XX. Correspondance de Lachastre et de Lajaille (p
Note de Lachastre.
Le zèle du sieur Lajaille pour le service du roi lui a attiré la haine de la garde nationale d’Ajaccio en Corse qui a juré sa perte. La lettre ci-jointe donne à cet égard les plus grands détails. Il est instant pour cet officier de quitter au plus tôt l’ile de Corse.
Claude de Lachastre, député.
Lajaille à Lachastre.
Ajaccio, le 14 septembre 1790,
J’ai l’honneur de vous rendre compte, mon cher parent, de l’événement qui m’est encore arrivé. Le 8 du courant, la garde nationale a pris poste dans la citadelle, malgré les représentations et le décret que nous avons représenté à la municipalité. Cette garde était composée des mêmes personnes qui ont voulu me massacrer la journée du 25 juin. Le 9, avant de descendre leur garde, ils ont fait des tentatives pour s’emparer de mon logement qui est dans la citadelle et qui domine cette place. Deux ont monté sur la terrasse. Je leur ai demandé ce qu’ils voulaient. Ils m’ont répondu qu’ils voulaient prendre le frais. Je les ai quittés pour aller en rendre compte à M. de La Ferandière, commandant de la place. En descendant, j’ai fait rencontre de sept gardes nationales dont deux ont tiré leur stylet. Mais, me voyant muni de mon épée et mon garde-magasin derrière moi, ils ont remis leur stylet et se sont retirés en jurant que je ne l’échapperais pas la première fois qu’ils monteraient la garde. Ils sont tous furieux contre moi de ce que j’ai fait la guerre contre eux. Ils voudraient que je leur remette les clefs des magasins et munitions qui sont entre mes mains, chose que je ne peux à moins d’un ordre de l’Assemblée nationale et du roi. J’ai l’honneur de vous prier d’avoir la bonté de vous intéresser à ma triste position, et, comme membre de l’Assemblée nationale, que je sois rappelé et que l’on me place dans un des régiments du corps suivant la lettre du ministre en date du 29 mai 1789 qui me conserve mon rang dans le corps. Je suis muni de cet ordre. Je vous prie de demander un congé pour moi ou un ordre pour que je quitte la Corse au plus tôt. J’espère, mon cher parent, sur vos bontés et soyez sûr des sentiments de reconnaissance avec lesquels j’ai l’honneur d’être votre très humble et très obéissant serviteur.
Lajaille, chef de brigade au corps royal.