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jaillit. Napoléon, désolé, maudissant sa maladresse, embrasse son camarade : « Pardonne-moi, petitGaseon, pardonne-moi ». Toute l’école nomma dès lors Bétons le petitGaseon. En 1808, Napoléon passait a Agen. Bétous, qui commandait la garde d honneur, obtint par l’intercession de Nansouty que son fds serait admis aux pages. L’empereur parlait quelquefois au jeune Bétous. « PetitGaseon, lui disait-il un jour, ton père n a rien à me demander? — Sire, répondit le page, vous avez comble tous ses vœux en m’attachant à votre personne. » Devenu sous-lieutenant de cavalerie, le jeune Bétous disparut dans la campagne de Russie. Le vieux Bétous montrait souvent la cicatrice qu il avait au doigt : « Napoléon, remarquait-il fièrement, n’a fait pendant vingt ans de guerre qu’une seule blessure, et c’est moi qui l’ai reçue ».
Une figure singulière est celle de D’Argeavel. Fils du directeur des aides de Bar-sur-Aube, D’Argeavel servit, au sortir de Brien ne, trois années durant comme grenadier dans le régiment de Boulonnais-infanterie, puis entra dans les gardes du corps, à la compagnie de Villeroy. Mais il fit des dettes qu’il ne paya pas; il dut en 1787 quitter la compagnie, et gagna la Pologne. A son retour à Paris, sous la Révolution, il se surnomma le Sarmate, assura qu’il avait été l’aide de camp du général des armées comte Rzewuski et se qualifia de lieutenant-colonel. R connaissait le conventionnel Drouet, qui promettait de l’emmener à l’armée du Nord comme adjoint dans la nouvelle administration des charrois, lorsqu’il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire. Le 1er septembre 1793, à l’Opéra, pendant la représentation de Y Offrande à la Liberté, tandis que les acteurs défilaient autour de la statue de la déesse et chantaient le couplet : Amour sacré de la patrie, D’Argeavel, dont le cerveau était travaillé par le punch et le vin de champagne, cria halte aux comédiens et, de sa loge, cracha plusieurs fois avec affectation vers la statue. Le parterre, indigné, le hua: « A bas! h la guillotine! » D’Argeavel fut arrêté; mais il protesta qu’il avait commis une « étourderie involontaire », et les
juges l’acquittèrent. Quelques années plus tard, il se rappelait au souvenir de son ancien condisciple, qui partait pour l’Egypte, et il assure que Bonaparte le manda par un ordre particulier, le nomma membre d’une commission, lui lit à diverses reprises témoigner sa satisfaction par Bcrthier. Et, en effet, D’Argeavel créa au Caire, près de la place Ezbekieh, dans le vaste palais d’un bey fugitif, en un jardin ombragé d’orangers et coupé de rigoles, le Tivoli égyptien : les abonnés s’y réunissaient pour causer, lire et jouer; l’armée y venait aux jours de fcte et y trouvait des plaisirs de toute sorte promis par les affiches de D’Argeavel : balançoires, danses, musique militaire, illuminations, jongleurs, psylles, aimées. Ce fut D’Argeavel qui organisa, avec orchestre et rafraîchissements, le bal où Bonaparte vit et aima Mme Fourès. Depuis, il essaya de rentrer dans l’armée. Il voulait, en 1806, se rendre à Varsovie pour « reprendre son rang parmi les confédérés polonais », et il s’offrit en 1809, lorsque les Anglais débarquèrent h Flessingue. En 1813, il demandait un emploi de capitaine dans le régiment des gardes d’honneur qui se formait à Versailles; mais il avait été dans cette ville commissaire de police, et sa nomination aux gardes d’honneur aurait produit un mauvais effet. Il sollicita le commandement d’une place de troisième classe ou d’un dépôt de prisonniers de guerre; mais ses services en Pologne n’étaient pas constatés, et s’il pouvait prétendre au grade de lieutenant, et par suite à un emploi d’adjudant de place ou de secrétaire-écrivain, il manquait d’expérience et il avait depuis trop longtemps abandonné l’armée pour être de quelque utilité. D’Argeavel vécut de ses rentes et, dit-il, de la bienfaisance de Napoléon et de Murat, dont il était pensionnaire.
Mais le plus curieux personnage de cette galerie briennoise, et l’un des moins sympathiques, est Jean-Charles Bouquet, neveu d’un des Minimes. Lorsque éclata la Révolution, il était à Reims, sa ville natale, chez ses parents, et s’appliquait, dit-il, à l’étude des plantes et aux mathématiques. Volontaire
BRIENNE
au 1er bataillon de la Marne, puis lieutenant dans un bataillon Lelge, il se signala par l’ardeur de ses principes, par ses discours dans les clubs, par ses dénonciations : il dénonçait le maréchal de camp Fleury; il dénonçait, après le 10 août Lafayettc à l’Assemblée législative; il dénonçait aux Jacobins de Paris les trois généraux Ilouchard, Kilmaine et Tourville. Nommé sous-lieutenant dans un régiment d’infanterie et envoyé en Vendée, il conquit l’affection de Carrier, qui le fit -commissaire des guerres, et Bouquet, qui prétendait plus tard qu’il avait dû se défendre des fureurs de Carrier, remerciait alors le représentant avec effusion, lui conseillait de châtier impitoyablement les contre-révolutionnaires et de « se montrer féroce ». Il savait se faire des amis, s’insinuer dans leur ■confiance, exploiter leur crédit. Un instant, à l’armée du Nord, il avait obtenu, grâce à Achille Dampicrrc, fils aîné du général en chef et son camarade de Brienne, une place provisoire d’adjoint à l’état-major. Lorsqu’d écrivait à Bouchottc, il disait « bien des choses » au frère du ministre, son ancien compagnon d’armes. Dès qu’il apprit les premières victoires de son condisciple Bonaparte, il déclara que l’air salin et marécageux de la Bretagne lui devenait contraire, qu’il connaissait l’Italie, qu’il était lié d’une amitié de collège avec le général et désirait le rejoindre. Il se rendit en Lombardie, et Bonaparte l’accueillit avec faveur, le surnomma l’enfant gâté de la Révolution, le recommanda spécialement à l’ordonnateur en chef Denniée, le chargea d’approvisionner les troupes qui gardaient Vérone et Mantoue. Mais, si Bouquet déployait de l’activité, du talent, il n’avait guère de probité, et cet enfant, dit un officier, parut aussi âpre au gain qu’un homme fait. Lorsqu’il apposa les scellés au mont-de-piété de Padoue, il enleva des bijoux, des effets précieux sans nulle -vergogne, et offrit à Victor une part de son vol. Victor, indigné, signala sur-le-champ à Bonaparte cette dilapidation, qu’il qualifiait de monstrueuse; « ce commissaire, ajoutait-il, a eu l’impudence de compromettre votre épouse en disant -que ce dont il s’emparait était destiné pour elle ». Arreté, tra-
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duit devant un conseil de guerre, convaincu, Bouquet fut condamné à cinq ans de fers. Il interjeta appel : le conseil de révision de la Lombardie cassa la sentence, et un second conseil militaire, qui siégeait à Milan, acquitta Bouquet : sur sept membres, trois le jugèrent innocent. Relâché selon la loi et renvoyé à Paris, au ministre, qui lui permit de rentrer dans ses foyers, il redemanda du service. Mais on annonçait de Reims et de Cliûlons qu’il n’avait rien pendant la Révolution et qu’il possédait actuellement des propriétés considérables . Le ministre le mit au traitement de réforme. Bouquet s’obstina. Il écrivit à Bonaparte qu’il avait besoin d’un emploi pour exister et faire exister son oncle; il en appelait à Bonaparte, juste et impartial; il voulait, disait-il, le forcer à tel prix que ce fut d’oublier une grande faute; il le priait de n’ètre pas inexorable, de le placer en Egypte ou dans le fond de la Vendée. A deux reprises il crut avoir trouvé l’occasion de fléchir Bonaparte. Il organisa le 21 août 1800 le banquet des anciens élèves de Brienne, y glorifia le 18 brumaire, « aurore d’un beau jour », et dans sa harangue, comme dans le Précis de la réunion qui vante la chaleur et le feu du jeune Bouquet, dépeignit sa disgrâce : « Vous, Bourrienne, s’écriait-il, fixez vos regards sur ceux de vos condisciples que le malheur et un sort aveugle n’ont cessé de poursuivre, sur ceux que quelques erreurs passagères et des persécutions tiennent dans une inaction qui tue et dessèche les âmes les plus fortes! » Il était alors surveillant au collège de Compiègne, où son oncle était professeur et Louis Berton, directeur. Le 25 juin 1801, Bonaparte venait avec Joséphine déjeuner chez Berton. Au lieu de se cacher, Bouquet s’élance vers la voiture et offre la main à la femme du premier consul. Bonaparte le chasse. Mais Bouquet ne se rebuta point. Il se plaignit au ministre, réclama sa place de commissaire des guerres ou un brevet d’officier dans les troupes légères à cheval. Le ministre répondit qu’il était impossible de le réemployer. Par trois fois, Bouquet revint à la charge. Privé de son traitement de réforme parce qu il n avait pas le nombre légal d’années de service, il assu-