‹ La jeunesse de MontalembertChapitre 2 sur 5 · M LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

M LA JEUNESSE

" Debout devant lui, sont les représentants de la nation, qui attendent en silence la proclamation de ses volontés : une noblesse nombreuse et toute militaire éclipse entièrement le petit nombre des députés du clergé, de la bourgeoisie et des paysans. Bientôt, un jeune homme, que l'on reconnaît, à sa couronne gothique et à son manteau royal, pour l'héritier du trône, se lève et parle à la nation au nom de son père, car le monarque ne parle ni ne comprend la langue du peuple qui l'a élu ; puis le grand maréchal de la noblesse, le primat de Suède et les orateurs des bourgeois et des paysans viennent tour à-tour baiser la main royale et prodiguer des éloges et des flatteries à leur souverain, sans obtenir un seul sourire ou un regard moins indifférent. Enfin, la noblesse défile, en sortant, devant le trône ; on voit les chefs d^s plus grandes iamilles, les Brahe, les Oxenstierna, les Stemback, les Lewenhaupt, les descendants de ces hommes qui ont, un moment effrayé l'Europe et qui ont tant de fois

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changé la face de leur patrie, se courber humblement devant le soldat étranger qu'ils se sont donné pour maître ; et le monarque, ne daignant pas admettre les autres ordres au même honneur, se lève de son trône et sort de l'assemblée, sans avoir prononcé une seule parole."

Il étudie, du reste, avec intérêt les institutions politiques du pays, le jeu des partis et les travaux de la Diète. Il trouve, pour cette étude, un guide précieux dans la personne du baron d'Anskarsward, chef de l'opposition constitutionnelle, qui l'honore de sa bienveillance et dont il devra écrire : " On l'a toujours vu sur la brèche, quand il s'est agi de défendre les libertés ou l'honneur de la Suède, soutenir avec une rare éloquence une lutte qui ne lui offrait pas la plus faible perspective de succès, et s'associer, autant par ses écrits que par ses discours, aux intérêts méconnus et oubliés qu'il s'est chargé de revendiquer1."

Revue française, février 1830.

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Presque en même temps, il fait une connaissance des plus précieuses pour son isolement et la direction de ses études philosophiques. C'est un jeune prêtre allemand, l'abbé Studach, aumônier de la princesse royale, plus tard vicaire apostolique de Suède, qui lui révèle l'existence de la nouvelle école philosophique de Munich, dont les chefs, Schelling, Zimmer. Baader, aspirant à la foi par la science, s'efforcent d'expliquer la religion par la philosophie et donnent, dans leur système, une large place à l'esthétique. Ce programme a vite séduit l'âme enthousiaste du jeune philosophe, qui s'est rebuté, malgré les pressantes" exhortations de Cousin, des subtiles abstractions et de la terminologie abstruse de Kant. " Il met ses intérêts philosophiques entre les mains de son nouvel ami," et travaille à gagner l'adhésion de Rio et de Cornudet à des maîtres pour lesquels il proclame sa sympathie en ces paroles d'une chaleur émue : " Je ne sais quelle sympathie extraordinaire il y a eu entre

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les nobles efforts qui ont signalé l'apparition des chefs de cette école dans le monde scientifique et mes faibles débats contre l'influence contraire de mes maîtres et de mes camarades ; comme moi, ils ont commencé par la religion et ont pris pour base de leurs recherches une foi inébranlable ; comme moi, ils ont senti qu'un dogmatisme déplacé et ignorant ne suffisait pas pour convaincre et réfuter une génération éprise de raisonnement et de science, et ils ont été puiser, dans la science même, des arguments en faveur de la foi ; comme moi, ils ont été tourmentés par des doutes, des convictions diverses et contradictoires, et ils en ont triomphé ; comme moi, enfin, ils ont éfé méconnus et insultés, ils le sont même encore par ceux qui prêchent la tolérance et une liberté absolue de conscience1."

Rio, plus enthousiaste, se laisse gagner. Cornudet, plus posé et plus sagace, résiste et se retranche dans l'éclectisme de Cousin ; il raille le " système aristocratique ' de

1 Lettre à Lemnrcis, 12 décembre 18 28.

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