‹ La jeunesse de Montalembert [microforme]Chapitre 4 sur 7 · ST RE ART AR · texte numérisé non relu

ST RE ART AR

marcis : “ J'ai tant travaillé, tant aimé. pendant ces derniers neuf mois, que mon cœur et mon esprit s'effraient également de leur oisiveté future.... Ma mère me parle de voyages à Pétersbourg et en Norvège. Je voudrais, pour ma part, que la Scandinavie et la Sarmatie fussent encore au pouvoir des Huns et des Goths inhospitaliers. On ne pourrait pas alors y aller #erdre sa jeunesse.”

Certes, il ne l'y perdit point.

Ji avait, pour cela, les veux, les oreilles, l'esprit trop ouverts, le cœur trop chaud, l'âm : trop ardente.

Le spectacle nouveau que lui découvrent les pays qu'il traverse, l'intéresse au plus haut point.

Bruxelles, “ ville délicieuse,” avec ses maisons vieilles et ses boulevards nouveaux ; — la Belgique wallone, ‘“ française

de langue, de cœur, de religion ” ; — la

Hollande, “ avec ses routes étroites et couvertes de gazon, ses innombrables canaux, ses champs et ses maisons environnés d’eau

32 LA JLUNESSE

et de marais, ses mâts de navire paraissant au milieu des arbres et des toits, ses Hollandaises lavant leurs maisons, à l'extérieur, depuis le matin jusqu’au soir ”, et son su:

perbe musée d'Amsterdam où ‘“ le coloris et l'expression des figures sont admirables, mais les femmes y sont toutes masquées, -faute sans doute de beaux modèles :” Hambourg et ses environs superbes ;— le Holstein, beau de sa profusion de lacs et de forêts “ mais gâté par le despotisme du roi de Danemark, qui méconnait ses anciennes constitutions et écrase le peuple d'impôts ; ”’-- Copenhague, “superbe.

triste et froide,” où il visite la bibliothèque en compagnie d'un illustre philologue. M.

Rask, qui sait 23 langues sans savoir le français ;—-la Baltique, ‘ sans flux ni reflux, aux ondes d'une couleur noire très prononcée, aux îles parsemées de villages, de clochers, de moulins, de forêts qui descendent jusqu'au bord de la mer, d'arbres superbes qui semblent sortir du sein des flots ; la Suède, enfin, de Gothenbourg à Stock-

sant Holeur, | SU:

loris bles,

1ées,

hoïm, avec ses immenses rochers, entièrement dépouillés ou couverts de pins, ses vertes prairies, ses fameuses cataractes de Trolhactta ” :--telle est la série de tableaux qu'il esquisse d'un crayon toujours alerte et juste, entreméêlant sa description du regret des amis absents, de la messe du dimanche, qu'il n'a entendue de trois semaines, “ privation, dit-il, qui lui fait cruellement sentir l'amertume de son exil,” et lui rappelle ‘avec une tristesse mêlée de joie, ces délicieux saluts de Sainte-Geneviève, ces communions Où l'amitié venait au secours de la piété, et cette dernière matinée où, agenouillés devant le même autel,” ils avaient prié, lui et Cornudet, “l'un avec l'autre et l’un pour l’autre.”

À Stockholm, il ne tarde pas à organiser sa vie d'étuile et de travail. Il y est depuis quinze jours à peine et déjà peut écrire à Cornudet : ® Je travaille six à sept heures par jour. ce qui est bien différent des 15 heures de Sainte-Barbe..., Le

matin jusqu’au déjeuner, et le soir, depuis

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neuf heures jusqu'à minuit, je travaille fort à mon aise. Le matin, je m'occupe de Kant, que j'étudie avec ardeur et dont les commencements ne sont pas difficiles; le soir. J'étudie en détail l'histoire du Nord ; l'après-midi, je réserve le temps que je puis attraper à la lecture de quelques poésies et romans allemands et à des études statistiques et politiques. Tout cela est peu suivi, peu réglé, cher et bon ami; je ne me sens pas cette énergie, cet amour du travail dont le seul souvenir a consacré à mes yeux la cellule étroite de Sainte-Barbe.

D'ailleurs, je sens bien, comme tu me l'as dit vingt fois, que l’on ne travaille pas bien seul, c'est-à-dire quand, après l'étude, on ne trouve personne à qui l'on puisse rendre compte des résultats de ses lectures et

communiquer ses émotions ”

Et telle est la vivacité de cette impression qu'il écrit, dans la même lettre : “Je tâche surtout de me familiariser avec l’idée de la mort; persuadé,comme je le suis,que ma vie ne sera qu'une longue suite de désappointements. ”

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Le milieu, du reste, lui déplait absolument. ‘“ Le peuple suédois, écrit-il ailleurs, est parvenu au dernier degré de la dégradation. Je n'ai pas, aujourd'hui, le temps de te prouver cette assertion; je te dirai seulement que je ne pense pas qu'il y ait de peuple où l'ivrognerie et la débauche soient plus en honneur, autant dans les hautes que dans les basses classes, .., Les Suédois se disent les Français du Nord, et n'offrent qu'une pâle imitation des vices et de la dépravation de la France au roesiècle.

I n'y a dans leur dépravation rien de séduisant, comme dans celle des peuples du Midi. Üne ivrognerie révoltante a changé les basses classes en une population énervée et dépérissante.... Quant aux hautes classes, elles sont dévorées par un amour effréné du luxe, qui contraste étrangement avec leur pauvreté.... Les femmes sont presque toutes divorcées, car le divorce s'accorde ici avec une facilité remarquable : ul faut seulement préler serment d'avoir été coupable d'adultèrz ; et c'est à quoi personne

ne répugne. Ici, la sensibilité et l’enthousiasme ne sont que des ridicules; point de sentiments généreux, point d'élans du cœur :

tout est froid, tout est calculé, jusqu'à la débauche ”....

Il fuit la cour et la haute société de Stockholm : ‘ Je vais et j'irai heureusement très peu dans le monde, et, après une lutte vigoureuse, J'ai obtenu de ne pas être présenté à la cour, si ce n'est comme simple bourgeois et en visite du matin. Ce dernier point est de la plus haute importance; car. ici, On nous invite si souvent à la cour qu'on n'y tient plus'.”

Aussi, il promène dans les salons de Stockholm, où il est forcé de paraître, un air grave, ennuyé et distrait. Une femme distinguée d'esprit et de cœur, avec qui il devra bientôt se lier de solide amitié, la comtesse d'Ugpglas, le trouve ‘“pédant et altier” ; et, autour de, lui il entend qu'on

se moque de lui, de ses théories et de ses

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l Lettre à Cornudet, 20 cctobre 182",

chouit de œur :

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DE MONTALEMBERT. 37 doctrines, qu'on murmureles mots de “olobiste, doctrinaire, jeunesse présomptueuse et ardente, folle, eic.”

Son impression de la famille royale, celle de Bernadotte, est plaisante : “ Hier, écrit-il, ma mère m'a mené en bourgeois et sans cérémonie au Château où j'ai eu l'ineffable honneur d'être présenté à Sa Majesté Charles x1v, Jean, roi de Suède et de Norwève, des Goths et des Vandales, et à son auguste épouse, Bernardine-Eugénie- Désirée. Le roi a fort bonne tournure et un air extrêmement jeune, malgré ses soixante-quatre ans. C'est certainement celui de nos soldats de fortune qui a l'air le plus distingué. En parlant, il a un accent gascon très désagréable. IT descend, en effet, d’un avocat de Pau. Quant à la reine, c'est une très bonne femme et sans prétentions, mais une des femmes les plus communes qu'il soit possible de voir. Elle est fille d'un négociant de Marseille, Clary.”-—- À Ja suite d'une autre audience, où iül accompagnait son père, Montalembert s'in-

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digne contre le jacobin couronné qui a laissé échapper cet aveu de son despotisme: “Ah! si j'étais roi de France, avec 1200 millions et 303,000 hommes, je me moquerais bien de vos chambres !” et il ajoute avec beaïcoup de justesse : “ La Suède est vraiment à plaindre d'avoir détrôné la race antique de ses rois, pour aller prendre un parvenu, qui épouse avec acharnement tous les vieux préjugés de l'oligarchie.” Cette impression se produira plus tard, dans toute sa force, au cours d'un article qu'il publia, en février 1830, dans la Revue française, sur la Liberté constitutionnelle en Suède, et où il décrit ainsi l'ouverture de la Diîte, à Stockholm :

“ Figurez-vous, au fond d'une salle immense et sous un dais magnifique, un trône d'argent massif, présent fait à Christine par un de ses amants, Lagardie. Figu-

rez-VOUS, sur ce trône, revêtu d’un manteau royal et la couronne de Gustave Wasa sur la tête, un sergent français, né au pied des Pyrénées, que la République nourrit de

qui à potis- avec e me et il ir dé-

r aller achar- )ligara plus n artians la futiori- Juver-

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DE MONTALEMBERT, 39 sang et de victoires, et qu'une longue suite de révolutions poussa vers le Nord, pour le faire réxner sur le peuple le plus ancien de l'Europe. A ses pieds, les seigneurs du royaume et les chevaliers des Séraphins.

vêtus de l'aniique costume national, semhlent attendre sa volonté ; des cavaliers, équipés comme au temps de Gustave- Adolphe, lui servent de garde; et, autour de son trône, se tient respectueusement debout une cour nombreuse et brillante, mais où ses yeux chercheraient en vain un confident, un compatriote. Son maintien est impassible, sa figure immobile; rien ne trahit les émotions d'orgueil, de surprise et de sat sfaction qui doivent dévorer son âme ; il semble étranger à cette scène dont il est le principal acteur; seulement, quelques regards lancés, de temps en temps, vers la tribune diplomatique, semblent destinés à s'assurer qu'il y a là vingt témoins qui vont, sur le champ, envoyer aux extré-

mités de l'Europe la narration de ces pompes royales.

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“ Debout devant lui, sont les représentants de la nation, qui attendent en silence la proclamation de ses volontés : une noblesse nombreuse et toute militaire éclipse entièrement le petit nombre des députés du clergé, de la bourgeoisie et des paysans. Bientôt. un jeune homme, que l'on reconnaît, à sa couronne gothique et à son manteau royal, pour l'héritier du trône, se lève et parle à la nation au nom de son père, car le monarque ne parle ni ne comprend la langue du peuple qui l'a élu : puis le grand maréchal de l1 noblesse, le primat de Suède et les orateurs des bourgeois et des paysans viennent tour à-tour baiser la

main royale et prodiguer des éloges et des

flatteries à leur souverain, sans obtenir un | seul sourire où un regard moins indifférent.

Enfin, la noblesse défile, en sortant, devant le trône; on voit les chefs des plus grandes c familles, les Brahe, les Oxenstierna, les ( Stemback, les Lewenhaupt, les descen-

dants de ces hommes qui ont, un moment effrayé l'Europe et qui ont tant de fois

senence une taire des des que et à ‘one, son compuis imat IS et er la des r un rent.

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changé la face de leur patrie, se courber humblement devant le soldat étranger qu'ils se sont donné pour maitre ; et Île monarque, ne daignant pas admettre Îles autres ordres au même honneur, se lève de son trône et sort de l'assemblée, saris avoir prononcé une seule parole.”

Il étudie, du reste, avec intérêt les institutions politiques du pays, le jeu des partis et les travaux de la Diète. Il trouve, pour cette étude, un guide précieux dans la personne du baron d’'Anskarsward, chef de l'opposition constitutionnelle, qui l'ho nore de sa bienveillance et dont il devra écrire : * On l'a toujours vu sur la brèche, quand il s'est agi de défendre les libertés ou l'honneur de la Suède, soutenir avec une rare éloquence une lutte qui ne lui offrait pas la plus faible perspective de succès, et s associer, autant par ses écrits que par ses discours, aux intérêts méconnus et oubliés qu'il s'est chargé de revendiquer

l Revue française, février 1830.

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Presque en même temps, il fait une connaissance des plus précieuses pour son isolement et la direction de ses études philosophiques. C'est un jeune prêtre allemand, l'abbé Studach, aumônier de la princesse royale, plus tard vicaire apostolique de Suède, qui lui révèle l'existence de la nouvelle école philosophique de Munich, dont les chefs, Schelling, Zimmer. Baader, aspirant à la foi par la science, s'efforcent d'expliquer la religion par la philosophie et donnent, dans leur système, une large place à l'esthétique. Ce programme a vite séduit lâme enthousiaste du jeune philosophe, qui s'est rebuté, malgré les pressantes exhortations de Cousin, des subtiles abstractions et de la terminologie abstruse de Kant. “Il met ses intérêts philosophiques entre les mains de son nouvel ami,” et travaille à gagner l'adhésion de Rio et de Cornudet à des maîtres pour lesquels il proclame sa sympathie en ces paroles d'une chaleur émue : “ Je ne sais quelle sympathie extraordinaire il y a eu entre

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les nobles efforts qui ont signalé l'appari:tion des chefs de cette école dans le monde scientifique et mes faibles débats contre l'in fluence contraire de mes maîtres et de mes camarades ;: comme moi, ils ont commencé par la religion et ont pris pour base de leurs recherches une foi inébranlable :

comine moi, ils ont senti qu'un dogmatisme déplacé et ignorant ne suffisait pas pour convaincre ét réfuter une génération éprise de raisonnement et de science, et ils ont été puiser, dans la science même, des arguments en faveur de la foi : comme moi, il ont été tourmentés par des doutes, des convictions diverses et contradictoires, et ils en ont triomphé ; comme moi, enfin, ils ont été méconnus et insultés, ils le sont même encore par ceux qui prichent la tolérance et une liberté absolue de conscience.” Rio, plus enthousiaste, se laisse gagner.

Cornudet, plus posé et plus sagace résiste et se retranche dans l'éclectisme de Cousin;

il raille le “ système aristocratique ” de

l Lettre à Lemarcis, 12 décembre 1878.

abbé Studach, son ‘intuition pure” et met son ami en varde contre le danger d'un certain entraînement vers la contemplation mystique, à laquelle ‘“ l'incline le penchant de son imagination vers l'enthousiasme religieux.” Montalembert répond, en prouvant que l'éclectisme, acceptable comme méthode, est “absurde” et ‘“ impossible ” comme système ; il le lui prouve en plu sieurs lettres, où il justifie énergiquement ses préférences ec ses convictions et enfhn, lassé par l'obstination de son adversaire, il lui crie : ‘* Tu m'assommes avec ta philosophie. Chaque fois que j'ouvre une de tes

lettres, j'y suis sûr d'y trouver 15 pages sur 20 où il ne s'agit que du Zzz et de l'enftui; et chaque fois que je prends la plume pour t'écrire, il faut que je médite longtemps sur

mes expressions et mes idées, de peur que tu ne viennes les chicaner : car, depuis quelques temps, tu est devenu chicaneur et ergoteur au possible ; on dirait un clerc d'avoué, muni de trois années de scolastique".”

l Avril 1859,

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DE MOMTALEMBERT,.

I ne borne pas ses études à la philososophie. [aborde celle de la lingue suédoise, traduisant ses œuvres renommées en allemand, qui offre avec elle beaucoup d’analogie. Il compose une brochure à l'adresse du clergé de France, projette d'écrire une histoire constitutionnelle d: l'Europe, et commence à travailler à ceile de l'Irlande depuis 16 2, Châteaubriand en approuve l'idée et lui-même, dans une lettre à Cornudet, en indique Île caractère. “ Je n'ai pasla prétention de poser et de juger comme les historiens du dernier siècle. fe veux seulement peindre où du moins raconter. Il faut aussi que l'ouvrage sqit plus ou moins de circonstance : et je le publira! sous un titre modeste, tel que Æssar sur l'histoire d'{rlande où Ésquisses historiques.”

Il avait formé le projet de ce livre dans

l'espérance d'intéresser l'opinion publique à

la cause des catholiques irlandais, et ce fut pour lui, deux ans plus tard, une grande déception, quand le bill d'émancipation et la publication de l'histoire de Thos. Moore,

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dont il ne prévoyait pas l'apparition si prochaine, vinrent amoiïndrir l'actualité d'une œuvre qu'il avait entourée de touts Îles caresses de son esprit et de son cœur.

Si vous ajoutez aux travaux dont je viens de vous donner le rapide aperçu l'attention suivie qu'il prête au mouvement littéraire et politique de la France, sur lequel ses lettres intimes à Lemarcis et à Cornudet contiennent tant d'observations ingénieuses et profondes, vous aurez l'idée de cette vie studieuse dont tous les efforts convergeaient au but élevé qu'il s'était proposé dès son adolescence : rendre sa vie utile et féconde pour l'Eglise et pour son pays.

Ilne passa qu'une année à Stockholm Il dut en partir, au mois d'août 1629, pour accompagner en France et, éventuellement, en Îtalile, sa mère et sa sœur. celle-ci atteinte d'une maladie de langueur qui devait se terminer par la mort, à peine ren-

trée dans la patrie.

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DE MONTALEMBERT. 17 C'est ici le lieu d'ouvrir un petit chapitre, pour montrer, chez Montalembert jeune, cette sensibilité exquise et cette profondeur d'attachement que vous n'avez pu jusqu'ici qu'entrevoir par quelques citations de sa correspondance et de son journal.

Chez lui, le cœur était à la hauteur de l'esprit et traduisait en vibrations puissantes la lumière qui venait de la pensée,

Sa douleur, lorsqu'il perdit son grandpère. à l'âge de dix ans, avait été extrême.

Cinq ans plus tard, il en éprouva une presque égale, à la mort du vénérable duc de Montmorency, ‘le personnage Île plus vertueux et le plus accompli de la cour,” au témoignage de M. Foisset. qui euc pour ses quinze ans un intérêt et une affection vraiment paternels.

Son amitié pour Cornudet rappelle les plus touchantes que les poètes aient immortalisées dans leurs œuvres.

Elle dura toute sa vie, dans sa fraîcheur et sa vivacité, fortifiée par les épreuves res-

pectives de leur existence. [ls n'avaient pas

de secret l'un pour l'autre, et tendaient cons. tamment à la réalisation du même idéal de vie intelligente, laborieuse, chrétienne, utile aux grandes causes auxquelles ils avaient voué leur avenir. Ils s'encourageaient au bien : ils se soutenaient dans les défaillances de leur ardeur ; ils se signalaient leurs défauts, se reprochaïient leurs illusions et leurs erreurs. L'un était plus mûr, plus réfléchi, plus défiant de ses forces ; l’autre, plus ardent, plus impatient, plus enclin aux enthousiasmes décevants, aux abattements qui en sont le réveil et la rançon. En un mot, ils se complétaient l’un l'autre, et Montalembert pouvait dire de leur mutuelle affection : ‘“ J'ai connu toutes les douceurs de la plus pure amitié.” Il écrit, un jour, de Stockholm, à son ami: “ Désormais, je t'appellerai simplement 702 ami, parce que tu es le premier et le meilleur de mes amis, en un mot, mon ami par excellence.” Et une autre fois : “ Je ne puis trop remercier Dieu de l'amitié qui nous unit. Je trouve en elle le plus grand préservatif contre tout

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ce qui est mal. De toutes les considérAtions qui me retiennent, lorsque je pense avec trop de complaisance à des plaisirs légitimes, une des plus puissantes, sans contredit, est celie qui me montre la perte de ton estime et, maleré toi, de ta confiance. Cher ami, cette influence salutaire est un nouveau lien qui m'attache À toi : puisse telle être réciproque, si Jamais tu en sentais

]: L né CE SSItÉ su

Or, à côté de ce sentiment si profond et Si pur, son affection pour sa Jeune sœur avait pris une force égale, accentuée de l'empire du sang et de l'attrait d'une nature frêle gracieuse et charmante, L'ayant quittée enfant, “il là retrouvait d'une beauté parfaite, CHR: cœur excellent, d'un esprif vif et pénétrant." Une douce intimité s'établit rapidement entre eux, “Elle m'a promis toute confiance, disait-il, j'espère qu'elle tiendra cette douce promesse,” Aux signes de sa maladie naissante et croissante, $01

19 décembre 1828,

cœur se trouble et s'alarme : “ D'affreux pressentiments remplissent mon âme, s'écritile 17 juin 1829; depuis quatre ou cinq jours, je suis poursuivi de l'idée que cette jeune et charmante enfant est aussi une de ces émanations célestes destinées seulement à apparaître sur la terre, sans avoir le temps d'y connaître le bonheur par elles-mêmes, ni de rendre heureux ceux qui les entourent J'espère et je prie Dieu de nous épargner ce cruel châtiment; mais j'avoue que rien ne me rassure...” Et, un mois plus tard :

“ Non, tant que je verrai cette chère enfant

debout ou assise devant moi, tant que je

contemplerai son sourire mélancolique, son

regard inquiet et interrogateur, tant que je pourrai baiser son front fatioué, ses mains pâles et amaigries, je ne désespèrerai point. Mourir! Je ne puis admettre cette idée. Ce soir, je l'entendais parler suédois si bien ; cette langue, si belle par elle-même, redoublait d'harmonie sur ses lèvres. Après avoir

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Hélas ! ses pressentiments n'étaient que trop fondés! Après deux mois du voyage le plus douloureux, dont chaque étape révèle les angoisses, en affaiblissant l'espoir, sa pauvre petite sœur expire à Besançon, entre les bras de sa mère, le lendemain même de leur arrivée, et Charles écrit à Cornudet :

“ Mon ami, mon meilleur, mon bien-aimé ami, prends entre tes mains le cœur de ton ami et console-le: tout est fin. Aujourd'hui, à midi, mon Elise, ma sœur unique est montée au ciel, après une agonie de douze heures ; ses derniers instants ont été doux et paisibles ; elle s'est endormie dans le Seigneur, sans angoisses, sans efforts.

Elle est morte, elle est là, gisant sur un lit de douleur. Mon Dieu ! vous m'êtes témoin que j'achèterais par le sacrifice de ma jeu nesse encore une année de sa vie*.”

l Journal, 17 juillet 1829.

* 3 octobre 1820.

Rire

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