XXI. Documents sur Brienne
Nous n’avons sur le séjour de Napoléon à l’Ecole des Minimes, outre de très menus détails glanés de tous côtés, que deux sources essentielles, deux brochures rarissimes : 1° Sonie account of the early years of the miUtary scliool of Brienne, by M. C. II., one of his school-fellows (Londres, 1797); 2° Traits caractéristiques de la jeunesse de Bonaparte et réfutation de différentes anecdotes qui ont été publiées à ce sujet (Leipzig, 1802).
Le Some account, œuvre d’un émigré, a été traduit en français par Bourgoing sous le titre : Quelques notices sur les premières années de Bonaparte (Paris, Dupont, an VI), et cette version est généralement exacte, bien que Bourgoing se soit permis, de son propre aveu, des corrections et des additions. L’auteur aurait été, selon la préface d’une réimpression de 1814, un homme probe, sincère et judicieux. Il nous dit que sa famille était étrangère et qu'il est venu à Brienne quinze ou dix huit mois après Bonaparte. Or, il y avait à l’Ecole des Minimes un Cuming de Craigmillen, fils du capitaine des chasses du prince Xavier de Saxe : il est d’origine étrangère, il est venu à Brienne un an après Bonaparte, il avait le caractère fort doux et une conduite très régulière (cf. pièce lxxx). Mais, que Cuming ou tout autre ait composé le Some account, le récit est authentique et porte la marque de la vérité. L'émigré avait bonne mémoire : seul des biographes de Napoléon, il cite Reynaud de Monts, et non Keralio, comme l’inspecteur qui désigna Bonaparte pour l’Ecole militaire de Paris.
L’auteur des Traits caractéristiques a voulu renchérir sur l’émigré d’Angleterre qui ne parle que de Brienne, et il prétend avoir été le camarade de Napoléon et à Brienne et à Paris. Or, il n’a sûrement pas été cadet-gentilhomme à l’Ecole militaire : il nomme parmi les condisciples de Napoléon des jeunes gens comme Lauriston, Dupont, Moncey, Murat, qui ne furent jamais admis dans la compagnie. Mais il a pu faire ses études à Brienne : il mentionne le Père Patrauld et Balathier de Bragelonne; il sait ce qu’était une école royale militaire. Toutefois, il est moins intéressant, moins véridique que l’au-
NOTES ET NOTICES
teur du Some account, et il insiste trop sur les fortifications de neige et sur les pétards de la Saint-Louis; somme toute, il ne laisse pas d’inspirer la méfiance. Las Cases l’a consulté, et on croit lire le Memorial lorsqu’on lit dans les Traits caractéristiques que Keralio, a qui a écrit la Tactique, démêla le héros futur, le fit causer et dit au principal : « Aroilà un jeune homme de grande espérance ».
On trouve encore quelques minces détails dans une brochure introuvable, mais citée par le Bonapartiana. L’auteur des Traits caractéristiques s’amuse à réfuter cette brochure, et il a raison sur plusieurs points; il a tort de priser si peu le témoignage, si altéré qu’il soit, de Laugier de Bellccour.
XXI bis. Lettre du ministre de la guerre à Ch. Bonaparte.
Cette lettre est évidemment la réponse du ministre à la lettre de Charles publiée par Coston (II, 39-40); ce qui élonne de prime abord, c’est que les bureaux objectent l'âge trop avancé de Lucien; mais Charles avait dit que Lucien était dans sa neuvième année.
Fontainebleau, 17 octobre 1783.
Le Roi ayant décidé, Monsieur, par son règlement du 26 juillet dernier, que deux frères ne pouvaient être élevés en même temps dans les Ecoles militaires, la demande que vous formez en faveur de votre second fils ne serait admissible qu’autant que l’éducalion de celui qui est à Brienne serait entièrement terminée, si d’ailleurs l’âge trop avancé de cet enfant n’était déjà un obstacle invincible à la grâce que vous sollicitez pour lui.
Je suis, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.