IX. Massoni (p
Né à Gênes le 16 avril 1763, fils d’un capitaine qui périt en 1766 au service de Gênes à la défense de l’ile de Capraja et neveu de CarafFa qui fut colonel à la suite du régiment Royal-Corse, Augustin Massoni reçut, lorsqu’il eut au 7 mai 1780 quinze ans accomplis, l’autorisation de suivre les exercices et de profiter des instructions du corps royal de l’artillerie à La Fère. Élève d’artillerie (16 août 1781), admis officier le 9e sur 53 à l’examen de 1782, nommé lieutenant en second de mineurs (7 août 1782), puis lieutenant en premier (11 juin 1786), il commandait en Corse dans l’année 1788 le détachement des
NOTES ET NOTICES
treize mineurs de la compagnie de Chazelles resté dans l’île pour faire les chemins. Promu capitaine de mineurs le \°r avril 1791, il émigra la même année : le désordre de l’administration était tel qu’il ne fut remplacé que le 1er novembre 1792, comme ayant abandonné son emploi! Il alla en Espagne où 1 reissac 1 adjoignit à son état-major; mais quelque temps après il franchissait la frontière française, parcourait le Roussillon sous un déguisement, prenait des renseignements sur les places fortes, s’entendait avec des royalistes, et, a son retour, dans une conférence entre Lacy, gouverneur de Catalogne, Prcïssac et l'ancien ministre Sartiue, proposait un plan d’attaque générale dû Roussillon. Son plan fut adopté, et Massoni qui dirigeait l’artillerie de siège et reçut quatre blessures, * contribua puissamment à la prise de Bellegarde, de \illefranche et de Collioure. 11 servit le roi d Espagne, comme capitaine d’artillerie, jusqu’en 1798. Le G septembre 1805, il écrit de Saragosse à Napoléon qu il a dû quitter la France à la suite d’iine émeute populaire où il a été blessé en faisant son devoir. ■■ Votre Majesté, ajoute Massoni, voulut bien lire avec complaisance ma demande en radiation présentée par Rœderer et me permit de rentrer en Corse », et il supplie l’empereur de le nommer dans l’ile soit sous-directeur d’artillerie, soit adjudant garde-côtes, soit commissaire des relations commerciales du roi d’Espagne. Le 11 avril 1814, à la tète d’anciens royalistes, il exécutait une attaque de vive force contre Bastia, s’emparait de la ville, proclamait le gouvernement provisoire et renversait les autorités établies par Napoléon. Aussi fut-il nommé chevalier de Saint-Louis (14 novembre 1814) et reconnu par la commission des émigrés comme lieutenant-colonel (18 novembre 1814) pour prendre rang à partir du l" avril 1808. Deux fois il présida la députation corse présentée à Louis XVIII. On le trouve depuis directeur par intérim des fortifications de Corse (9 janvier 1816), lieutenant-colonel du 3e régiment du génie (12 août 1816), ingénieur en chef à Antibes (8 lévrier 1819). Il fut admis à la retraite le 21 mars 1821.
X. Lettre de Caraffa, maire de Bastia, au ministre de la guerre, sur la journée du 5 novembre 1789 (p. 86).
Monseigneur,
J’ai l'honneur de vous adresser copie des procès-verbaux qui se sont faits les 5 et 7 du courant, et je vous avoue que je me suis toujours opposé à la création de la milice nationale pendant le temps que la jeunesse de la ville la demandait, ayant plusieurs raisons à ne pas y consentir, et particulièrement celle que nous n’avions pas do voleurs étrangers à chasser, comme il y en avait dans les provinces de France. Mais quand j’ai vu que tous les chefs des arts et métiers, avec beaucoup de bons bourgeois, la demandaient, alors je pris le parti d’avoir le consentement de M. le vicomte de Barrin, et sur scs promesses par écrit, en sortant de chez moi, j’ordonnai à une partie du peuple de laisser leurs fusils dans les boutiques voisines. Nous nous assemblâmes dans l’église de Saint-Joan où M. le vicomte de Barrin se rendit. Il fit lire sa lettre par notre greffier qui la traduisit en italien afin que le peuple entendit sa permission. Après quoi, on chanta le premier verset du Vcai creator spiritus et aussitôt on entendit battre la générale.
Le peuple s’écria à la trahison et aussitôt la compagnie des chasseurs du régiment du Maine arriva près de l’église et fit une décharge sur beaucoup de monde qui était sorti de l’église pour aller s’armer. Heureusement que la plus grande partie des soldats tirèrent en l’air sans tuer personne qu’un particulier blessé légèrement à la joue, et un autre qui était en sentinelle à la porte de l’église eut la canne de son fusil cassée. Malgré cela, le peuple criait toujours à la trahison et croyait que j’élais de connivence avec le général. Deux
pcres qui eurent deux enfants blessés de coups de baïonnette, étant voués à mon service, ne se plaignirent point au peuple; sans quoi le poublique (sic) m’aurait mis en pièces ainsi que le général.
Je puis vous assurer, Monseigneur, que, ayant fait les guerres de Flandre et Wcstphalie, où je me suis trouvé à neuf sièges et à dix batailles ou affaires, que je puis bien dire avec vérité de n’avoir jamais été dans la pensée de l’horreur de la mort aussi affreuse pendant trois heures continuelles. Après quoi, j’eus assez de force pour accompagner M. le vicomte de Barrin sain et sauf chez lui en mettant à sa porte une garde bourgeoise. Le lendemain, je fus le voir; il me parut assez tranquille. Mais, le jour après, il me montra de la méfiance d’être gardé par la milice. Ce qui m’a déterminé de prier M. le major de la place d’y ajouter autant d'hommes du régiment du Maine. J’y envoyai aussi un aide-major de milice pour lui tenir d’aide de camp, afin qu’il ne se plaigne pas de nous.
Hier je fis prêter serment à tous les officiers et soldats en gros. Aujourd’hui on commence à former les compagnies où nous y mettrons un capitaine en premier, un en second, un lieutenant, un en second, un aide-major, un en second; par ce moyen le régiment sera mieux discipliné, et quant aux sergents et caporaux, ce sera à proportion du fonds des compagnies. Nous destinons (comme ils le veulent bien) tous les meilleurs bourgeois soldats qui monteront la garde tous les jours de la semaine, ayant la faculté de mettre tin homme à sa place en payant. Par ce moyen, le pauvre ouvrier qui n’a pas d’ouvrage, aura quelque chose de sa journée, et tous les autres ouvriers monteront la garde tous les jours de fête et dimanches. M. de Petriconi a été nommé colonel du régiment; lorsqu’il sera ici, il verra ce qu'il y aura à faire.
Tous les corps de garde sont composés des soldats du régiment du Maine et de la milice nationale, et depuis le 6 du courant, ils vivent bien ensemble.
J’ai l’honneur d’être avec respect, Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Bastia, ce 0 novembre 1789.
Caraifa, maire.