondance mériterait un vif intérêt. Elle a parfois des idées étranges, mais qu'elle rend d'une façon singulièrement expressive, comme lorsque, parlant de sa fille, elle écrit à une amie : — « Un petit berceau me retient au logis d'Ondine, heureusement délivrée (et moi aussi!). Vous saurez, quelque jour combien on est enceinte de V enfant de ses enfants*. » Ce qu'elle cherche précisément, ou plutôt ce qu'elle trouve sans le chercher, et tout naturellement, c'est l'expression exacte de sa pensée à l'aide d'une image qui la rend en quelque sorte visible. Comme quand elle dit : — « Tant de petits incidents viennent d'accabler ma tête, qu'elle se penche et se fend comme un épi trop plein f * ; ou bien : — « On étouffe de malheur à Paris; la foule monte sur