‹ La jeunesse de Napoléon (volume 3)Chapitre 15 sur 86 · LE « SOUPER DE BEAUC.VIRE · texte numérisé non relu

LE « SOUPER DE BEAUC.VIRE

cette réflexion : « Voilà que le comité général de Marseille nous ordonne de nous replier sur la Durance. «Dans le même instant le bruit se répandit que l’armée allait se replier sur la Durance; tout le monde courut au bac de Barbentane.

« L’armée départementale, conclut Michel, au lieu de poursuivre sa victoire, alla délibérer, et délibéra sa retraite. »

Ouvrons les Mémoires de Doppet : il dit que la résistance des Avignonnais fut vigoureuse et qu’ils tuèrent du monde aux conventionnels, mais qu’à l’activité de Carteaux et à la fermeté de ses troupes les ennemis finirent par n’opposer que la fuite qu’il leur fut d’autant plus facile cl’exécuter que la ville n’était pas entièrement cernée.

Lisons la lettre où Dommartin, qui commandait l’artillerie, retrace à sa mère « les faits véritables » : il écrit que les défenseurs d’Avignon avaient beaucoup plus de canons et, dans le nombre, des pièces de 24 et de 18, qu’il envoya quelques bombes avec une pièce de 8 démontée qu’on ne pouvait autrement employer, qu’on dut après un feu continu de plusieurs heures faire retraite en assez bon ordre, mais que la garnison, affaiblie et craignant un second assaut, quitta la ville.

Résumons la relation de Carteaux. 11 attaque le 25 juillet, dès une heure du matin, les quatre portes d’Avignon du Rhône à la Durance. Mais, ajoute le général, les fédéralistes lui répondent par un feu très vif et très soutenu cl’artillerie et de mousqueterie, et Carteaux, après avoir consulté tous les chefs, juge impossible de forcer avec ses pièces de 4 des postes aussi bien gardés. A dix heures du matin, les troupes ont regagné leur camp. A quatre heures de l’après-midi, une députation d’Avignon vient annoncer que les portes sont ouvertes, que les habitants attendent l’armée conventionnelle avec impatience, que les Marseillais ont évacué la ville dans le plus grand désordre. A neuf heures du soir, Carteaux entre au milieu des acclamations du peuple dans Avignon illuminé.

Analysons les lettres des représentants Rovère et Albitte. Rovère écrit le 24 juillet qu’Avignon est presque entièrement cerné, que Villeneuve appartient aux républicains, qu’il

ne reste aux Marseillais qu’une seule issue, le bac de Barbentane, et, quelques jours plus tard, il rapporte que Carteaux, bien qu’avec des forces inférieures et une moins bonne artillerie, assaillit Avignon le 25, de très grand matin, non pour enlever la ville, mais pour attirer les assiégés hors des murs, et que, dans la soirée, les rebelles, effrayés par cette petite attaque, ont repassé précipitamment la Durance. Quant à Albitte, il rappelle dans un mémoire postérieur que l’artillerie ne put battre en brèche Avignon, que les portes résistèrent aux petits boulets des républicains, que les rebelles disposaient de pièces de 18 et de 24 qui balayaient les environs et qu’ils avaient les moyens de faire repentir l’armée conventionnelle de son audace, mais que cette attaque plus vigoureuse que réfléchie les épouvanta : « Ils n’étaient pas aussi sûrs de leur conscience que de notre courage. »

Invoquons enfin le témoignage de Napoléon. Que dit-il dans le Souper de Beaucaire? S’il n’était pas présent1, s’il se trouvait sans doute le 25 juillet assez loin d’Avignon et du Pontet, il n’ignore pas ce qui s’est passé dans cette journée. Il raconte que la petite armée de Carteaux, composée de 4 000 hommes, « n’a fait aucune attaque en forme », qu’elle a « voltigé » autour de la place et tenté de pénétrer en attachant des pétards aux portes, qu’elle a lâché quelques volées, et « essavé la contenance de la garnison », qu elle s’est retirée dans son camp, et qu’une attaque était combinée pour la nuit d’après, lorsque les Marseillais ont évacué la ville : Carteaux, maître du Rhône, maître de Villeneuve où étaient les Allobroges, maître de la campagne, allait intercepter toutes les communications, et c’est ainsi, s’écrie Bonaparte, qu’une seule colonne de l’armée conventionnelle, dépourvue d’artillerie de siège, a pris Avignon en vingt-quatre heures 2 !

1. « Je ne veux pas vous le contester, dit le Marseillais au militaire, puisque vous étiez présent » ; mais ce n’est là qu’une figure de rhétorique.

2. Qu’on remarque ces mots : une seule colonne. C’est évidemment la colonne où est Carteaux, et non la colonne Dours. Si Bonaparte avait appartenu à la colonne Dours, il n’aurait donc pas, de son propre aveu, coopéré à la prise d’Avignon.

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