V. Du Rosel de Beaumanoir
Philibert Du Rosel de Beaumanoir était né le 17 avril 1715 à Montilly, dans l’élection de Vire et la généralité de Caen. Cadet au mois de mars 1732, lieutenant de milice l’année suivante, lieutenant en second au régiment de Saintonge, plus tard le 82e (1er janvier 1734), enseigne (8 septembre 1734), lieutenant en premier (1er juin 1735), lieutenant de la compagnie de grenadiers (17 mars 1743), capitaine (19 août 1743), aide-major (15 décembre 1747), il fut, après avoir fait, comme on disait, la guerre de 1733 et de 1741, c’est-à-dire les guerres de succession de Pologne et d’Autriche, nommé major le 5 juin 1748 et il remplit cette fonction durant dix ans avec une grande exactitude et application. « Bon major, écrivait-on de lui, mais qui n’est pas secondé; c’est aujourd’hui ce qu’il y a de meilleur dans le régiment de Saintonge. » Lieutenantcolonel (3 février 1758), embarqué dans l’armée de M. de Conflans en 1759 et blessé à la tète le 20 novembre de cette année sur le vaisseau le Formidable , noté de nouveau comme un officier qui « a de l’esprit » et qui « est très bien à la tête de Saintonge », il fut, après avoir passé six ans, de 1763 à 1768, avec ce régiment à Cayenne, à la Martinique, à la Guadeloupe, et obtenu le grade de brigadier (20 février 1761), promu maréchal de camp (20 avril 1768) et employé dans Pile de Corse, en résidence à Ajaccio. Le 1er janvier 1784 il recevait le brevet de lieutenant général. Il avait été nommé commandeur (26 février 1777), puis grand’eroix de l’ordre de Saint-Louis (25 août 1787). Il mourut à Caen le 16 mars 1806.
YI. Lettre de Du Rosel de Beaumanoir à Bonaparte.
(Cf. dans Coston, I, 36-41, le fragment d’une lettre antérieure de Beaumanoir au premier
consul.)
Citoyen Premier Consul,
Le citoyen Durosel Beaumanoir, ancien lieutenant général des armées françaises, grand’eroix de l’ordre de Saint-Louis, jouissant d’une pension de retraite de 18 300 livres non compris 4 000 livres sur l’ordre de Saint-Louis, réduite au maximum par l’Assemblée Constituante, laquelle, par la loi du 18 fructidor an VII, était susceptible d’être convertie en solde de retraite de 6 000 livres et avait été fixée à celte somme dans un travail du citoyen Normandie, mis depuis longtemps sous les yeux du Conseil d’Etat pour obtenir son visa. Ce travail a passé ensuite dans les mains du citoyen Defermon, directeur général de la dette publique : depuis ce temps, le citoyen Beaumanoir se trouve privé de l’espoir d’obtenir cette pension, vu qu’on n’en veut plus accorder aux militaires portés sur la liste des émigrés.
Il est affreux pour le citoyen Beaumanoir, à 1 âge de quatre-vingt-huit ans, après avoir perdu toute sa fortune par les événements de la Révolution, ayant de plus à sa charge un frère âgé de quatre-vingt-neuf ans, et très infirme, de se voir privé des seuls moyens d’existence que soixante années de service devaient lui assurer, et dans un temps où les infirmités de la vieillesse ajoutent encore
à notre détresse en nous formant de nouveaux besoins. Le citoyen Beaumanoir supplie le Premier Consul de jeter un coup d’œil sur sa position et de vouloir bien ordonner particulièrement au citoyen Defermon de lui présenter sa liquidation.
A Caen, le 22 fructidor an X de la République française.
Durosel Beaumanoir.