‹ La jeunesse de Napoléon (volume 3)Chapitre 43 sur 86 · XXVII. La maison des Bonaparte (p · texte numérisé non relu

XXVII. La maison des Bonaparte (p

La rqaison ne fut pas incendiée, quoi qu’on ait raconté. Joseph dit « saccagée », « dévastée », et, en effet, lorsqu’il voulut y loger en 1796, elle fut en état de le recevoir au bout de quelques semaines. « Mets en ordre, lui écrivait Napoléon, notre maison d habitation, que je désire à tout événement voir dans une situation propre et digne d’être habitée; il faut la remettre comme elle était, en y joignant l’appartement d’Ignazio. » Et, le 18 octobre 1798, Fesch mandait à Joseph : « Selon votre ordre, le premier est réparé, mais le second et le toit exigeraient une forte réparation. » On sait les vicissitudes de la maison. Letizia avait décidé qu’elle appartiendrait, non à la nourrice, comme l’avait désiré Napoléon, mais à un parent, à son cousin germain André Ramolino. La maison devint donc la propriété d’André Ramolino et, après sa mort, de son neveu et héritier Levie-Ramolino. Ce dernier la céda gratuitement au roi Joseph, mais enleva le mobilier. La princesse Zénaïde, unique héritière de Joseph, donna la maison à Napoléon III. Ce dernier la visita, ne trouva que les quatre murs lézardés et un plancher vermoulu. Il s’enquit, et on lui apprit que Levie-Ramolino avait été naguère en pourparlers avec le ministre Fould, qu’il n’avait rien exigé de Joseph exilé, mais qu’il se croyait en droit de demander à l’empereur Napoléon une indemnité de 65 000 francs (50 000 pour la maison et 15 000 pour le mobilier) et qu'il avait refusé de vendre le tout à Pozzo di Borgo pour 200 000 francs. Napoléon III donna les 65 000 francs. La maison, transmise par succession au prince impérial, appartient aujourd’hui à l’impératrice Eugénie. (Cf. Joseph, Mém., I, 53, 64, 160, et Larrey, Madame Mère, II, 270 et 522-524.)

XXYIII. Mémoire sur la position politique et militaire du département de Corse au 1er juin 1793 (p. 146).

Le mémoire de Napoléon (Masson, II, 462-469) a paru pour la première fois dans l’opuscule intitulé Copie d’un manuscrit de la main de Napoléon Bonaparte, avec V orthographe qui existe dans le manuscrit même (Paris, 1841) et publié par C. F. D. P. (comte Ferdinand dal Pozzo). Le texte offre trois lacunes que nous pouvons combler. Il faut lire (Masson, 463) « aucun crédit dans un pays où il est aussi bien connu par sa vénalité que par la mauvaise conduite

qu’il a tenue à la Législature, où il était député »; id„ 463, « car les patriotes ne voulaient point d’un homme taré >. ; id., 469, « point de caractère ni de force, il est sans courage ». Le premier éditeur n’a pas voulu reproduire ces trois passages offensants pour Pozzo.

Voici le mémoire sous la forme que lui donna Joseph en le présentant au Conseil exécutif. L’aîné des Bonaparte a copié son cadet; il ne trace pas de portraits, ne se pique pas de peindre les caractères, mais il a développé certains endroits et il fournit sur quelques points, notamment sur l’attaque d’Ajaccio, de précieux détails.

Au Conseil exécutif provisoire.

Position politique et militaire du déparlement de Corse au mois de juin 1793.

Il y a deux centres de pouvoir : les commissaires de la Convention et le général Paoli.

Il y a deux forces armées en opposition : d’un côté les troupes du continent de la République réunies à quelques bataillons d’infanterie légère corse; de 1 autre, les montagnards à la disposition de Paoli.

11 y existe plusieurs opinions politiques : les indépendants, les aristocrates et les républicains.

De quelle manière se sont formés ces deux pouvoirs? Quelle est leur position respective? Sous quel point de vue cherchent-ils à se montrer au public?

Tous les Corses qui ont soutenu la Révolution, ont désiré avec passion l’arrivée de Paoli en Corse; ils le croyaient l’ami de la liberté puisqu’il avait eu Pair d’en être le martyr. Ils ne tardèrent pas à s’apercevoir de l’ambition inquisitoriale du vieux chef qui voulait que l’on ne vit que par ses yeux, que l’on ne jugeât que par sa conscience; dès lors, il se forma un autre p’arli, composé de tous les hommes éclairés et amis du nouvel ordre de choses.

Ces deux partis ne se choquèrent jamais. Paoli sentait combien il devait de ménagement à des gens qui, de leur côté, sentaient combien Paoli était utile pour détruire le fanatisme religieux dans l’esprit des habitants des montagnes.

La République fut instituée; Paoli fut nommé lieutenant-général commandant en Corse les troupes de la République. Cette marque de confiance de la part du gouvernement accrut infiniment son influence.

Les corps administratifs se renouvelèrent quelques jours après. Il domina dans les assemblées et sut tellement pervertir l’opinion que Pozzo di Boro-o, ex-législateur, dont la conduite est connue de ses collègues et particulièrement des membres du comité diplomatique, fut porté à la place de procureur g-énéral syndic. 6

Dans le même moment que Paoli élevait les ennemis de la République il écrivait que ce gouvernement était absurde en France. Trois mois se passèrent avant qu’il souffrît que l’on élevât l’arbre de la liberté au chef-lieu.

Il y avait en Corse quatre bataillons de gardes nationales. Une partie lui était dévouée. Paoli les plaça dans les principales forteresses et en fit sortir les troupes de ligne sous différents prétextes et à différentes époques.

Il nomma les officiers et sous-officiers de quatre compagnies de canonniers ont il s attribua l’organisation. Il en donna le commandement à des gens qui avaient eu leur père ou leurs frères tués dans la guerre contre la France en 1768.

Le moment de réaliser les projets que l’on avait formés contre la Sardaigne était arrivé. Paoli en avait été instruit de longue main. Il les avait toujours tenus caches, et lorsque Truguct arriva avec son escadre, rien n’était prêt. On avait vu arriver en Corse l’ex-législateur Peraldi avec une commission rela-

NOTES ET NOTICES

tive aux projets de cette expédition. Son ardeur se dissipa bientôt. Puoli le caressa, lui promit et demanda pour lui la place d'adjudant général et à ce prix, ,1 consentit à se réduire à la nullité. Dans le fait, l’escadre française n’a trouve aucune ressource en Corse. Cependant, les Corses auraient désiré de marcher en Sardaigne. Ils attendaient avec une espèce de fanatisme leurs rères du continent; c’était à eux à leur frayer le chemin dans une île dont ils connaissaient le territoire, la langue et les habitants.

Paoli sut les en détourner. Le Directoire du département le seconda. Personne n y alla. Le prétexte fut que les marins avaient pendu deux Corses à Ajaccio. La réalité est que Paoli 11e voulait point éloigner les Corses de l’ile et qu’il préférait se débarrasser du régiment 42e qui occupait cette place. Truguet, ne pouvant avoir de Corses, se trouva obligé de les demander à Paoli, qui n eut garde de les lui refuser. On l'a entendu dire dans quelques moments d’impatience : .. Comment! les Corses veulent faire la guerre à notre intime allié, à la seule puissance qui nous ait secourus dans nos infortunes! »

Une mesure essentielle, c’était d’avoir un payeur à sa disposition et la caisse militaire à Corte. Il engagea l’administration du département à suspendre le payeur Arena de ses fonctions : le républicanisme de ce citoyen ne pouvait point se prêter aux vues de Paoli; aussi fut-il destitué par le Conseil général et sa caisse fut-elle transférée à Corte.

Depuis la guerre contre les Anglais, Paoli commençait à se découvrir. A l’entendre, la France était perdue; elle devait succomber. Il ne cessait de faire une peinture chargée de la richesse, de la générosité, de la philosophie de l’Anglais.

La Convention, instruite, chargea les commissaires qui passaient en Corse de lui rendre un compte exact de Paoli... Paoli sentait que le moment était arrivé. Il n’oublia rien pour faire mépriser les commissaires. Ils arrivèrent à Bastia, et Paoli resta à Corte, et le Département n’envoya aucune commission. Ils ne purent pas môme entrer dans le château de Bastia, commandé par un satellite de Paoli.

Les commissaires appelèrent Paoli, qui prétexta une maladie. Saliceti, un des membres de la commission, alla alors le voir à Corte. Paoli crut qu’il pourrait duper la commission; il sentait d’ailleurs la nécessité de retarder à jeter le masque, puisque les Anglais étaient encore dans leurs ports. Paoli écrivit aux commissaires, et 1 administration fit une circulaire pour annoncer la commission qui s’était déjà annoncée par ses proclamations. C’est dans cet intervalle que par adresse elle s’empara de Bastia et de Saint-Florent. Telle était la position des choses lorsqu’arriva le décret qui appelait Paoli à la barre et le procureur-syndic Pozzo di Borgo. Ce décret était digne de la majesté de la République, qui doit marcher à découvert, mais il était précipité; les commissaires eussent ruiné le crédit de Paoli peu à peu; leur projet était de temporiser. Depuis ce décret, il ne fut plus possible de garder de mesure. Paoli fit occuper l'Isle-Rousse, envoya un commissaire à Calvi qui devait renforcer le bataillon qui y était : mais les patriotes de Calvi, aidés par les équipages de deux frégates, prirent les devants, ils chassèrent les agents de Paoli et assurèrent cette place très forte à la République.

Le Département envoya des commissaires dans différents districts, excita une fermentation, fit désarmer la garnison de troupes de ligne de Cervione. A La Porta, à l’Isle-Rousse où l’on refusa de recevoir deux compagnies de volontaires des Bouches-du-Rhône, les commissaires du Département emprisonnèrent les plus zélés républicains, la maison du citoyen Arena fut incendiée et ses propriétés dévastées. Les hostilités parurent commencées. Paoli, dont la voix secrète faisait mouvoir l’administration du département, écrivait encore aux commissaires et à la Convention. Mais les commissaires durent enfin casser l’administration du département et le commandant de la gendarmerie Leonetti, neveu de Paoli.

Cette administration destituée et Paoli convoquèrent une assemblée générale sous le nom de consulte ; ils indiquèrent un nouveau mode d’élection et une nouvelle organisation.

Ajaccio était la seule place importante qui restât à Paoli. Elle a une citadelle indépendante de la ville. C’est une espèce d’ouvrage couronné qui la défend du côté du golfe. Ce golfe est capable de recevoir cent vaisseaux de ligne.

Les commissaires avec deux frégates, quatre cents hommes et quelques mortiers, partirent de Saint-Florent. Si le temps les eût favorisés, ils se seraient facilement emparés de la place, où ils auraient trouvé tous les citoyens pour eux, excepté quelques-uns aveuglés par l’ex-législateur Peraldi que Paoli a mis dans ses intérêts; ils auraient trouvé mille matelots bons français et par inclination et par intérêt de commerce.

L’on calculait sur 250 Suisses, 50 soldats du 52e, 100 du 42e régiment, sur un reste de l’équipage du Vengeur et de deux gabares. Avec toutes ces forces, ils étaient à même de forcer la citadelle et d’en chasser les rebelles. Il en fut autrement. Le calme retint sept jours les frégates. Paoli eut le temps d’envoyer deux mille hommes à Ajaccio, fit arrêter soixante des plus zélés patriotes, fit brûler et dévaster les biens des familles Bonaparte, Meuron, Moltedo et d’autres patriotes, parmi lesquels quelques négociants du continent, pour effrayer par les vexations, de sorte que lorsque les commissaires y arrivèrent, il n’était plus temps.

L on débarqua cependant, et l’on tua quelques rebelles. Quelques particuliers patriotes, échappés aux poursuites de Paoli, se réfugièrent à bord des frégates. Parmi ceux-ci, le procureur-syndic du district, Coti, nous apprit que la plupart des habitants avaient été désarmés, que les canons étaient dirigés contre les maisons des patriotes dont le républicanisme était le plus cher aux sans-culottes d’Ajaccio, qu’on ne pouvait raisonnablement attendre du secours des habitants qu’après s’étre emparé des forts environnants. Les bons citoyens de 1 intérieur ne pouvaient venir au secours des armes de la République qu’après quelques jours; nul n’était prévenu. La citadelle tira à boulet rouge sur le brick national le Hasard. L’on repartit pour Calvi.

La consulte de Corte a fait Paoli généralissime, a déclaré les biens de tous ceux qui avaient quitté l’intérieur et s’étaient réfugiés à Calvi, Bastia et Saintblorent, confisqués, a défendu sous les mêmes peines de prendre de l’emploi dans les bataillons, a notamment proscrit le général Casabianca, si, sous huit jours, il ne rentrait et n'abandonnait le service, et puis, a fini par dire qu’elle voulait être française.

Les commissaires regardent Paoli et l’administration du département comme en état de rébellion. Ceux-ci cherchent de faire regarder les commissaires comme les agents d’une faction qui veut mettre d’Orléans sur le trône. Ils impriment à chaque instant que les commissaires sont abandonnés de la France, qu ils n’auront aucun secours. Ils savent bien ne pouvoir tromper que les plus simples du peuple. Ils vont même jusqu’à faire entendre que les commissaires sont les agents des Génois.

Quelle est la lorce numérique, quels sont les moyens militaires et quels postes occupent les deux partis ?

La République a en Corse le bataillon des Bouches-du-Rhône, de 500 hommes.

celui de l’Aveyron . 700 —

le 26e régiment . 500 —

le 52e . . 500 —

le ci-devant Vermandois . 600 —

Artillerie . 150

Total

2050 hommes.

NOTES ET NOTICES

A ôter :

Report

2950 hommes.

Du 52e, un détachement à Bonifacio, prisonnier ou prêt à

le devenir, ci .

A Ajaccio .

Canonniers à Bonifacio .

Canonniers à Ajaccio .

Reste . 2584

Quatre bataillons d’infanterie légère de nouvelle levée, encore

très incomplets, peuvent former un corps de . 1200 —

Total . 3784 hommes.

Paoli peut mettre dans différents endroits en tout, et pour peu de temps, 6 000 hommes. Il a les armes et la poudre qui se trouvent dans les magasins d’Ajaccio et Bonifacio (Nota : les munitions de bouche qui se trouvaient dans ces places viennent d’être vendues par Pozzo di Borgo, procureur général syndic destitué). Point d’autre canon de campagne que deux mauvaises pièces qui sont à Corte.

Paoli occupe Ajaccio, Bonifacio, l’Isle-Rousse. Il domine dans l’intérieur.

Si l'on envoyait 4 ou 5 000 hommes tout de suite avec quelques bâtiments de guerre, Paoli serait obligé de se sauver.

L’on commencerait à s’emparer d’Ajaccio, l’un des points les plus intéressants de la Méditerranée et d’où les ennemis peuvent le plus nous chicaner. Maîtres d’Ajaccio, nous ne tarderions pas à l’être de l’intérieur, et au pis aller, on laisserait Paoli cerné dans la montagne où il ne serait d’aucune importance pour une puissance maritime... mais le peuple ne tarderait pas à revenir de son aveuglement : il se réunirait à ses frères.

Trois à quatre bâtiments de ligne sont nécessaires pour en imposer aux rebelles enfermés dans la forteresse d’Ajaccio. Ils n’auraient rien à craindre des Espagnols puisqu'ils auraient une retraite assurée à Calvi et Saint-Florent. Ajaccio d’ailleurs ferait sans doute un effort généreux pour soulever scs chaînes et nous tendre les bras.

Quelle est la proportion des différentes factions?

Le parti dévoué absolument à Paoli est très petit. Il devient nombreux en s’alliant avec celui de la superstition. Il acquiert la prépondérance dans ce moment-ci par le grand nombre de prisonniers, par la réputation, l’activité, la tactique de Paoli, par sa coalition avec le Département, par le grand nombre de calomnies dont il infecte ce peuple égaré. Il caresse, il menace, il brûle, il permet le pillage dans le même temps; il dit à l’un que la France est perdue, à l’autre que la religion est en péril, à celui-ci que les commissaires et leurs adhérents veulent vendre la Corse aux Génois, à cet autre que puisque la F’rance perd sa liberté, il faut conserver la nôtre sans elle; il dit à d’autres, enfin, et le plus souvent, qu’il veut être Français.

Au milieu de tant d’incertitudes et de ballottements, le bon tremble et gémit; les plus courageux défient l’orage; mais, sans point de réunion dans l’intérieur, ils succombent; le douteux devient mauvais; la faiblesse le conduit au même point où la superstition mène le fanatique, et l’erreur l’homme aveuglé. Ces gens indifférents à la chose publique qui à Athènes étaient punis de mort et dont le nombre est infiniment petit en Corse, se réunissent au plus fort : pressés d’être d’un parti, ces automates suivent celui qui parait triompher, celui qui pille, brûle, dévaste; quand on a l’alternative, il vaut mieux être mangeur que mangé.

Il en sera différemment lorsque l’on enverra une force prête à pénétrer dans

1 intérieur. Les bons citoyens grossiront ce premier noyau. Le nombre en est plus grand qu’on ne pense. Ceux qui sont aveuglés, se désabusent tous les jours : les gens faibles et indifférents les suivront; Paoli, isolé du peuple qu’il trompa, abandonné aux ennemis de la Révolution qui n’ont point oublié le mal qu il leur a fait en 1790, restera seul avec ses remords et le petit nombre de gens attaché à sa personne.

Paoli se trouve réduit à quelques officiers bons pour commander des compagnies franches.

Le moment de battre Paoli est dans les mois de juin, juillet et août, parce que c’est celui de la récolte des blés.

Pour la garantie des faits, nous signons à Paris, le 9 juillet 1793, l’an 2 de la République.

Meuron, Buo.naparte.

XXIX. Deux lettres de Lacombe-Saint-Michel sur la situation de la Corse (p. 146).

A Saliceti.

A Calvi, ce 30 juillet 1793. L’an second.

Je vous envoie, mon cher Saliceti, une correspondance du citoyen Constantini avec le Département. Sa lettre n° 6 vous dira qu’elle est tombée très légalement entre les mains du Directoire provisoire puisqu’elle était adressée au Directoire et contresignée « le ministre ».

Voila donc la manière dont on intriguait contre nous au Comité de salut public, tandis que nous étions en butte à toutes les tracasseries et aux calomnies des hommes de la Corse à qui nons n’avions fait aucun mal! Il a même fallu que notre correspondance contint les faits les plus incontestables pour notre pas rappelés sans nous entendre. Quoi! Tandis qu’on ne donnait aucune publicité à nos lettres à la Convention, qu’elles étaient renvoyées au Comité que personne ne nous répondait, Constantini écrivait à ses commettants, leur détaillait les discussions du Comité, interprétait jusqu’au silence de ses membres, et ses lettres ostensibles étaient publiées, et c’était d'après elles que Ion cherchait à détruire la confiance qu’on devait avoir en nous! Mon ami je ne suis pas accoutumé aux coups d’épée par derrière. Un intrigant et moi ne nous battons pas avec des armes égales. C’est de cette manière sans doute quon a desservi cet honnête général Casabianca que j’ai cru de mon devoir de réintégrer. J’en ai rendu compte au Comité de salut public, au Conseil executif et au ministre de la guerre, et je désirerais que ma nomination fût confirmée par la Convention : cet acte relèverait le courage des patriotes qui est bien abattu par les oppressions de Paoli.

En même temps que j’ai fait réintégrer le général Raphaël Casabianca, ne croyez pas que j’applaudisse ou regarde avec faiblesse les fautes que pourraient taire les militaires. Un officier du bataillon de l’Aveyron, étant ivre a insulté le pavillon napolitain; je l’ai fait mettre aux arrêts de rigueur’ et d apres un procès-verbal qui me sera remis, je le suspendrai en le renvoyant en 1* rance, s il y a lieu.

Deux habitants de Montemaggiore étant venus sous le prétexte de réclamation observer ce qui se passait et, en s’en retournant, ayant été trouvés munis de cartouches et de deux gargousses à canon, ont été arrêtés; ayant déclaré les tenir du greffier du juge de paix, et celui-ci l’ayant avoué, je l’ai

tait mettre en prison où il restera jusqu’à ce qu’il déclare qui les lui a donnees. ^

NOTES ET NOTICES

Une cabareticre ayant cherché à faire commettre du désordre en accusant six matelots de la Mignonne de lui avoir volé un louis, j’ai fait tirer la chose au clair. Si les hommes sont coupables, ils seront punis; s’ils sont accusés à tort, l’accusatrice sera en prison.

Oh ! je vous déclare que je suis bien las d’être en Corse; mais que, tant que j’y serai, il ne se passera pas de désordre, car je veux que chacun fasse son métier. Je suis fort mécontent du directeur de l’hôpital. J’entends que le soldat soit bien. J’ai aperçu des négligences. J’ai campé une maîtresse perruque à Boerio, votre beau-frère, pour n’avoir pas puni et redressé ces abus, avant qu’ils vinssent à moi. Vous me connaissez trop bien pour croire que je ménage personne. Mais je suis bien las de la vie que je mène. Faites-moi vite rappeler. Je suis ici dans un bois. Toutes les nuits l’on fait des signaux dans la campagne, et l’on y répond de la ville. Mais je les pincerai.

Il y a quelques jours que nous avons voulu enlever un camp volant qui coupe toute communication de cette ville, qui vient la nuit enlever des bestiaux sous les murs de la place. Le général a ordonné une sortie de nuit. Mais, malgré le secret, ce camp a été averti (sans doute par quelque volontaire) un moment avant l’arrivée de nos troupes. On a fait un prisonnier qui m’embarrasse, que j’ai mis à bord de la Mignonne et que j’aimerais mieux ne pas avoir. A quoi sert de faire des prisonniers?

On répand le bruit dans le public que d’après le décret du 3 juillet, Paoli va assembler encore une consulte à Corte dans laquelle il va engager les Corses de se déclarer indépendants, et appeler la protection de l’Angleterre. On dit que Paoli répand qu’il est en correspondance avec l’amiral Hood, qui exige ce préalable avant de leur donner du secours; on dit en même temps que ce fin renard voulait aller prendre l’air à Bonifacio, mais qu’on lui a déclaré que puisqu’il avait mis dans la nasse son parti, il fallait qu’ils périssent ensemble. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il y a eu du mouvement dans l’intérieur, c’est que, si cette consulte a lieu, I on se tirera des coups de fusil. Déjà l’on est bien mécontent des impôts qu’on lève dans la Balagne, et certainement quand on parlera de faire scission avec la France, l’avis, fût-il unanime à Corte, ne le sera pas dans les communes.

Je pense que vous aurez fait rapporter le décret qui fait deux départements de la Corse. Indépendamment de l’augmentation de dépense, on a voulu y organiser deux partis, rivaux et ennemis bien distincts. Est-ce qu’il n’en existe pas déjà trop, sans les provoquer encore? Ce projet est infernal : il semble que ceux qui l’ont conseillé, soient de moitié avec ceux qui veulent perdre la Corse.

Nous sommes fort mal ici. On ne prend plus les assignats qu’à quatre cent pour cent de perte. L'on ne nous a pas envoyé les cent mille livres en numéraire que vous m’aviez annoncées. Cependant, nous sommes presque à bout et nous allons nous trouver embarrassés.

Nous avons beaucoup de malades, et comme l’hôpital est très mal monté, que nous manquons de drogues, j’en vais envoyer beaucoup à Toulon; l’air du continent les remettra, au lieu que s’ils restent ici, c’est autant de morts.

L’on cherche à nous affamer. Un camp volant ne laisse rien entrer à Calvi. Une sortie faite sur eux a fait entrer dix-neuf bœufs ou vaches qu’on a enlevés dans le machi(t<ic). Nous verrons si l’intérieur aimera mieux qu’on les lui prenne que de nous les vendre. Tout est ici d’une cherté horrible et, en numéraire, un œuf coûte jusqu’à quatre sous, et tout à proportion. Il faut abandonner la Corse ou y faire passer du numéraire jusqu’à ce qu’il ait été pris une mesure générale sur ce département. Vous sentez combien il doit me tarder de connaître les résultats du rapport qui a dû être fait au nom de la commission.

On ma assuré qu’un des ambassadeurs, nommé F’errandi, s’était fait nommer maréchal des camps. Si c’est lui qui a desservi Cnsabianca, j’ai

ramassé des matériaux pour le peindre à la tribune, et j’en ai prévenu le ministre de la guerre. Adieu, mon cher ami, je vous embrasse. Tirez-moi vite d’ici.

J. -P. Lacombe-Saint-Michel.

Mes amitiés à Delcher.

Leonetti cherche à passer en Italie. L’on a arrêté deux fois une felouque napolitaine qui cherche à charger ses effets. Je le fais guetter et si Leonetti est pris, il me le payera.

Je ne suis pas très content de Saint-Martin. 11 outrepasse notre arrêté sur le numéraire.

On me dit qu'à Bastia on fait courir le bruit que je reste à Calvi pour m’en aller et enlever la caisse. Je suis au-dessus d’une pareille calomnie; mais tirez-moi vite de cc théâtre où l’honnête homme peut être compromis avec la conduite la plus pure.

1er août.

... Hubert, qui arrive de Saint-Florent, tient de Gentile, que vous ne connaissez pas pour un hâbleur, que le 10 de ce mois se tient la seconde consulte à Corte et que le 15 on doit faire une attaque sur Bastia et sur Saint-Florent- Je les attends tranquillement à Calvi.

On m’accable d’ouvrage. Deux secrétaires ne me suffisent pas.

Au. Comité.

Citoyens collègues,

A Calvi, le 2 août 1793, l'an second.

J’ai l’honneur de vous envoyer une lettre du conseil général destitué de la Corse au conseil général du Var. Je vous envoie en même temps une réponse à cet imprimé faite par la commission provisoire établie à Bastia.

La première pièce est pleine de mauvaise foi et de faussetés, surtout quand le département destitué accuse les commissaires de la Convention d’avoir soustrait leurs lettres à la Convention. Comme ce Département a fait espionner les porteurs des ordres de la Commission, qu’il s’est emparé des lettres de la poste, les membres de ce Département ont-ils pu nous croire meilleurs qu’eux? Le général Paoli, me croyant sans doute de la trempe de ses amis, m adressa sa justification à la Convention pour la remettre à la poste, s’imaginant que je la soustrairais et qu il aurait une occasion de m’accuser; mais les papiers publics ont rapporté cette lettre qui a été lue à la tribune.

La lettre de la commission provisoire au département du Var ne contient que des faits de la dernière exactitude. Le Département destitué croit répondre à des faits par de grosses injures contre les commissaires : il s’acharne contre Saliceti, dont l’honnêteté, la bonne foi et l’impartialité offrent un contraste fiappant avec des hommes qui, après avoir expolié (sic) les caisses publiques, trouvent plus commode de se révolter que de rendre leurs comptes; qui| tout en disant qu’ils veulent être Français, craignent l’intuition dans leur administration; qui entretiennent avec l’argent qu’ils ont volé, des députés exti aordinaires a Paris, chargés daller distiller le fiel et les mensonges dans les comités et dans les feuilles publiques. Il a fallu que les commissaires en Corse eussent dix fois raison pour que Constantini et Ferrandi n’aient pas égaré l’opinion du Comité do salut public sur leur compte et qu’ils n’aient pas été rappelés. S’ils ne l’ont pas été, du moins la Convention a-t-elle nommé deux nouveaux membres pour en quelque façon examiner leur conduite.

NOTES ET NOTICES

Et où en sera, citoyens et chers collègues, la chose publique, si les commissaires de la Convention envoyés dans leurs commissions pour aider l'exécution du service, pour réprimer les abus, sont obligés de dérober une partie des moments qu’ils doivent en entier au service de la République pour chercher à repousser les attaques dirigées contre eux, attaques d’autant plus inquiétantes qu’on ne les leur communique pas? Je suis bien las d’être en Corse; je ne puis pas suffire au travail dont je suis accablé; de tous côtés me viennent des demandes d’argent et je me montre très difficile, je mécontente beaucoup de monde. Mais rien ne me fera faiblir. Je ne suis pas de force à lutter contre l’astuce italienne. Hâtez-vous de m’accorder mon rappel pour ma tranquillité et pour conlondre mes accusateurs.

J. -P. Lacombe-Saint-Micfiel.

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