‹ La jeunesse de Napoléon (volume 3)Chapitre 17 sur 86 · LE « SOUPEU UE BEAUCAIRE · texte numérisé non relu

LE « SOUPEU UE BEAUCAIRE

gnon ou resteront maîtres de la Durance, qu’ils ont des ressources, des généraux, des bataillons, des pièces de 24.

Le militaire le réfute. Marseille est sans doute la plus belle ville de France, le centre du négoce de tout le Levant, l’entrepôt de l’Europe; enrichie par ses économies et ses spéculations, elle tient la balance commerciale de la Méditerranée; elle a rendu des services éclatants à la liberté; elle a fait de grands sacrifices à la chose publique; elle s’est prodiguée dans chaque circonstance; elle a envoyé dix-huit mille hommes à la frontière; bref, elle a le mieux mérité des patriotes. Mais son amour-propre, sa vanité que d’incapables meneurs ont exaltée, l’orgueil de son opulence, une confiance excessive dans le nombre de ses habitants, tout cela cause et causera sa défaite. Elle croyait donner le ton à la France, et dès ses premiers pas elle a subi des revers. Elle croyait que le Midi se lèverait, et elle s’est trouvée délaissée. Elle croit ressaisir l’avantage : elle sera battue; son armée, nullement aguerrie, nullement organisée, manque d’ensemble et d’unité. Qu’elle cesse donc de résister à la nation entière comme si la République, qui dicte la loi à l’Europe, pouvait la recevoir d’une seule ville! Qu’elle reprenne des principes plus sains. Qu’elle ne prétende pas imiter ces pays pauvres, le Vivarais, les Cévennes, la Corse, qui luttent jusqu’à la dernière extrémité et s’exposent sans crainte à l’issue d’une action. Qu’elle ne risque pas une bataille qui, tournant en déroute, jette en proie au soldat le fruit de mille années de peines et de fatigues. Qu’elle secoue le joug des hommes qui l’entraînent dans leur ruine parce qu’ils n’ont plus rien à ménager. Qu’elle restaure les autorités, accepte la constitution de 1793, délivre les représentants captifs, qui ne manqueront pas d’intercéder pour elle.

Le Marseillais, convaincu, avoue qu’il a été trompé. Mais il ajoute « avec une profonde affliction » que les chefs de l’insurrection marseillaise agissent en désespérés; qu’une partie du peuple est aveuglée, fanatisée ; que l’autre est désarmée, humiliée, suspecte. Le militaire le console, lui promet que les représentants épargneront le sang français et rétabliront l’ac-

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cord en dépêchant h Marseille un homme aussi habile que loyal, et le Marseillais, se résignant a 1 inévitable échec des fédéralistes, paie de bon cœur a ses commensaux plusieurs bouteilles de champagne.

Ce n’est pas que ce Marseillais n ait quelquefois raison dans son plaidoyer. Bonaparte lui prête par instants des arguments très forts. Les Girondins, dit le Marseillais, ne sont et ne peuvent être aristocrates puisqu’ils ont renversé le roi, fondé la République, défendu la patrie dans la périlleuse campagne de 1792. Ils veulent une Convention qui soit libre et une constitution donnée par des représentants qu’ils estiment; pas d’anarchie, pas de clubs, pas d’assemblées primaires trop fréquentes, tels sont leurs vœux. Et Bonaparte concède qu ils ont, en de nombreuses occasions, montré du zèle et du civisme.

Il reconnaît même que les montagnards furent un moment les plus faibles, que la commotion paraissait générale, et qu’unis h tout le Midi, a 1 Eure, au Calvados, les Marseillais avaient une « masse imposante de forces » et une « probabilité de succès ». Mais quoi! les Girondins ont été mous; ils se sont divisés; leur résistance est incertaine, décousue : nulle vigueur, nulle suite, nul ensemble dans leurs desseins. L officier se range du côté des plus énergiques, du côté de ceux qui par leur décision, par leur attitude résolue, par l’audace et la rapidité de leurs actes, par ce qu’ils ont en eux d’âpre et d’inébranlable, rassurent la France contre le triomphe des étrangers. Et pour qui le républicain corse, chassé, persécuté par Paoli, prendrait-il parti, sinon pour les montagnards, qui lui promettent la reconquête de son pays natal?

Il pallie donc et tâche de justifier les excès de la Montagne. Le Marseillais s’épouvante à la pensée du succès définitif de la Convention ; il voit les Allobroges, chargés des dépouilles de Lisle, entrer à Marseille; il voit Albitte et Dubois-Crancé, ces hommes « altérés de sang que les malheurs des circonstances ont placés au timon des affaires », dominer en maîtres absolus dans la ville; il voit la soldatesque envahir et piller les propriétés, les meilleurs citoyens « périr par le crime», le

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