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second prix de discours français au grand concours ‘”
Deux ans plus tard, non plus au collège, mais dans sa famille, au sein d’une ville aussi féconde en distractions légères et séduisantes que Paris, voici l'emploi de son temps : ‘“ La matinée, depuis sept heures un quart, est consacrée au droit, qu'il étudie avec Saint-Laumer, et à l'histoire de France, qu'il travaille avec Cornudet. De midi à deux heures un quart, leçon d'économie politique avec d’Herbelot, ou de philosophie allemande avec Rio; de deux heures un quart à trois heures, lecture de journaux. Rentré chez lui, Charles se plonge dans l'histoire du droit et reçoit ses visites jusqu'au dîner. Vers neuf heures, il quitte le salon, pour lire un chapitre de la Bible, écrire son ÿ'ournal, faire ses extraits, continuer ses travaux sur l'Irlande et la Suède et entretenir sa correspondance. Ces occupations le mènent très avant dans la nuit,
l Foisset, ouvrage cité, p. 58.
LA JEUNESSE en dépit des ordres et des plaintes de sa mère. Quelquefois, Cornudet vient veiller avec son ami, pour l'empêcher de dormir.
À ce moment, jamais Charles ne sort le soir ; le théâtre et le spectacle ne l'attirent point : ‘ Une fois seulement. dit-il, jai dérogé pour entendre La Malibran. et cela dans un de ses plus mauvais rôles ”...
Montalembert s’acharne à son règlement.
S'il y manque par hasard, c'est une désolation, et il semble que tout soit perdu. En plus de ces travaux réguliers, Charles s’en impose d’extraordinaires. Le droit ne lui sufht point, il aborde même la médecine :
‘“ J'ai commencé mes études anatomiques
avec Rio, écrit-il, c'est-à-dire que j'ai été avec lui au cabinet de médecine.... J'y retournerai trois fois la semaine.... Dans
quelque temps, viendra la dissection. Vous
voyez que je donne dans l'horreur.
En même temps, il fournit des articles remarqués à la Xevue française et au Cor-
l Lecanuet, Correspondant, 10 janvier 1895, pp. 9 et 10.
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respondant. Pour se délasser, il suit les erands cours universitaires de l'époque, écoute et apprécie tour à tour les professeurs célèbres qui ont nom Guizot, Michelet, Cousin, Jouffroy et Villemain. Celui.
ci, un jour qu'il s’est permis, dans son cours,
d'égayer son auditoire aux dépens de.
Dante, de sa barbe rousse, des croyances superstitieuses du peuple à son endroit, etc., lui arrache cette parole d'indignation, écrite à Lemarcis : “En vérité, ce ton goguenard de votre ami, en parlant de l'apparition de l'épopée chrétienne sur la scène du monde, aurait mérité deux bons soufflets |!”
[Il aborde même l'intimité de quelquesuns des grands hommes du jour. De Cousin, en particulier, ‘“ fils d’une blanchisseuse, né dans un grenier et élevé dans le ruisseau, et pourtant étonnament aristocrate, libéral, ayant souffert pour ses iaées et prêchant à son jeune ami le libéralisme, “pour nous débarrasser, dit-il, de Ja canaille libérale,” — “ le penseur le plus causeur de l'Europe,” qui le tient sous le charme, pendant des
heures entières chaque semaine, tantôt l'invitant à respecter la charte, ‘‘ son idéal et son idole, comme une vierge de quinze ans,” tantôt lui donnant sur l’éloquence politique des conseils tels que celui-ci : ‘“ Elle ne doit être ni poétique ni esthétique. En France, tout est prose, tout est bon sens, et tant mieux ;” un jour, lui disant : ‘ A votre place, j'entreprendrais une monographie de Pitt et la vie de quelque docteur du moyen âge, par exemple, de saint Bonaventure.” Une autre fois, il le gagne, “ par sa manière si caressante,” à traduire pour lui cent pages de la Critique de la raison pratique, de Kant.
Les historiens et les poètes l'attirent à l’égal des philosophes. Il voit fréquemment Michelet. Il rencontre Sainte-Beuve, dont les œuvres, Ÿoseph Delorme et les Consolaions “le ravissent au troisième ciel,” et “il lui adresse, du fond du cœur, des remerciements pour ses vers.” Il est reçu chez Alfred de Vigny, qu'il appelle “le plus aimable et le moins prétentieux de nos génies modernes.”
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Il assiste, ravi, aux fréquentes lectures que Lamartine fait de ses vers chez la comtesse de Narbonne, un jour même chez son père, où, après avoir entendu ses belles Strophes du Souvenir des Morts, il s'écrie :
“Voilà vraiment le génie! Ah! si je n'ai pas été doté comme les fils du Génie, si je ne puis charmer comme eux la postérité, au moins j'ai respiré comme eux quelque chose de cet enthousiasme, de ce sublime amour du beau qui vaut peut-être mieux que la gloire elle-même.”
Mais il admire surtout V. Hugo, que la jeune école littéraire saluait alors comme l'émancipateur de la poésie moderne et le père d’une nouvelle charte littéraire : ‘ Oui, je suis enthousiasmé, écrit-il à Lemarcis, ’ non pas que je ne lui reconnaisse de nombreux défauts, et surtout celui de systématiser son style et d’avoir beaucoup trop d'indulgence et d'amour pour sa pensée, souvent capricieuse et baroque ; mais quelle
| 27 février 1830.
verve, quel sentiment vraiment poétique, surtout quelle profondeur de sentiment moral.”
Il le visite fréquemment et reçoit de lui le plus cordial accueil, l’entretenant longuement. Un jour, après une discussion assez vive sur le catholicisme, que le “ poëte s'obstine à reg2rder comme une forme passagère du christianisme éternel”, 1l le con.
traint finalement à avouer que ‘toute l'histoire moderne était à refaire au profit du catholicisme.”
I] est piquant de rapprocher le souvenir de ces entretiens et de ces discussions intimes du grand débat de l'Assemblée Législative, le 19 octobre 1849, où l'orateur catholique, après une triomphante réplique à un discours malheureux et déplacé du poëte, trop complètement gagné déjà aux idées révolutionnaires, jetait, avant de finir, ce superbe cri d'amour chrétien, resté inoubliable dans les fastes parlementaires de ce siècle :
“ Quand un homme est condamné à
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lutter contre une femme, si cette femme n'est pas la dernière des créatures, elle peut le braver impunément.: Elle lui dit :
“ Frappez, mais vous vous déshonorerez, et vous ne me vaincrez pas.” Eh bien!
l'Eglise n'est pas une femme, elle est bien plus qu'une femme, c'est une mère! C'est une mère, c'est la mère de l'Europe, c'est la mère de l'humanité moderne. On a beau être un fils dénaturé, un fils révolté, un fils ingrat, on reste toujours fils, et il vient un moment, dans toute lutte contre l'Eglise, où cette lutte parricide devient insupportable au genre humain, et où celui qui l'a engagée tombe accablé, anéanti, soit par la défaite, soit par la réprobation unanime de l'humanité.”
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Il ne faut pas croire que ces habitudes de travail acharné, de préoccupations sérieuses et élevées et de délassements distingués fussent le privilège de la vie de Montalembert, au collège ou à Paris seule-
ment. Les voyages même étaient pour lui une source d'observations et d'études nouvelles, aussi abondantes, aussi fructueuses que ses études sédentaires.
À dix-huit ans, à sa sortie de Sainte- Barbe, un ordre de son père, ministre de France à Stockholm, l'avait appellé auprès de lui. Ce lui fut une très grande épreuve.
Se séparer de ses amis, Rio, Cornudet, Lemarcis, confidents de ses pensées, de ses espérances et de ses découragements ; s'éloigner de l'abbé Busson. le directeur intelligent et vigoureux de ces äernières années ; de Cousin, qui commençait alors à lui témoigner cette grande affection dont je vous rappelais tout à l'heure les précieux témoignages; abandonner Paris, ce foyer intense de la vie intellectuelle, de la renaissance littéraire, qui commençait à captiver ses facultés, c'était pour ce jeune homme, dont vous connaissez maintenant les facultés élevées et les goûts distingués, un incom-
parable sacrifice.
Il s'en ouvre franchement à son ami Le-
ETES IERES