Rossi, 405; Pasquier, II
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cl artillerie ; Napoléon aurait, clans un accès d’emportement, répondu qu’il était lieutenant-colonel du 2e bataillon des gardes nationales soldées et qu’il entendait le rester. Si Paoli refusait de reconnaître ses droits, aurait-il ajouté, il partirait pour Ajaccio, et de là se plaindrait à Paris; sur quoi le babbo lui aurait répliqué avec calme : « Vous pouvez partir, si vous le voulez b »
Sûrement, Paoli se défiait des fils de Charles Bonaparte. Napoléon et ses frères avaient beau dire que leur père s’était toujours attaché au bon parti; ds avaient beau s’élever avec force contre les traîtres qui s’étaient laissé corrompre — comme écrit Napoléon dans sa lettre à Paoli du 12 juin 1789 — par 1 amour cl un gain sordide ; ils avaient beau prodiguer les assurances de leur patriotisme corse. Le souvenir de Charles, cpii, après avoir servi Paoli, avait accepté, recherché les laveurs de l’intendant et du commandant en chef, se dressait contre eux. L’inscription latine qui rappelait à Bastia sur le palais des Douze les « sentiments d’amour » de tous les ordres de la nation pour Marbeuf, avait été au mois de décembre 1789 effacée par les officiers de la milice bourgeoise et ainsi remplacée : « Ce monument que le vil mensonge et la vénale adulation ont dédié au tyran de la Corse gémissante, la vérité libre et la vraie liberté cle toute la Corse aujourd’hui riante l’ont détruit. » Vil mensonge et vénale adulation, vile mendacium et venalis adulatio, ces deux mots ne s’appliquaient-ils pas à Charles Bonaparte? Vainement, dans ses écrits, Napoléon vouait à l’exécration soit Narbonne Fritzlar, soit Sionville, et, par prudence autant que par reconnaissance, ne prononçait pas le nom de Marbeuf. Français et Corses savaient dans Pile que les Bonaparte avaient été les protégés du gouverneur, et, comme disait La Ferandière, que le roi les avait comblés de bienfaits. Leurs manèges, leurs intrigues, leurs liaisons avec Buonarroti et Arena, l’opposition violente qu’ils firent à Marins Peraldi, tout acheva de leur nuire et de les discréditer.
1. Cf. Nasica, 288; mais tous ces récits de Nasica sentent la légende.
Dans une lettre à Cesari, du 8 mai 1792, sous 1 émotion que lui causait la nouvelle des fusillades de Pâques, Peraldi ne s’écriait-il pas : « Cette famille qui n’eut jamais sous les divers gouvernements d’autre mérite que 1 espionnage, la trahison, le vice, l’impudence et la prostitution, a, par ces seules qualités singulières et non enviables, prétendu s’élever une fortune dans la Révolution présente, et ces Bonaparte ont voulu jouer un rôle lorsqu’ils avaient tant d obstacles a surmonter, lorsqu’ils devaient détruire les impressions de l'opinion, effacer le souvenir des récentes actions de leurs pères, anéantir entièrement la défiance naturelle que le peuple conçoit d’ordinaire à l’aspect des méfaits du passé ! »
Comme Peraldi, Paoli se mit en garde contre ces Bonaparte inquiets, remuants, dévorés d’ambition. Après les congratulations de la première heure, il les traita froidement. Il remercia Lucien, qui désirait être son secrétaire; il reconnaissait les talents du jeune homme, mais, disait-il sans aucune réticence, il ne voulait pas « s’amalgamer » avec les Bonaparte. Il ne cacha pas le mécontentement que lui inspirait l’attitude de Joseph dans le Directoire du département; il le qualifiait de blanc-bec, le rangeait parmi ces giovinetti « qui n’ont pas la moindre expérience des affaires » et qui « avaient sucé les maximes de la politique auprès des commis de l’ancien despotisme », l’accusait de prétendre au pouvoir du sultan et à l’infaillibilité du pape. Joseph s’efforça de calmer Paoli et défendit aux siens de venir à Corte, de lui faire des visites qui donneraient lieu à de méchantes interprétations ; il aimait mieux aller à Bocognano et y passer cinq ou six jours avec Letizia ; « l’apparition de maman ici, écrivait-il, ne serait pas dans nos intérêts ». Mais il lui arriva de prendre des mesures que Paoli désapprouva très vivement; le général se fâcha, et Masseria rapporte qu’il fit après cette malencontreuse querelle les plus infructueux efforts pour réconcilier Joseph et le babbo.
Quant à Napoléon, quoi qu’ait affirmé le Mémorial, Paoli ne voyait en lui, comme dans Joseph et Lucien, qu’un petit garçon inexpérimenté, vagazzone inesperlo. 11 le comparait
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peut-être a un homme de Plutarque, mais sans croire un mot de ce compliment. Il disait a Napoléon qu il lui serait toujours obligé, sempre tenuto, lorsqu il recevait du jeune pamphlétaire plusieurs exemplaires de la Lettre à Bultafoco; mais ses remerciements étaient brefs et polis, sans chaleur ni empressement. Quand Napoléon lui demandait des documents pour continuer l’histoire de la Corse, il répondait sèchement que 1 histoire 11e s écrit pas dans les années de jeunesse et qu’il n avait pas le temps d ouvrir ses caisses et de faire copier ses papiers. Enfin, il tenait Napoléon à l’écart dans une circonstance mémorable. Le général mandait alors au ministre de la guerre qu’il 11’avait pas d’aide de camp, que beaucoup d’officiers de mérite lui proposaient leurs services, qu'il prendrait sans doute un Corse des gardes nationales civiques qui connût bien le pays et la langue, mais qu’il ne s’était pas encore déterminé et que s’il n’avait aucune incertitude sur Marius Peraldi, qui serait son adjudant général, il voulait examiner avec soin le caractère et les talents des autres. Ne peut-on croire que Napoléon fut un de ces officiers de mérite qui s’offrirent à Paoli.1 Mais le babbo refusa de l’attacher à sa personne. Il choisit pour aide de camp le capitaine d’Autay, du régiment de Bresse1, et Sémonville a depuis cité ce mot de Paoli sur Napoléon : « Voyez-vous ce petit homme? Il y a en lui deux Marius et un Svlla2. »
Pozzo di Borgo, de retour en Corse, ne manqua pas d’entretenir ces sentiments hostiles. « Les Bonaparte, mes ennemis, écrivait-il à la fin de la Législative, se prévalent de mon absence pour faire des vendettes et semer la division jusque dans mon propre village; ce sont des fous, parce que ma présence les fera rentrer dans le néant, comme je l’ai prouvé par l’expérience. » Lorsqu’eut lieu l’expédition de Sardaigne, il avertit Cesari, le pria de 11e pas emmener Napoléon, qui gâterait tout : « Les Bonaparte, mandait-il au colonel, sont,
1. D’Autay des Roches n’a pas laissé de trace; on sait seulement qu’il donna sa démission de capitaine au 26° régiment le 22 avril 1793.
2. Pasquier, Mém., II, 73; D’Hérisson, Souvenirs du baron Mounier, 41.
comme vous savez, nos ennemis-nés ; ne vous associez pas ce coquin, ce bivbo cle Napoléon; il y a façon de l’éloigner; autrement, vous aurez toujours avec vous un homme dangereux ou méchant, intéressé à vous prévenir dans toutes les relations que vous donnerez à Paris et peut-être à vous calomnier. »
Dès son arrivée à Paris, Saliceti s’était mis en évidence. L’habile homme se présenta très tard, et ses ennemis l’accusaient d’avoir laissé couler plusieurs semaines pour attendre les événements : « Son grand art, disaient-ils, est de s’en servir quand ils lui sont avantageux. » Mais il passa par Nice, et le 24 novembre il déclarait aux applaudissements de la Convention que l’armée républicaine observait une sévère discipline et que la canaille niçarde commettait les horreurs que certains journaux reprochaient aux soldats français.
Il fut, au procès de Louis XYI, un des plus ardents contre le roi, et il se félicitait d’être arrivé à temps pour « faire tomber la tête du tyran ». Andrei, Bozio, Casablanca, Chiappe, Moltedo votèrent la détention du monarque; seul des députés de la Corse, Saliceti vota la mort : Louis, assurait-il, était coupable de conspiration et le code pénal prononçait la peine de mort contre les conspirateurs.
Fort de sa réputation de montagnard et de régicide, il se rendit aux séances du Conseil exécutif et du Comité de défense générale. Le Conseil exécutif lui disait que les Corses faisaient de bien faibles efforts pour concourir à la défense commune, qu’ils ne payaient pas les impôts, que leurs bataillons de volontaires ne paraissaient pas sur le continent, que la justice languissait dans bile, que tout y était dans le désordre et l’anarchie. Saliceti convenait que le Conseil exécutif avait des « idées assez justes » de la Corse; mais il ajoutait cpie Paoli était l’instrument de « desseins désastreux » et se laissait diriger par des hommes aux « perfides intentions ».
11 avait beau jeu. Le 1er février 1793 la Convention déclarait la guerre à la Grande-Bretagne. Or nul n’ignorait que
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Paoli avait passé vingt ans a Londres et vécu d’une pension du roi Georges. Il n’avait pas caché qu’il se souviendrait toujours de l’honorable hospitalité des Anglais et il ne parlait qu avec reconnaissance de cette « puissante et généreuse nation », de ce « peuple libre et grand » qui avait adouci les amertumes de son exil. On rappela ces propos de Paoli. On le qualifia de stipendié du cabinet britannique. On l’accusa de viser a 1 indépendance. Les inquiétudes qu’il inspirait à certains esprits au commencement de la Révolution, se réveillèrent avec force. « Est-il raisonnable de croire, avait écrit dès le mois d’avril 1790 le commissaire des guerres Vaudricourt, que Paoli ne préférera pas les Anglais qui l’ont secouru et au milieu desquels il a vécu, a nous qui l’avons dépouillé d’une autorité acquise au prix de tant de risques et de peines? » Et, en ce même mois d’avril 1790, Monteynard n’avait-il pas écrit que la Corse était perdue pour la Franco, qu’elle allait se former en république libre?
Le 7 fé vrier, paraissait un Complu rendu du ministre des finances Clavière; on y lisait que la Corse était de tous les départements celui qui versait le moins au trésor, que les insulaires repoussaient les assignats, protégeaient les prêtres fanatiques, empêchaient la vente des biens nationaux, et qu’un perfide intermédiaire abusait de son ascendant pour satisfaire son intérêt personnel ou servir des intérêts opposés à ceux de la République.
Le ministre de la guerre Pache était plus prudent, plus circonspect que Clavière dans ses assertions. Mais il redoutait que l’état d’hostilité avec l’Angleterre n’ « eût quelque influence sur les sentiments de Paoli ».
Les commissaires de la Convention sur les côtes de la Méditerranée, Brunei, Rouver et Le Tourneur, avaient les mêmes alarmes et les mêmes défiances : ils prêtaient l’oreille aux haineuses suggestions de Barthélemy Arena, et dans les mois de février et de mars ils écrivaient de Toulon au Comité de défense générale que Paoli était dangereux et par son opinion et par les forces dont il disposait, qu’il était suspect
à tous les bons citoyens, qu’il était contre-révolutionnaire, qu’il livrerait la Corse à la première escadre anglaise qui se présenterait, et pour « s’assurer de sa personne » et surtout pour 1’ « éloigner du foyer de ses intrigues », ils l’appelèrent à Toulon : ils n’avaient pas, lui mandaient-ils, le temps d’aller le voir, mais ils l’attendaient avec la plus grande impatience, et ils le priaient de s’embarquer à Saint-Florent sur la corvette la Flèche qui lui portait leur invitation.
Le Comité de défense générale approuva les commissaires. Il craignait d’agir trop vite en publiant les inculpations qui s’élevaient contre Paoli et en l’accusant de trahison; mais il croyait fermement — et telles étaient ses expressions — que, tant que le général serait au milieu des Corses, la République n’aurait pas une garantie suffisante de leur fidélité, et il était d’avis que les commissaires devaient attirer Paoli hors de Pile : « Cette mesure nous a paru très sage; la Corse est assurée à la République si elle réussit. »
Paoli flaira le piège. Il répondit que son âge, ses infirmités, le mal de mer, la périlleuse situation du pays qui resterait sans général, lui interdisaient un long déplacement.
Pache ne fut pas plus heureux. Par un arrêté du 17 janvier il avait mis Paoli sous les ordres de Biron en rattachant la division de Bastia ou 23e division militaire à l’armée du Var ou d’Italie . Lorsque Biron demanda s’il fallait laisser Paoli en Corse ou l’appeler à Nice, Pache lui répondit — le 3 février — de faire venir Paoli et de l’employer. Au nom du Conseil exécutif, Biron ordonna à Paoli de se rendre à l’armée d’Italie. Lui aussi se défiait du babbo, l’accusait de perfidie et pensait qu’on devait l’écarter de la Corse à quelque prix que ce fût. Cette fois encore, Paoli objecta qu’il était vieux et malade.
Saliceti prévoyait ce refus, et sur son avis le Comité de défense générale avait déjà résolu de renoncer aux moyens de douceur et de conciliation pour employer la force et l’autorité.
Le 28 janvier, après avoir conféré avec les membres du Comité, et notamment avec le Marseillais Barbaroux, Saliceti
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montait a la tribune et priait la Convention de pourvoir à la défense de la Corse. 11 rappelait que l’ile protégeait par sa position les cotes méridionales de la F rance, qu’elle fournissait a la république des bois de construction et approvisionnait sa marine de mâtures. Les habitants, ajoutait-il, étaient Français par intérêt autant que par inclination; mais il fallait les diriger, les éclairer, les garer des pièges qui leur étaient tendus par les intrigants et les prêtres fanatiques. Aussitôt, sur la motion de Goupilleau, l’assemblée décrétait crue les prêtres réfractaires de Corse qui, scion Saliceti, méditaient une insurrection, seraient déportés conformément à la loi. C était un premier coup dirigé contre Paoli. Il y avait encore dans 1 ile nombre de prêtres insermentés, et des confréries de pénitents gardaient comme aumôniers des moines cpii traitaient la Convention d’Antéchrist et accusaient la République de tous les maux. Or, prêtres et moines mettaient leur espoir dans le babbo.
Le 5 février, Saliceti revenait à la charge. Au nom du Comité de délense générale, il laisait adopter par la Convention la suppression des quatre bataillons de volontaires corses, cpii seraient remplacés par quatre bataillons de chasseurs. Le gouvernement, disait Saliceti, pouvait-il envoyer sur le continent des citoyens-soldats mariés pour la plupart? Ne payait-il pas au complet des bataillons qui ne se composaient chacun que de trois cents hommes? Ne ferait-il pas mieux de former des troupes légères où les Corses, très aptes à la petite guerre, se présenteraient à l’envi? Deux des nouveaux bataillons resteraient dans File; les deux autres iraient renforcer l’armée des Alpes ou celle du Var.
Sur ce point, Paoli était d’accord avec Saliceti. Le général avait écrit et au ministre et au député que les volontaires étaient presque tous des propriétaires et pères de famille qu’on ne saurait arracher à leurs villages et à leur train de culture sans produire la famine, qu’il serait impossible de les envoyer aux camps du Midi, qu’il fallait refondre entièrement ces maudits bataillons, et puisqu’une réforme partielle exciterait des
jalousies, « faire main basse sur tous ». Saliceti saisit adroitement l’occasion de placer des gens de son bord. Il obtint que les officiers des quatre bataillons d’infanterie légère seraient nommés par le Conseil exécutif, et lui-même, de concert avec les autres députés de la Corse, choisit les lieutenants-colonels, les capitaines, les lieutenants, tous, assurait-il, propres a leurs fonctions par leur civisme, leur attachement à la République et leur influence locale1. Paoli ne protesta pas. 11 se contenta d’écrire confidentiellement à ses amis que plusieurs des nouveaux officiers devaient leurs grades à la faveur, que ces promotions faisaient un effet fâcheux, qu’il eût mieux valu réorganiser les bataillons de volontaires.
Ce n’était pas assez. Saliceti se fit déléguer dans son pays natal comme commissaire de la Convention. Le 30 janvier, il venait au Comité de défense générale pour demander que les ports de Corse fussent mis en état de sûreté et, après une longue discussion, le Comité décidait de l’envoyer dans l’ile. Le 1er, puis le 5 février, la Convention confirmait cet arrêté et lui donnait deux collègues, le légiste Delcher et un membre du Comité, l’ancien capitaine d’artillerie Lacombe- Saint-Michel, chargé spécialement d’examiner les places fortes et, ainsi qu’on s’exprimait alors, de visiter la frontière de Corse; les trois représentants étaient revêtus de pouvoirs illimités.
Paoli attendait de pied ferme les représentants de l'Assemblée. 11 les souhaitait depuis longtemps et comptait sur leur impartialité. « On m’appelle tyran, disait-il au mois de février 1793; eh bien, je provoquerai la venue des commissaires en Corse pour faire connaître que mon prétendu despotisme n’existe pas ou qu’il est fondé sur de telles bases qu’il
1. Dès le 8 février, il proposait pour lieutenants-colonels en premier Jean- Baptiste Ristori, ancien capitaine du régiment provincial; Antoine Gentili, commandant de la garde nationale de Saint-Florent; Jacques Pô, commandant de la garde nationale d’Ajaccio; Jean-Charles Catoni, commandant de la garde nationale do Rostino, pour lieutenants-colonels en second Barthélemy Arrighi, Louis Ciavaldini, Dominique-Marie Moltedo, Jules Rocca Serra, et pour capitaines Antoine-François Saliceti, Paul Morati, Benoit Casalla, Antoine-Louis Poli, Jean-Baptiste Guasco, Bonelli, etc.
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seiait a desirer qu il y eut dans chaque département des gens qui l’exerceraient dans mon style; ceux qui me qualifient de despote me craignent comme un obstacle à leurs projets ambitieux, intéressés et injustes. » Mais il n’imaginait pas que Saliceti serait un de ees commissaires et que le Comité ferait la faute d’opposer un Corse à un Corse. Volney, plus perspicace, jugea la guerre civile inévitable et déclara que Saliceti serait le guide de la commission dont il avait été le promoteur, qu’il disposait des nouveaux bataillons puisqu’il avait presque seul nommé tous les officiers, qu’avec cette force il devait renverser Paoli.
Le babbo n’était pas satisfait du gouvernement. Depuis le mois de novembre 1792 il trouvait qu’on « avait de la défiance », qu’on voulait 1’ <c inquiéter », qu’on le traitait avec trop d’insouciance et de sans-gêne. Truguet lui avait demandé des secours, sans entrer avec lui dans le détail de l’expédition et sans que le ministre de la guerre et le Conseil exécutif lui eussent envoyé la moindre instruction. Pache n’avait répondu que par le silence aux lettres où il sollicitait le grade de maréchal de camp pour Cesari, l’emploi d’adjudant général pour Marius Peraldi et le brevet cl’aide de camp pour le capitaine d’Autay. Anselme lui avait écrit sur un ton leste et cavalier qu’il commandait supérieurement en Corse, et Paoli s’étonnait qu’Anselme ne lui eût pas donné copie de la commission du Conseil exécutif et que le Conseil ne l’eût pas prévenu. Allait-il être le subordonné d’un Anselme, subir ses remontrances, lui rendre compte des menues circonstances du service? N’était-ce pas une mesure imprudente, impolitique? Comment se concerter avec le général de l’armée d’Italie lorsque la correspondance entre le continent et Pile était si incertaine, si difficile, si longue? Dans le cas où les ennemis, maîtres de la Méditerranée, attaqueraient la Corse en différents points, comment la France se maintiendrait-elle sans la confiance du peuple et des vrais patriotes? La République ne savait-elle pas qu’il lui suffisait d’avoir l’affection des insu-